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Covid-19 retardera le rapport sur le nouveau modèle de développement

Point de vue mars 2020

Covid-19 retardera le rapport sur le nouveau modèle de développement

 

Le Maroc est à l’arrêt. Ecoles, cafés et commerces partout sont fermés depuis le 16 Mars. Même les grandes usines que sont Renault et Peugeot qui tirent des écosystèmes colossaux, sont à l’arrêt pour au moins 2 semaines. A voir ce qui se passe en Europe, ce confinement pourrait durer jusqu’à 4 voire 6 semaines. On l’a compris, l’isolation est la seule manière de stopper la propagation du Covid-19. Mais il faut le dire, si le risque sanitaire du virus est grave pour l’homme, il est exponentiellement plus grave d’un point de vue économique. Une déclaration qui peut paraitre politiquement incorrect, mais les faits sont têtus, il suffit de juxtaposer froidement les deux risques pour comprendre l’ampleur de mes propos. S’il y a un «vaccin» à trouver c’est bien plus pour guérir notre pays du malaise social et économique qui nous attend(…)

Il y a un dénominateur commun à tous les pays touchés par le Covid-19, comme s’il avait été créé de toute pièce pour souligner la vulnérabilité de cette mondialisation qui fragilise la planète. Au Maroc, il a fait bien plus, il a mis à nu cet échafaudage économique sur lequel tient notre pays. C’est pour cela qu’il va donner du grain à moudre aux membres de la commission spéciale du modèle de développement. Le défi est plus que jamais lié à la trilogie Environnement, Social et Gouvernance, ESG.

Mais revenons à l’arrêt économique et son impact sur notre pays. Un économiste américain a bien résumé la situation en disant, «tuer l’économie (ndlr stopper) est la meilleure manière de stopper le virus». Ce constat est certes valable pour des super puissances qui sont assises sur des réserves colossales et des économies robustes, mais ce n’est pas le cas du Maroc, où mettre l’économie à l’arrêt est un acte très délicat. Pas pour les entreprises qui opèrent dans le formel, elles s’en sortiront d’une manière ou d’une autre, mais plutôt pour ces millions de marocains qui œuvrent dans l’informel et qui vivent au jour le jour. Que feront ces serveurs, ces livreurs, ces commerçants ambulants, ces chauffeurs de taxi, ces gardiens de voitures ces faux guides, ces jardiniers, ces cireurs de chaussures etc… ? Selon une étude du HCP de 2016, l’économie informelle (hors agriculture)  emploi 2,4 millions de personnes, soit 36% de la population en âge de travailler.

A travers sa communication et son degré d’anticipation qu’il faut saluer, on sent que l’Etat est très conscient de cette donne, mais on sent aussi que ses moyens sont infiniment limités par rapport à l’ampleur du défi. Le Maroc se démêle pour réunir un fonds de solidarité de 2 milliards d’euros (20 milliards de dirhams) et le Ministre des Finances annonce des meurettes d’aide, à un moment où les pays européens annoncent des fonds à coups de centaines de milliards d’euros. Je crains que cette crise n’exacerbe la vulnérabilité macroéconomique et sociale de notre pays.

En rédigeant ce point de vue, je mesure à quel point le monde dans lequel nous vivons a changé en l’espace de quelques mois. Maintenant, le coronavirus va passer, mais on ne sait pas comment on s’en sortira. Ce qui est certains c’est que le Covid-19 a mis l’économie mondiale à genoux et on se dirigera vers un nouvel ordre économique qui favorise un «nationalisme» économique loin des diktats de la mondialisation. Preuve en est, des Chefs d’Etats et politiques européens ultralibéraux commencent à changer complètement de discours et appellent massivement à relocaliser une partie de l’industrie de leur pays.

C’est là un nouveau départ qui va compliquer davantage la donne pour le Maroc qui devra logiquement retarder la remise du rapport de Chakib Benmoussa, histoire d’approfondir davantage le model de développement à la lumière de ce choc massif mondial.