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Covid-19, au moins 4 MDH de médicaments

Actualité avril 2020

Covid-19, au moins 4 MDH de médicaments

La Maroc semble avoir pris les bonnes décisions au bon moment depuis le déclenchement de l’épidémie, telles que le rachat de la totalité du stock de la chloroquine à Sanofi Maroc. Mais il aurait pu être plus prévoyant.

Crise sanitaire oblige. Dès la propagation de la pandémie au Maroc, le ministère de la Santé a été sur le qui-vive pour endiguer la maladie. D’ailleurs, lorsque la France a annoncé que le traitement à la chloroquine donnerait des lueurs d’espoir, le département de tutelle s’est bousculé au portillon pour récupérer tous les stocks existants chez le laboratoire Sanofi qui produit la Nivaquine et dont la production a repris de plus belle. Contacté par Economie Entreprises, le laboratoire pharmaceutique n’a pas souhaité se prononcer sur la quantité du stock réquisitionné et souligne qu’il s’agit d’une information interne. Toutefois, des bruits de couloirs laissent entendre que la quantité achetée est de près de 300.000 boîtes. Ainsi, pour un prix de vente unitaire de 12 DH, le ministère aurait déboursé 3,6 millions de dirhams pour la chloroquine contrairement aux informations qui circulaient faisant état d’une réquisition gratuite. Mais quelle que soit la quantité, le médicament est délivré à tous les centres hospitaliers concernés. Mieux encore, le département de tutelle qui a sollicité le secteur privé pour prêter main forte, approvisionne des cliniques agréées qui reçoivent les patients atteints du Coronavirus. «Ces unités opèrent actuellement sous les directives du ministère et suivent le même protocole thérapeutique. Je pense que le gouvernement a géré d’une main de maître la crise dès son déclenchement. Il fallait peut-être faire appel au secteur privé plus tôt pour mieux coordonner et optimiser le parcours de soin. Dans de telles circonstances, l’Etat seul est incapable de faire face à une dynamique épidémique aussi grave», reproche Jaâfar Heikel, épidémiologiste et infectiologue.

Remède miracle


Même son de cloche auprès de Adnane Remmal, professeur universitaire et chercheur en biologie, qui déclare que les bonnes décisions ont été prises au bon moment. Serait-ce alors le médicament miracle? Pour sa part, Remmal explique qu’on se référant aux bases de données scientifiques, il est indéniable que la chloroquine testée à l’extérieur de l’organisme, in-vitro, est capable de tuer le Covid-19. Et d’ajouter: «Expérimentée sur des souris, les études ont montré lors de l’épidémie du Corona qui avait touché l’Arabie Saoudite, en 2009, que la molécule permet de diminuer la charge virale chez les sujets traités. De plus, administrée à des porteurs du virus, non seulement elle les rend non contagieux, mais finit par les guérir». En effet, l’administration de ce médicament continue de faire polémique. Préconisée par un infectiologue à Marseille, Didier Raoult, la nivaquine qui est à la base un médicament antipaludéen aura donné des résultats probants lors des premiers tests cliniques. Malgré la discorde, le ministre de la Santé français, Olivier Véran, a fini par publier le 26 mars dernier un décret encadrant la prescription «d’hydroxychloroquine», et l’autorisant en guise de traitement pour les personnes atteintes. Autre point culminant sur lequel la Maroc aurait pu dépasser ses homologues, c’est l’utilisation d’un antibiotique tel que Soclav-Plus, car il a été démontré en France que dans le cas d’une pneumonie sévère, un antibiotique à large spectre est également associé. Il s’agit notamment de l’objet de la recherche menée par Adnane Remmal et qui lui a valu le Prix de l’innovation pour l’Afrique, en 2015, et le Prix de l’inventeur européen en 2017. Son invention avait débouché sur un médicament qui en association avec des huiles essentielles naturelles rendrait l’antibiotique plus performant pour contrer les multirésistances y afférentes. L’autorisation de la mise sur marché de ce médicament était en principe prévue pour fin 2017, or, le dossier est toujours dans les tiroirs du ministère de la Santé. «Cet antibiotique aurait été d’un grand secous aujourd’hui. Comme les surinfections bactériennes se greffent aux infections virales, notamment dans les milieux hospitaliers, l’on développe des bactéries résistantes. Ainsi, l’utilisation de Soclav-Plus aurait aidé à améliorer l’efficacité non seulement de l’antibiotique, mais également de la chloroquine pour moduler le système immunitaire et l’orienter vers la voie de la guérison», révèle Remmal. En outre, la production de ce médicament aurait pu donner un nouveau souffle à l’industrie pharmaceutique qui depuis quelques années connaît un développement considérable. Les prouesses réalisées par certains laboratoires 100% marocains restent une fierté. C’est le cas de Pharma 5 qui a fait de la lutte contre les formes d’hépatites son cheval de bataille. D’ailleurs, le laboratoire a réussi à lancer un traitement générique pour l’hépatite C. Et il ne s’est pas arrêté en si bon chemin, l’industriel marocain a mis à disposition la première spécialité 100% marocaine à base de Ténofovir, destinée à la prise en charge de l’hépatite B chronique. Pharma 5 s’est également déployé en Afrique, premier marché pour le Maroc.

Bémol

Bien que l’industrie pharmaceutique produise principalement des génériques ou des médicaments sous licence, elle permet de couvrir 80% des besoins en médicament. «Certes, la recherche pharmaceutique n’est pas à son apogée, mais le lancement de ce produit par Sothema donnera un nouvel élan au secteur, surtout que d’autres médicaments issus de la même recherche vont suivre, à savoir un anticancéreux, un antifongique et un anti malaria. A mon sens, le coup d’envoi de ce premier princeps local stimulera la recherche scientifique», aspire le chercheur. En effet, si le secteur pharmaceutique arrive à tirer son épingle du jeu, les essais cliniques laissent à désirer. «Il est vrai qu’effectuer des tests cliniques à grande échelle requiert le respect d’un certain nombre de normes, mais il est d’abord primordial de créer des unités accréditées dédiées. Aussi, il n’y a aucun intérêt à faire de la recherche tous azimuts», précise Heikel. Il est important de signaler que les recherches scientifiques sont essentiellement focalisées sur les pathologies prévalentes dans le contexte de chaque pays. Au Maroc, ce sont des maladies comme l’hypertension ou encore le diabète qui prédominent. In fine, pour entamer des projets de recherche, il est indispensable que le pays dispose d’une stratégie nationale pour les essais cliniques, chose que le Maroc n’a pas.