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Le revers… et sa médaille

Édito avril 2020

Le revers… et sa médaille

Chakib Alj n’avait pas tout à fait tort dans la missive qu’il a adressée au secteur bancaire. Il aurait certes pu y mettre les formes, essayer un autre canal de médiation, opter pour une approche participative, mais il n’en demeure pas moins vrai que ses doléances ont le pied ancré dans la réalité. Prenons l’exemple du report des échéances des crédits promis par les banques. Des PME contactées nous ont en effet confirmé la difficulté d’accès à leur interlocuteur habituel. Elles ne sont pas nombreuses mais le préjudice est réel pour celles qui s’y confrontent. Beaucoup de flou persiste également sur la date exacte du début des reports et sur les éventuels intérêts supplémentaires. Et les entreprises ne sont pas les seules concernées puisque ces écarts ont également pu être constatés chez les particuliers. Le bâtonnier du barreau de Casablanca, Me Hassan Birouaine, a d’ailleurs adressé un courrier au même Othmane Benjelloun relevant deux ou trois points à éclaircir, notamment l’obligation de l’emprunteur d’accepter toutes les modifications, dont le montant des échéances de son contrat alors que le GPBM avait bien précisé que si report il y a, il sera gratuit sans aucun frais ni pénalité de retard.

Le règlement de comptes épistolaire entre gens de bonne famille engagé entre la CGEM et le GPBM (voir page 11) a le mérite de révéler à la lumière du jour la dichotomie flagrante entre les décisions prises dans les bureaux capitonnés des banques et leur application au quotidien. Cette façon de faire date de bien avant la crise du Coronavirus. Tout le monde se rappelle le discours des banques concernant la facilitation de l’accès aux financements et les doléances répétées des TPME qui donnaient l’impression d’avoir affaire à deux entités évoluant chacune dans un monde différent. Il y a ceux qui peuvent appeler directement sur leur portable le top management et les autres qui subissent de plein fouet les règles, pas toujours claires, des ratios et autres objectifs des agences bancaires. Le dernier scandale de «mahkama gate» en dit long sur la chose. Et puis il n’y a qu’à voir aussi les dossiers sous lesquels croulent les bureaux des associations de protection du consommateur et le Centre marocain de médiation bancaire.

Loin de n’être qu’une manifestation du secteur bancaire, cette dichotomie rythme la vie de tout un pays. Il y a d’un côté le discours officiel et de l’autre celui de la réalité. D’un côté le principe d’équité fiscale, de l’autre les professions libérales et les commerçants de Derb Omar. D’un côté les pénalités de retard de paiement, de l’autre les petits fournisseurs à la merci des grands groupes. Et la liste peut s’allonger indéfiniment. Cette croyance profonde en l’existence de rouages en coulisses faisant tourner la machine en dehors de tout mode d’emploi est le principal obstacle à la sortie de crise du royaume. Faut-il encore s’étonner si de grands hommes d’affaires, d’anciens ministres, des hauts responsables et des militaires se font encore arnaquer rien qu’à l’évocation de liens supposés avec un conseiller royal ? Que peuvent vouloir ces personnalités qui ne soit accessible par la légalité et la méritocratie au point de se compromettre avec des gens louches ? Ces règles occultes, qui régissent le jeu en coulisse, sont celles-là mêmes qui le faussent. Et ce n’est pas la création de commissions sentant bon les compétences qui y changera quelque chose. Avec cette crise sanitaire que traverse le Maroc, l’occasion est donnée aujourd’hui pour mettre à nu, puis déraciner ces pratiques. Le salut ne se trouvera pas autrement…!