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Un sans-faute… ou presque

Édito février 2020

Un sans-faute… ou presque

Le secteur bancaire marocain aura finalement été au rendez-vous. Un peu plus de trois mois après l’appel royal, les différentes institutions de la place ont répondu présent avec un nouveau programme concocté aux petits oignons. Et le menu est alléchant: mise en place d’un fonds de 6 milliards de dirhams à parts égales entre l’État et les banques étalé sur trois ans pour soutenir l’entrepreneuriat, déblocage d’une enveloppe d’aide de 2 milliards de dirhams de la part du Fonds Hassan II accordée sous forme de crédits gratuits, relèvement du taux de la garantie du CCG à 80% ou encore la mise en place d’un mécanisme de refinancement illimité de la part de Bank Al-Maghrib au taux préférentiel de 1,25%. Mais c’est réellement l’effort consenti par le GPBM qui force l’admiration. Pour la première fois au royaume, le coût du crédit est ainsi plafonné à 2% et atteint même le seuil record de 1,75% pour la demande dans le monde rural, jugée pourtant plus risquée. Un sans-faute sur tous les points dans le seul but d’accompagner le financement des entreprises… un sans-faute en apparence seulement.

Car il fallait que la copie présentée devant le monarque soit parfaite, lui qui avait expressément formulé le souhait de voir le taux d’intérêt descendre sous la barre des 2% dans un souci de crédibilité et d’accessibilité du programme. Il aurait donc fallu, comme à l’accoutumée, attendre une directive claire et précise du plus haut cercle du pouvoir afin d’obtenir des banques ce que l’économie leur réclamait depuis plusieurs années. Et qu’obtient-on de ces banques finalement? La fixation, enfin transparente, des marges de rentabilité à 75 points de base pour les projets à financer dans le cadre du programme. Une marge somme toute convenable vu que le secteur a consenti à l’appliquer, sauf à lui prêter la déférence de supporter un manque à gagner pour les beaux yeux de la cause. Ce qui serait franchement surprenant de la part d’opérateurs dont on connaît le corporatisme et la force de lobbying. N’était-ce d’ailleurs pas le même GPBM qui a pris la parole, quelques jours après le discours royal de la rentrée parlementaire, afin d’expliquer tous les efforts que leurs établissements fournissent pour financer l’économie?

D’ailleurs, les chiffres le confirment. Selon les rapports de la Banque centrale, les 9 grands groupes bancaires marocains ont engrangé plus de 11 milliards de dirhams de bénéfices en 2018 rien que pour leur activité nationale avec un taux de rentabilité des fonds propres de 10,8%. C’est énorme ! À titre d’exemple, ce même taux est de 6,2% en France. Une gloutonnerie mal placée, surtout dans un contexte marqué par l’atonie de l’activité et la crise des TPME dont le taux de défaillance a atteint des niveaux inquiétants. Donc si la marge est suffisante, pourquoi avoir attendu le coup de poing sur la table pour s’intéresser enfin sérieusement au problème? Les banques n’avaient-elles pas la possibilité de prendre l’initiative d’appliquer la différence de 75 points de base supplémentaires au taux directeur afin d’apporter une bouffée d’oxygène à l’activité économique? D’ailleurs pour pousser le raisonnement plus loin, cette correction du taux ne pouvait-elle pas se faire d’elle-même dans le cadre de la concurrence pure et parfaite d’un marché strictement réglementé? Des questions de bons sens que commencent à se poser également les membres de la Commission d’enquête parlementaire qui ont déjà déposé la demande pour une mission à l’instar de celle menée pour le secteur des hydrocarbures après la libéralisation des prix. Gageons que ce dossier sera, au moins, aussi épineux…