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Coronavirus, l’alibi bienvenu

Point de vue avril 2020

Coronavirus, l’alibi bienvenu

Depuis le début de cette pandémie il y a trois mois, nous avons entendu les théories les plus folles sur les conséquences éventuelles de ce tsunami, que certains qualifient de guerre mondiale. Des économistes, et pas des moindres, sont partis jusqu’à prédire la fin du capitalisme et appellent à redéfinir les accords de Bretton Woods. Rappelez-vous, c’était en 1944, cette conférence avait mis en place un modèle économique incitatif censé instaurer la relance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Parmi ses grandes mesures, un système monétaire indexé sur le prix de l’or ainsi que la création du Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale. Cette dernière avait pour mission de financer la remise sur pied des pays affaiblis par la guerre. La conférence de Bretton Woods a aussi décrété que le dollar américain était la devise de référence, à un moment où l’économie américaine pesait près de 40% de l’économie mondiale. Tout cela c’est de l’histoire mais qui explique en bonne partie ce qui se passe aujourd’hui.

L’on peut dire ainsi que le Covid-19 est une guerre mondiale, et que le monde a besoin d’une nouvelle feuille de route loin de l’architecture de Bretton Woods. Même si sur ce point c’est le flou total, le monde ne va plus être ce qu’il était, à commencer par cette mondialisation effrénée dont nous sommes tous quelque part complices. Déjà, la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) a annoncé dans une étude publiée ce mois de mars que les investissements directs étrangers dans le monde vont baisser de 30 à 40% pour les deux prochaines années, tout en précisant que le «Covid-19 n’est pas uniquement un problème de logistique et de commerce mais aussi de confiance dans le modèle actuel». C’est peut-être ce qui explique le foisonnement dans plusieurs pays à travers le monde de courants politiques prônant le nationalisme économique et le rapatriement des investissements à l’étranger.

Au Maroc, la situation est plus qu’inquiétante car notre pays n’a pas les moyens de supporter une crise de l’ampleur du Covid-19, avec plusieurs semaines d’arrêt, alors qu’on n’est pas encore sorti de celle de 2008. L’Etat est pauvre, il faut le dire, et n’a pas les moyens de financer une relance économique afin d’éviter la contagion de la crise. Malgré un prix du baril à 20 dollars, le gouvernement va sans doute revenir à la fixation de quotas d’importation, et les banques vont se montrer encore plus frileuses qu’elles ne l’étaient déjà. C’est une situation très compliquée qui attend notre pays lequel est en pleine réflexion sur son modèle de développement.


Logiquement, la remise du rapport de Chakib Benmoussa devra être retardée, histoire d’approfondir les propositions à la lumière de ce choc massif mondial.

Avec le Covid-19, la feuille de route de la CSMD devient obsolète. Mais c’est aussi une opportunité unique qui se présente à nous. La crise qui en découlera rend encore plus urgente la définition d’un modèle qui s’inscrit en rupture avec l’ancien. Cette crise sanitaire a mis à nu l’échafaudage économique et le modèle social fragile sur lequel tenait notre pays, et on devrait en profiter pour voir les vrais problèmes, sans se voiler la face. Le Covid-19 est aussi une opportunité, un véritable alibi, pour défoncer toutes les barrières idéologiques qui bloquaient le changement et libérer le Maroc de ses derniers «Mohicans», ces gardiens du temple qui en veillant au maintien d’un système dont ils font partie et dont ils profitent, empêchaient le progrès de tout un pays.

Depuis des siècles la Monarchie marocaine a toujours su démontrer sa capacité à s’adapter aux situations les plus difficiles pour saisir les opportunités qui se présentent. C’est là un autre rendez-vous avec l’Histoire, une véritable opportunité qu’il ne faut pas rater.