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Intelaka ou le potentiel dormant de la TPME

Point de vue mars 2020

Intelaka ou le potentiel dormant de la TPME

Le programme Intelaka saura-t-il relancer l’économie marocaine? C’est fort possible au regard de l’engouement qu’il connaît depuis son lancement. Pour en savoir plus, la rédaction d’Economie Entreprises est partie à la rencontre de tous les acteurs de ce programme pour sonder l’appétit des entrepreneurs, la prédisposition de l’administration à bien encadrer ce projet et l’état d’esprit des banques qui, plus que jamais, devront descendre de leur tour d’ivoire et faire l’effort de comprendre les TPE et PME.

Même si la communication qui a entouré le lancement d’Intelaka laisse présager l’image d’un énième mécanisme de garantie supporté par un des fonds publics, il faut souligner que ce projet est bien plus important que cela. Il est un des déterminants de la relance économique, intimement lié au nouveau modèle de développement, et c’est sans doute pour cela que le Souverain a forcé la main aux banques afin de faire des efforts dans leur appréciation du risque. Même si la pilule a été digérée difficilement par les banques, en témoigne la réunion glaciale du groupement des banques qui s’est tenue quelques jours après l’audience royale, le Maroc fait face à une réelle opportunité, et qui ouvrira aussi de nouveaux horizons aux banques. Et comme dit l’adage, «ce qui ne te tue pas, te rend plus fort».

Revenons sur le terrain. Depuis cette annonce, on a l’impression que c’est la grande razzia. Les agences de l’Anapec, les CRI, les banques sont inondés de demandes. Selon les dires d’une responsable de l’Anapec dans une ville de taille moyenne, depuis l’annonce elle reçoit chaque jour une quarantaine de candidats qui cherchent un accompagnement pour ficeler leur projet et pouvoir mettre la main sur le crédit qui leur est «dû».


Cet engouement est inédit, au point de se demander s’il n’y a pas anguille sous roche. Ces dizaines de milliers de jeunes entrepreneurs qui vont se déverser sur Intelaka sont-ils de véritables entrepreneurs ou veulent-ils simplement leur part du «gâteau»? Auquel cas l’on pourrait en déduire qu’Intelaka n’est rien plus qu’un pansement de l’Etat pour calmer la grogne populaire (…)

Il faut dire que la TPME a trop longtemps été négligée par l’Etat et les gouvernements qui se sont succédé. Pensant bien faire, les différents Ministres du commerce et de l’industrie et de l’investissement se sont concentrés sur les grosses multinationales dont l’investissement a un impact instantané sur l’image du Maroc à l’étranger oubliant de facto de regarder du côté des TPME, le poumon de notre pays.

Vingt ans plus tard, le bilan de cette politique est sans merci: un PIB multiplié par trois, mais une économie très peu «redistributive» au point où quatre jeunes sur 10 ayant entre 15 et 24 ans sont aujourd’hui au chômage et le fossé se creuse de manière inquiétante entre les différentes strates de la société. Et la tendance s’aggrave.

Si la TPME représente 95% du tissu d’entreprises nationales et 85% de l’emploi, on se demande pourquoi les avoir marginalisées dans l’agenda des gouvernements et pourquoi avoir tellement œuvré pour que la CGEM reste le lobby des grands patrons qui défend les grands intérêts et ceux qu’on appelait à une époque les champions nationaux. L’on pourrait en conclure que les oligarques ont pris en otage le potentiel des TPME et au passage le potentiel de tout un pays!

C’est un fait, le Maroc ne peut plus concurrencer l’Europe sur ses grands investissements. Il doit se tourner vers son propre marché et favoriser l’éclosion d’un écosystème national de TPME, car ils constituent la base fondamentale sur laquelle repose son économie. Même si Intelaka est un serpent à deux têtes, il a des chances de réussir le défi de la relance.