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«Le coût impacte la compétitivité»

Dossier mars 2020

«Le coût impacte la compétitivité»

La logistique du froid nécessite une technicité et une coordination entre les parties prenantes. Mustapha El Khayat, président de l’association marocaine de logistique, Amlog, et expert international, relate les difficultés qui entravent le secteur.

Que représente la logistique du froid dans les filières des produits périssables, et quels risques en cas de rupture de cette chaîne ?

L’étude des chaînes logistiques des agrumes et des primeurs, les deux piliers du secteur fruits et légumes, pointe les problèmes logistiques dans un domaine où les exigences de sécurité alimentaire, de performances logistiques et de protection de l’environnement sont essentielles pour le respect de la qualité du produit, toute rupture de la chaîne du froid provoque la perte de la cargaison toute entière. Une chaîne du froid efficiente permet la régulation de l’offre et de la demande, en adaptant les quantités à commercialiser aux périodes de récolte. Les insuffisances dans ce domaine ont contraint les principaux groupements d’exportateurs de fruits et légumes, qui représentent 95% des exportations d’agrumes du pays, à adapter leurs schémas logistiques, et à utiliser différents modes de transport afin d’optimiser leur performance et les coûts logistiques. Malgré tous les efforts déployés, la filière marocaine des fruits et légumes présente de nombreuses limites.

Quelles sont ces limites ?

Elles sont particulièrement liées aux problèmes d’acheminement des produits des sites de production aux lieux de consommation, au nombre important d’intervenants dans la chaîne et à leur manque de coordination. Les principaux goulots d’étranglement de la filière des fruits et légumes sont dus à de multiples problèmes. Il s’agit du temps de transport particulièrement long entre le Maroc et l’Europe. S’ajoute à cela le coût très élevé du transport maritime, comparé à d’autres destinations. L’on recense également une desserte insuffisante en porte-conteneurs dédiés à la chaîne du froid à partir de la ville d’Agadir due à l’insuffisance dans la programmation des volumes affrétés. Une insuffisance relative des infrastructures frigorifiques, de manutention spécialisée et de sûreté représente aussi une limite.

Et par rapport au transport routier, quels sont les goulots d’étranglement ?

Le transport routier frigorifique est coûteux pour les exportateurs marocains puisqu’il représente 15 à 30 % de la valeur de la marchandise, ce coût est deux fois plus élevé que celui des exportations turques et trois fois plus élevé que celui des exportations espagnoles. Idem pour le transport maritime, l’aspect organisationnel représente un obstacle. Par ailleurs, le coût se répercute sur la compétitivité de la filière marocaine des fruits et légumes. Pour ce faire, une vision logistique globale et l’instauration d’une stratégie de supply chain adaptée à l’environnement concurrentiel de cette filière s’impose. Plusieurs projets soutenus par des institutions internationales sont en cours. Une collaboration étroite entre tous les intervenants de la chaîne, de l’amont jusqu’à la distribution finale, est nécessaire pour l’instauration d’une culture nouvelle de la transparence et du travail collaboratif.

Comment expliquez-vous l’écart dans le traitement des produits destinés à l’export et ceux destinés au marché local ?

Cet écart est illustré par la prévalence de petits agriculteurs qui commercialisent en grande partie leur production au travers de chaînes alimentaires traditionnelles. Les produits alimentaires traités par ces moyens sont généralement exposés à des ruptures de la chaîne du froid ou à son absence totale. La mise en place d’une chaîne ininterrompue d’entreposage frigorifique et de moyens de distribution, en particulier pour les aliments périssables maintenus à certaines températures, nécessite non seulement l’infrastructure et la technologie, mais également la coordination entre les différentes parties prenantes, et j’insiste là-dessus, un personnel technique qualifié, une information adéquate et une gestion opérationnelle saine. Les stratégies pour le développement de la chaîne du froid doivent être adaptées par groupes de denrées et aux conditions géographiques et socio-économiques. Le manque d’éducation et de conscience chez les producteurs et les acteurs de la chaîne de valeur, ainsi que les consommateurs, au sujet de l’influence des températures élevées sur la qualité et la sécurité sanitaire des aliments, et l’utilisation des techniques traditionnelles exacerbent le problème.

Quid de la réglementation ?

A mon sens, la législation et les infrastructures se placent en tête de liste des problèmes rencontrés. En effet, si l’Etat peut fournir ces services clés, cela peut faciliter le développement de la chaîne du froid, et remédier au manque de la sécurité sanitaire des aliments surtout dans les marchés locaux. Le secteur public peut surveiller et appliquer les normes et les réglementations de qualité et de sécurité sanitaire qui restent à la traîne, en particulier dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire locales. L’application de ces régulations exige nécessairement la mise en pratique de la technologie de la chaîne du froid. Il existe de nombreux exemples d’entreprises qui ont adopté des techniques de la chaîne du froid avec succès. Cependant, les investissements ont été majoritairement alloués pour répondre aux besoins d’importations alimentaires des marchés étrangers. Le développement et l’application de normes de qualité et de sécurité sanitaire font partie de la réduction du grand écart entre les chaînes d’approvisionnement nationales et celles destinées à l’exportation, et celles-ci doivent inclure les pratiques de récolte, les conditions et les infrastructures de transport, le tri, la classification, l’emballage, l’infrastructure de conditionnement et de stockage. Soutenir les acteurs de la chaîne d’approvisionnement alimentaire dans l’adoption des normes exige une période de transition pour la sensibilisation, l’éducation et le renforcement des capacités. Les études de faisabilité sont essentielles avant tout investissement ou intervention et doivent prendre en compte les conditions de la chaîne d’approvisionnement des produits ainsi que les opportunités et faiblesses de développement.

Quelles sont vos recommandations pour remettre à niveau ce secteur ?

Élaborer une stratégie pour le développement d’une chaîne du froid qui s’aligne avec les stratégies et les plans d’action nationaux pour la sécurité alimentaire est primordial. De cette façon, le soutien du développement de la chaîne du froid contribue à renforcer les moyens de subsistance des petits producteurs, la création des emplois en dehors de l’agriculture et l’amélioration de la sécurité alimentaire. Toutefois, le secteur privé étant un acteur essentiel, il est également nécessaire d’impliquer l’agriculture, la recherche, la logistique, la technologie ainsi que d’autres secteurs. Le développement de la chaîne du froid implique une combinaison de prise de conscience et de capacité technique, d’investissement, de transfert d’informations et de technologies, ainsi que des mécanismes de recommandations. Les maillons essentiels dans une chaîne du froid efficace comprennent le pré-refroidissement, l’entreposage réfrigéré, le transport réfrigéré, la distribution et la vente réfrigérées.