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Bouthayna Iraqui Houssaini

Interview janvier 2020

Bouthayna Iraqui Houssaini

Femme d’affaires, militante associative et ancienne parlementaire, Bouthayna Iraqui a accepté de rencontrer EE à l’occasion des 30 ans de Locamed afin de faire le point sur un ensemble de questions économiques et sociales.

Nous sommes à quelques jours de la fin de 2019. Quels souvenirs gardez-vous de cette année?

2019 a été une année très importante pour moi en tant que cheffe d’entreprise. Locamed vient de souffler sa 30e bougie et contrairement à ce que pourraient penser d’autres dirigeants qui choisiraient d’aller vers une suite des choses plus apaisée, plus calme, plus résignée après tant d’années de travail, je me suis lancée dans une nouvelle aventure qui est la croissance de l’entreprise. On multiplie pratiquement les effectifs par deux. 2019 est également pour moi l’année de la continuité et de la transmission. L’entreprise est familiale et son concept et ses valeurs plaisent à mes enfants, surtout le plus jeune, Mehdi, qui prend les rênes aujourd’hui en tant que directeur général. Il est très ambitieux et nous avons redéfini les objectifs pour une nouvelle phase de croissance. Nous avons d’ailleurs rejoint la 7e cohorte du Programme Elite de la Bourse de Casablanca afin de nous hisser dans la cour des grands.

N’est-ce pas un peu prématuré d’envisager une entrée en Bourse?

Je vous assure que c’est bien réfléchi et bien calculé. Nous envisagerons très certainement un accès au marché des capitaux parce que nous en avons les moyens. Ce n’est ni utopique ni prétentieux. Nous avons d’ailleurs accéléré nos investissements en passant à la vitesse supérieure et nous prévoyons d’ouvrir 7 nouveaux magasins en une année alors que nous étions sur une moyenne d’un magasin tous les deux ans. Nous en avons ouvert un en juillet à Mohammedia et l’autre la semaine passée à Meknès. Nous prévoyons de couvrir Agadir dans un mois et demi, d’ouvrir un magasin à Ribat Center dans deux mois avant de continuer avec Nador et d’autres villes. 

Les affaires vont donc si bien que ça?

Locamed est une entreprise courageuse qui dispose de bons indicateurs et qui s’endette afin de se développer. Nous réalisons un chiffre d’affaires d’environ 100 millions de dirhams et nous souhaitons réaliser, avec ces nouvelles ouvertures, 40% de croissance. Mais permettez-moi de préciser que notre objectif n’est pas de devenir «gros» et gagner des parts de marché, nous voyons cela plutôt comme un engagement vis-à-vis du citoyen. Nous ne sommes pas des marchands d’articles de mode, nous opérons dans le secteur de la santé et mettons à la disposition de l’utilisateur final des dispositifs médicaux répondant à un besoin d’atténuation de la douleur et de confort. Un métier à part entière dans lequel nous avons développé de la performance et un savoir-faire qu’il s’agit aujourd’hui d’offrir à l’utilisateur final où qu’il soit dans le Maroc.

Quid de la concurrence?

Nous sommes très loin par rapport à la concurrence, car nous sommes multitâches et nous sommes bons dans tous les grands métiers que nous maîtrisons. Tout en étant spécialisés dans le B2C, nous avons également un département en charge des grands appels d’offres. Nos plus importants clients sont essentiellement le corps militaire, la Défense, les CHU ainsi que les hôpitaux Cheik Zaid et Cheik Khalifa. Nous sommes spécialisés dans les équipements de diagnostic et de rééducation.

À vous entendre, c’est une très belle phase pour Locamed. Pourquoi avoir choisi ce moment pour partir à la retraite?

Pour être tout à fait honnête, la retraite m’est imposée. Lorsqu’on atteint un certain âge, l’administration vous met à la retraite et vous n’avez plus le droit au salaire. Je trouve que c’est vraiment dommage car une cheffe d’entreprise qui a créé sa boîte et y a travaillé pendant 30 ans, qui a milité dans l’associatif, qui a fait de la politique, est bonifiée à 60 ans et peut apporter une impulsion et une vision. A titre d’anecdote, l’agent d’autorité refuse toujours de me fournir mon attestation de non activité exigée par la CNSS pour que je puisse prendre ma retraite. C’est normal puisqu’il me voit partir chaque matin au travail et me voit finir que tard le soir. En tant qu’ex-députée, j’estime que j’ai toujours ce devoir d’exprimer des amendements qu’on devrait apporter. On ne devrait pas imposer à un chef d’entreprise la retraite à 60 ans, c’est à lui de décider.

Vous êtes également pharmacienne de profession. Comment se porte le secteur de la santé au Maroc?

