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La fable de la mondialisation heureuse est finie !

Point de vue mai 2020

La fable de la mondialisation heureuse est finie !

Depuis 60 jours, nous avons tous vécu une période d’affolement engendrée par le Coronavirus, et avons tous été victimes d’une sorte d’overdose d’informations. Economistes, philosophes, sociologues, journalistes, ministres… et leaders d’opinion de tout bord sont devenus de véritables experts en science de la santé, voire des épidémiologistes. Bombardés d’informations par les media, les réseaux sociaux et les canaux officiels, chacun y est allé de son interprétation pour prédire l’avenir, aggravant davantage cette phobie du Covid-19. Résultat de cette psychose, nous nous sommes tous convaincus que pour tuer le virus il fallait mettre à l’arrêt le pays avec tous les dégâts économiques et sociaux que cela va engendrer. Un véritable tsunami s’est ainsi abattu sur notre pays qui en toute évidence n’a pas les moyens pour faire face à une telle catastrophe. A peine un mois après le confinement et l’on parle déjà de l’épuisement imminent des réserves de change, ainsi que de grosses tensions sur la balance des paiements et le budget de l’Etat au point où le gouvernement a déjà annoncé qu’il tirerait sur la ligne de précaution et de liquidité du FMI pour 3 milliards de dollars et qu’une émission à l’international se préparait pour 5 milliards de dollars ! Dans la foulée on apprend aussi avec stupeur que le Maroc compte désormais 4,3 millions de personnes qui travaillent dans l’informel, confirmant ainsi le niveau de porosité de notre tissu social. Le nez dans le guidon, le gouvernement et les partis politiques font preuve d’amnésie. Ils semblent avoir oublié les problèmes structurels qui ont mené notre pays à cette situation de fragilité économique. Mais prenons de la hauteur par rapport à cette ambiance de confinement qui ne peut avoir de sens que si on se replace dans un contexte plus long terme. Lorsque vous lisez les rapports du Comité de veille économique, vous comprenez que le gouvernement agit en mode économie de guerre en saupoudrant des aides publiques aux entreprises, et en couvrant une partie du pouvoir d’achat du monde informel. A aucun moment il n’a donné une orientation ou une projection sur l’avenir. J’ai le sentiment que le gouvernement et l’élite politique ont mis de côté tous les dossiers chauds du pays pour s’occuper de la pandémie. Faut-il encore une fois attendre que le Chef de l’Etat descende de son fauteuil de Roi pour dire aux populations que les années à venir seront encore plus dures que celles passées, et qu’il faudra tous s’adapter à un nouveau monde. Quelles pistes de relances? Comment réamorcer la pompe économique dans un monde qui s’individualise? Après avoir ouvert le chéquier, comment rembourser cette surcharge budgétaire? Comment préserver le pouvoir d’achat de ces 4,3 millions de personnes qui vivent au jour le jour, sans les transformer en des assistés? Comment éviter l’appauvrissement des populations et peut-être même la famine? Comment favoriser un climat de confiance réel afin de donner envie aux patrons de se développer plutôt que de céder à la tentation d’élaguer leurs effectifs? La fable de la mondialisation heureuse est fi nie. Le Maroc qui avait fait le choix du libéralisme absolu et du primat de l’économique, se retrouvera orphelin. Lâché par ses principaux partenaires européens, lâché par ses amis du Golfe avec qui il ne s’entend plus (EE Mars 2019), il devra apprendre à vivre en s’appuyant en grande partie sur son économie nationale et ses entreprises. Sachez que plus rien ne sera comme avant. Il est aujourd’hui plus qu’urgent de créer une mobilisation générale pour transformer notre pays et assurer son positionnement dans le nouveau monde qui nous guette. Nous sommes en face d’années extrêmement difficiles. Pour s’en sortir notre pays aura besoin d’hommes d’Etat capables de bâtir un Etat nation avec une vision sur le long terme. Continuer à boucher des trous en attendant que tout revienne comme avant est la pire des erreurs.