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La faute à pas de chance

Édito mars 2020

La faute à pas de chance

En termes d’annonces, la rencontre prévue avec Nadia Fettah n’était pas des plus fécondes. Invitée par la Chambre de commerce britannique pour le Maroc à présenter un bilan d’étape et se prononcer sur la vision stratégique, la ministre du Tourisme n’avait aucun élément concret à présenter. Pire, elle a fini par servir le même discours entendu qui a tellement nui au secteur. Est-il encore nécessaire de rappeler que les «fers de lance» du tourisme porteront sur le «capital humain» et la «digitalisation» ?! Cela veut-il encore dire quelque chose d’enchaîner les statistiques à l’heure où le marché se dépêtre dans ses problématiques? Les opérateurs avaient pourtant insisté dès sa nomination qu’il fallait une rupture avec le passé et ses méthodes. Il n’en sera rien. Pressentie comme l’électrochoc nécessaire, aidée par son parcours irréprochable et sa poigne de fer, Nadia Fettah ne convainc pas et laissera son audience sur un âpre goût de déception.

Deux ans plus tôt, presque jour pour jour, Lamia Boutaleb, à l’époque Secrétaire d’État au même ministère, avait assuré lors d’un événement similaire que la stratégie était fin prête et que seule la courtoisie professionnelle l’empêchait d’en révéler la teneur pour ne pas griller la politesse à son ministre. Une année auparavant encore, ce même ministre (Mohamed Sajid) avait promis de la dévoiler lors du Symposium international du tourisme. Le même mutisme touchera d’autres projets. C’est le cas du fonds de défaisance dont la création avait été annoncée afin d’assainir le secteur et permettre aux opérateurs d’accéder à une bouffée salvatrice de financements. Lui non plus ne verra jamais le jour.

Et que penser des différents plans qui ont essuyé des échecs cuisants? 15 milliards de dirhams ont été perdus en 15 ans entre le Plan Azur, la Vision 2010 et la Vision 2020 alors que leur élaboration avait été confiée à des cabinets de «prestige». Aujourd’hui encore, l’infortune de la station de Taghazout témoigne de l’approximatif avec lequel est géré le secteur. A croire qu’une malédiction frappe le tourisme et toutes les annonces faites par ses responsables. Même la coordination entre les différents départements ministériels fait défaut et les mécanismes prévus, notamment au niveau régional, n’ont pas vu le jour. Une traversée du désert s’en est donc suivie, ponctuée par la création d’instances qui sont restées des coquilles vides à l’instar du Conseil stratégique du tourisme qui ne s’est réuni qu’une seule fois en 6 ans!


Il faut dire les choses: les dispositifs de pilotage du tourisme ont failli à tous les niveaux. Le réel problème dont souffre le secteur est celui de la gouvernance. On s’est, pendant longtemps, évertué à gérer les égos démesurés des uns et des autres, du privé comme du public, au lieu de veiller à la bonne marche de la boutique. Quelle décepion de voir un potentiel comme le nôtre, avec les paysages sublimes et un ensoleillement exceptionnel, gâché de cette manière. Une erreur à rattraper au plus vite.