fbpx

Effet d’annonce?

Economie janvier 2020

Effet d’annonce?

Annoncé début 2018 par le département de Sajid, le fonds de défaisance destiné à contenir les créances douteuses du secteur touristique ne voit toujours pas le jour. Les opérateurs expriment leur ras-le-bol des effets d’annonce non suivis de faits.

«Les banques ne financent plus le secteur touristique et c’est normal puisqu’à l’origine, on les a poussés à faire ces investissements… Dans ce sens, un fonds de défaillance verra bien le jour». Le 28 février 2018 à la Chambre britannique de commerce au Maroc, Lamia Boutaleb, l’ancienne Secrétaire d’État au Tourisme, passait en revue la situation du secteur devant une audience captive. Le diagnostic, plutôt sévère, avait de quoi secouer l’inertie ambiante. Depuis, les dossiers épineux s’empilent: faillite de Thomas Cook, pourparlers infructueux avec Airbnb qui continue d’engranger du chiffre d’affaires sans verser le moindre sou à l’État, et la promesse des assises nationales réitérée à trois reprises. Le discours de la ministre RNIste s’avère, après coup, moralisateur.

Mais l’annonce de la constitution d’une structure ad hoc pour y loger les créances en souffrance tient, depuis, en haleine les investisseurs. La profession de foi de Boutaleb a d’ailleurs été confortée par les revendications de son parti politique, où les indépendants préconisent dans leur manifeste «la voie de la confiance», la création d’un fonds de défaisance «pour y isoler les créances en souffrance des TPME auprès des banques, permettant ainsi aux premières d’avoir la possibilité de demander des prêts sans pour autant subir la réputation du secteur». De fait, c’est une grande première au Maroc. L’opération a pour finalité d’écarter hors bilan les actifs fragiles afin d’accorder aux banques la possibilité de financer de nouveau le secteur hôtelier. «Le développement du tourisme devra forcément passer par les banques et tant qu’on n’aura pas réglé ce problème, il est normal que ces institutions ne puissent pas continuer à financer le secteur de façon agressive. La mise en place du Fonds apportera un nouveau souffle au secteur», a déclaré Lamia Boutaleb. En termes d’investissement, le secteur attire à peine 2% des crédits alloués par les banques, tellement le risque lié à l’investissement est élevé. Pour leur part, les opérateurs s’impatientent. «Il n’y a pas grand-chose, reconnaissons-le!», fait savoir le patron d’un hôtel à Marrakech. «Il faut que le département de Sajid se rende compte que son enthousiasme n’est pas suivi de faits concrets», lance un poids lourd du tourisme sous couvert d’anonymat.

Les déboires de l’hôtellerie

Selon le dernier rapport sur la supervision bancaire publié par Bank Al-Maghrib, la répartition sectorielle des créances en souffrance des banques montre que «l’encours des créances en souffrance du secteur de l’hôtellerie a reculé de 2,5% en 2017, et le taux de sinistralité s’est stabilisé à 22,1%». Pour sa part, la répartition sectorielle des crédits bancaires démontre que les prêts accordés au secteur touristique ressortent parmi les plus faibles comparé aux autres secteurs. En effet, les fonds alloués à l’hôtellerie se sont contractés de 3,2%, contre une hausse de 4,5% un an auparavant à 1,8%. Autre donnée à mettre en perspective: selon le rapport de BAM, «les sociétés de crédit-bail ont accordé des financements en hausse de 9,4%, à 15,3 milliards. Une évolution qui a bénéficié essentiellement au financement des véhicules utilitaires, des machines et équipements industriels et des ordinateurs et matériels de bureau. Le financement des voitures de tourisme a marqué un repli de 11,5% après avoir enregistré une hausse de 9,7% une année auparavant».

«Socialiser les pertes»

En l’état actuel, force est de constater que les banques boudent le secteur. Faute de quoi, la situation n’est pas près de s’améliorer. Autant s’interroger sur le type de structure de défaillance envisageable pour liquider les créances toxiques. A en croire Lamia Boutaleb, «l’État doit allouer des garanties pour encourager l’investissement». En s’alignant sur la tutelle, il y a fort à parier qu’une structure de défaillance publique sera la solution privilégiée (plutôt que privée). Celle-ci consiste à racheter des actifs à haut risque au-dessus de leur valeur de marché. «Le but de la transaction est d’éviter les risques systémiques en socialisant, soi-disant, les pertes», nous confie un banquier. Autrement dit, en reportant sur l’État le coûts engagés initialement par les institutions défaillantes. Ce type de montage juridique s’oppose à la structure de défaisance privée où les actifs sont cédés à une société tierce indépendante. Une opération connue depuis la crise de 2008 sous le nom de «banque poubelle». Contrairement à une idée répandue, ses actifs ne sont pas «pourris». Certains posent seulement des problèmes de liquidité. Par ailleurs, le département de Sajid a lancé l’aménagement de nouvelles zones touristiques avec un nouveau modèle de stations, différent du modèle adopté par le plan Azure. La tutelle assure travailler sur d’autres mécanismes pour appuyer des investissements au niveau des régions en attendant la mise en œuvre du plan d’accélération dans le pipe.