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Le G36 réussira-t-il à “Netflixer” le Maroc?

Point de vue janvier 2020

Le G36 réussira-t-il à “Netflixer” le Maroc?

L’annonce de la nomination de Chakib Benmoussa à la tête de la Commission pour le suivi du modèle de développement (CSMD) était une note d’espoir et d’optimisme en cette fin d’année 2019, une année caractérisée par une perte de confiance inédite. C’est donc une initiative courageuse qui confirme que le Roi a pris véritablement conscience de la fragilité du pays sur les plans économique et social.

S’il est vrai que c’est une énième manière de reconnaître l’existence de sérieuses défaillances dans notre système, c’est pourtant la première fois qu’une approche innovante est proposée. La CSMD est inspirée du Design Thinking, une démarche anglo-saxonne qui suggère d’aborder les problèmes à travers une intelligence collective inclusive de toutes les forces vives du pays, et comme l’a bien précisé son Président, une approche «out of the box». Jusque-là, on est dans la remise en question totale du modèle en place, de ses acteurs, et cela est franchement de bon augure.

Mais il suffit de creuser un peu pour se poser des questions de fond qui peuvent refroidir cet optimisme et donner à réfléchir puisque nous ne sommes qu’au début de cette démarche.

Tout d’abord, que pourra dire le rapport qui sera remis au Roi dans 6 mois de plus que ce qui a déjà été dit et écrit. Depuis une décennie, le Maroc bouillonne d’idées réformatrices et on le sent chaque jour qui passe. Intellectuels, universitaires, sociologues, journalistes, philosophes, tout le monde s’y est mis pour sortir le pays de cet état léthargique. Même de hauts commis de l’État font de temps à autre des sorties très osées espérant contribuer à créer le déclic (…) Au contraire, face à ces pulsions d’idées, on sent que les racines de l’État profond s’enfoncent pour résister au changement. Il s’est surtout montré très sévère à l’encontre de ceux et celles qui ont osé toucher à ses lignes rouges, de plus en plus larges. Cette dernière décennie, il y a eu une telle abondance de propositions restées lettre morte que les voix du changement sont aujourd’hui portées par des dizaines de milliers de jeunes dans les gradins des stades de football.

Alors je suis tenté de dire, une autre commission, à quoi bon? Le règne du Roi Mohammed VI est caractérisé par la création d’un véritable mille-feuille d’institutions censées réfléchir et encadrer la marche du pays. Ces institutions coûtent cher et leurs dirigeants sont chèrement payés. A quoi servent-ils alors si nous devons faire appel à une autre commission pour réfléchir encore une fois et produire un rapport? Sans doute l’erreur est d’avoir opté pour une architecture avec trop de petits États dans l’État, rendant la responsabilité diffuse (…)

Ce qui inquiète aussi, c’est la composition de cette Commission. Ne personnalisons pas le débat sur telle ou telle personne comme l’ont fait certains confrères. Chacune d’elles a quelque chose à apporter au débat. Mais puisque nous sommes dans du Design Thinking, il y a une vraie question sur le niveau d’empathie que peuvent avoir ces personnalités. On peut se demander comment ces conseillers qui résident pour la grande majorité à l’étranger vont pouvoir se mettre à la place des autres Marocains pour être en mesure de comprendre leurs problèmes afin d’y apporter des solutions pertinentes. Je veux bien croire Chakib Benmoussa qui parle d’une approche «out of the box», mais attention à ne pas trop s’éloigner de la boîte. Il s’agit de gens qui n’ont aucune connaissance du vrai Maroc, et leur demander de comprendre les problèmes du pays et réfléchir à des solutions, tout cela en moins de six mois, relève de l’utopie.

Enfin, soyons réalistes. Ce rapport sera produit et recevra le sceau royal, il sera dévoilé pour le prochain Discours du Trône. Mais qui le mettra en œuvre? Une question qui nous renvoie à la case départ. Car si le Maroc doit faire avec le corps politique qu’il a, il doit aussi faire avec l’administration qu’il a. A moins que ce qui est recherché de la CSMD ne soit un big bang. Soyons optimistes et espérons que la CSMD réussira à “Netflixer” notre pays et que la nouvelle année nous apporte un lot d’heureuses nouvelles.