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Parole salvatrice

Édito janvier 2020

Parole salvatrice

2019 devait être une année d’attente, elle aura été une année de déception et de perte de confiance. Partout où les signes avaient été donnés pour un regain d’espoir, les exactions commises par un État en manque d’imagination et de patience ont fini par éteindre jusqu’à la moindre lueur. La dernière en date est celle de l’arrestation du journaliste et militant Omar Radi… pour un tweet. Beaucoup de ceux qui connaissent Omar Radi savent la verve du personnage, son impétuosité. Aurait-il pu s’exprimer autrement? Sûrement, mais là n’est pas la question.

Stendhal avait un jour comparé le romancier au voyageur qui porte un miroir. Ce dernier reflétant tantôt l’azur des cieux, tantôt la fange de la route. Pourtant, c’est l’homme qui porte le miroir qui sera accusé d’être immoral. Son miroir montre la fange et on accuse le miroir. Cette allégorie convient aujourd’hui parfaitement au journalisme. La répression à l’encontre de ce corps de métier au Maroc, mais aussi à l’encontre de toutes les personnes souhaitant porter leur voix et exprimer leurs opinions, atteint des proportions alarmantes. Les derniers mois de cette année en ont d’ailleurs concentré un nombre inquiétant. Qu’il s’agisse de Hajar Raissouni, de «Moul kaskita», du rappeur «Gnawi» ou du simple lycéen reprenant le titre d’une chanson, les peines privatives de liberté pleuvent et sapent le moral, réduisant à néant tout effort pour redonner cette confiance qui manque tant aux citoyens de ce pays. Un sentiment de liberté provisoire général plane.

La vraie problématique n’est donc pas la teneur du message qu’on porte mais plutôt celle des motivations d’un appareil policier et judiciaire agissant souvent par excès de zèle, parfois par désir de vengeance. Des réflexes séculaires poussant toute une vieille machine à s’ébranler afin d’appliquer le châtiment «mérité». Une sorte de marteau dont la mission sacrée est de faire rentrer dans les rangs les têtes de clou refusant de s’aligner et de se soumettre. Cette interprétation de la violence légitime, d’État paternel toujours là et assumant le devoir de «l’éducation» de ses enfants (sujets) si les géniteurs faillissent est solidement ancrée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle est toujours prônée de manière plus ou moins assumée, de manière plus ou moins maladroite, par les soi-disant représentants d’un nouvel ordre porteur de renouveau et d’espoir. Comment voudrions-nous après tout cela redonner confiance à la jeunesse? Par quel miracle espérions-nous tourner la page pour un nouveau départ?


La capacité du citoyen à exercer pleinement son droit à l’expression individuelle est un acquis qui ne doit en aucun cas lui être ravi.

Il faut parler, s’exprimer, échanger et débattre. Et qu’importe le risque de censure. Ce n’est que comme cela qu’on peut construire un modèle et se l’approprier.

Omar Radi verra venir 2020 chez lui, au milieu des siens. Tous les autres y ont droit aussi, c’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Bonne année…