Je ne suis pas une spécialiste des milieux hospitaliers. Certes, nous avons affaire à eux dans le cadre d’appels d’offres, mais nous obtenons l’essentiel des feedbacks de nos utilisateurs finaux que nous accompagnons que ce soit dans l’aide à la mobilité, l’orthopédie ou l’hospitalisation à domicile. Je ne vais donc rien vous apprendre qui n’ait déjà été écrit dans la presse: il y a un réel problème et un échec opérationnel dans les hôpitaux. Tous les jours, on rapporte des cas de personnes qui ne sont pas admises pour des problèmes de prise en charge, des personnes qui n’ont pas eu les soins, les médicaments ou les dispositifs nécessaires, etc. Les défaillances sont nombreuses, je n’invente rien. Je pense qu’il est temps de se poser la question: quel est l’objectif de la santé au Maroc? Nous avons un modèle calqué sur la France, où les hôpitaux sont des établissements de référence. Il faut se poser la question et se demander si l’on a les bons indicateurs pour juger le système de santé au Maroc. A mon avis, nous ne les avons pas. Car un bon indicateur, ce n’est pas des statistiques, ce n’est pas tant de malades, tant de lits hospitaliers… Au Maroc nous savons construire, nous l’avons prouvé. Ce que nous ne savons pas faire, ce sont des processus qui marchent, qui sont évalués, rectifiés et qui délivrent un résultat. Quel résultat faut-il délivrer ? Eh bien c’est la satisfaction client. Vous rentrez et sortez malade. Résultat: vous n’avez rien délivré. Vous avez mis un bel hôpital avec des passerelles. Dernièrement quelqu’un m’avait envoyé un film sur un projet d’un hôpital, c’est de la fiction. Le résultat je dois sortir soit guéri, soit avec une ordonnance de soins. Qu’est-ce que l’on délivre? On oublie de faire de la recherche de performance, dans de nombreux pays nous avons vu des experts changer les choses en 20 ans, dans d’autres nous avons changé les services publics de la santé en faisant des partenariats public-privé. Prenons l’exemple de l’hôpital Cheik Khalifa, ils ont acheté des équipements fantastiques, moi-même j’avais participé, ils avaient les moyens, de l’autre côté vous avez un hôpital qui n’a pas autant de moyens qui achète un scanner un peu moins cher, je donne un chiffre: 5 millions de dirhams, avec une moyenne de 100 scanners par an, pour un montant encaissé de 1.500 dirhams par scanner. Le calcul est simple, n’importe quelle personne qui fait ce calcul n’achètera pas de scanner de moyenne gamme, en plus d’un technicien, un contrat de maintenance pour l’entretien, du consommable.

A vous entendre c’est très facile à mettre en œuvre, c’est logique. Ça coule de source. N’y a-t-il pas de personnes qui ont la même réflexion au sein du département de la santé?

Moi j’ai toujours réfléchi de cette manière. Je me dis que si nous sommes parvenus à trouver des solutions sous d’autres cieux, c’est qu’il n’y a pas de raison d’en trouver ici également, nous ne sommes pas l’Égypte, nous n’avons que 35 millions d’habitants. Les gens ne voient dans le Maroc que ce qui est négatif, c’est vrai nous n’avons pas de pétrole, etc. C’est un pays qui se débrouille très bien avec ce qu’il a, mais il faut sortir des mauvais raisonnements et choix que nous avons faits. Il y a d’autres pays qui ont fait des choses magnifiques avec moins de moyens que nous. Donc c’est possible et il faut arrêter de penser que c’est toujours les mêmes qui ont les mêmes idées, les modèles qui ne marchent pas il faut les abandonner. Il ne faut pas rester figé sur les choses, et puis je pense que les discours de Sa Majesté sont fantastiques, car vous y trouvez à la fois les questions et les réponses à toute chose. Comme j’ai fait de la politique, j’ai l’habitude de les lire et de les prendre en référence. Tout a été imaginé et dit, quelque part dans un discours ou un autre.

Quelle évaluation faites-vous de la gestion nationale de l’approvisionnement en médicament et en matériel médical?

Là vous touchez vraiment le gros problème que nous avons dans notre secteur. C’est encore une fois une défaillance totale d’une organisation. C’est très simple, je n’ai pas pu avoir les chiffres ce matin, ce sont des milliers de dossiers annuellement traités par une petite poignée de gens. C’est-à-dire que c’est un organisme qui n’a pas les moyens d’être efficace, la DMP. Pour nous, c’est un cauchemar au quotidien et rien ne se fait normalement.

Même après le départ de son directeur?

Ce n’est pas une question d’homme. C’est une organisation qui est mal posée. Vous avez un millier d’opérateurs et vous avez en face une poignée qui fait le travail manuellement et intellectuellement. Il est évident qu’il y a un problème de moyens humains. Et tout le monde est perdant dans cette affaire, l’Etat, l’opérateur économique et le citoyen. Pour l’Etat, c’est un manque d’entrées fiscales, en plus de la création d’un marché parallèle. Et je peux vous assurer que c’est une réalité. Au niveau des opérateurs, nous avons des opérations que l’on rate, des clients que l’on fait attendre 6 mois jusqu’à 1 an. Et pour le citoyen marocain, il va se retrouver à tout payer plus cher, car lorsque vous vous retrouvez à payer le double en frais d’emmagasinage, le prix double. Et croyez-moi les produits au Maroc coûtent cher parce qu’il y a énormément de difficultés administratives.

Chakib Benmoussa vient de faire sa première sortie en tant que président de la Commission pour le nouveau modèle de développement. Au final, il s’agit juste d’établir un diagnostic de ce «qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce qui peut fonctionner».

Je trouve que la réflexion sur un nouveau modèle de développement est une initiative courageuse, car le Maroc n’est pas resté dans le déni, l’on reconnaît nos échecs de nos choix passés et c’est une idée brillante car l’on ramène tous les citoyens et l’on crée une solidarité autour d’une idée commune, qui est une idée d’espoir. Nous allons ainsi faire des propositions pour pouvoir changer les choses. La question maintenant, c’est de savoir si l’Etat va accepter de se soustraire à sa fonction régalienne et à sa souveraineté de s’occuper de l’humain. C’est ici qu’il y a réflexion, je n’ai pas la réponse, est-ce qu’il ne va pas faire comme certains pays qui ont externalisé certains services publics pour exiger de la performance dans un temps court.

Quel bilan faites-vous de 8 ans de règne du PJD?

Très honnêtement. Moi je ne suis plus dans les sphères politiques et je ne suis plus dans le secret des dieux. Mais je ne vois pas de signaux faibles qui annonceraient une crise politique, bien au contraire. Je vois qu’il y a une course vers les élections, qu’il y a une belle bataille politique, en ce moment, qu’il y a des alliances possibles qui n’existaient pas avant. Et qu’aujourd’hui, il n’y a plus aucun parti qui a une longueur d’avance sur les autres. Je pense que c’est un très beau jeu démocratique qui va se faire, et c’est positif pour le Maroc. Mais pour ce qui est des dix dernières années, au niveau des réalisations, tous domaines confondus, nous avons eu des turbulences politiques, il y a eu un contexte économique mondial défavorable. Personne n’a eu le courage de faire des réformes, c’est un courage politique, on a fait du court terme, ce sont des investissements sur l’avenir, ce sont des visions. Le port Tanger-Med c’était une vision extraordinaire, j’espère que ce projet de développement social soit une vision. Et pour des temps longs, il faut des souverains et à chaque fois qu’il y a eu l’enclenchement de grands chantiers de réformes, il y avait au préalable une décision souveraine. Les réformes qui devaient être des réformes de gouvernement n’ont pas eu lieu.

Le Maroc a réalisé une avancée dans le classement Doing Business. Est-ce que vous le ressentez sur le terrain? Y a-t-il une amélioration du climat des affaires?

Non! Le Maroc a une belle image à l’international, mais il y a énormément de choses qui ne fonctionnent pas chez nous ou en cours d’amélioration. Moi en tant qu’opérateur, je parle de mon vécu, vous me parlez du climat des affaires, je vous expose nos réalités, nos difficultés d’accès au financement. Les taux de crédit au Maroc sont anormalement élevés – 5% – pour des entreprises avec un bon rating, etc. C’est un véritable parcours du combattant, en commençant par les délais d’octroi du crédit qui sont longs, sans parler des garanties importantes demandées. Là encore quand vous êtes à Rabat, Casablanca, que vous êtes une entreprise, que vous savez vous débrouillez, ça va, mais on vous demande facilement une caution solidaire. En France, la caution solidaire est interdite, car il y a l’équivalent de la Caisse Centrale de Garantie (CCG). Car si un entrepreneur donne en garantie sa maison et qu’il y a une crise économique, vous avez une cellule familiale qui devient vulnérable. Moi je me débrouille, j’ai déjà été administrateur au sein d’une banque, je sais comment ça marche. Mais durant nos réunions, à Elite, beaucoup d’entreprises se plaignent, elles apportent la garantie CCG et la banque demande encore plus de garanties. C’est anormal que les banques demandent une sur-couverture de garantie. Il faut tout le temps négocier. Cela fait perdre du temps, les taux sont élevés. Pourquoi nous sommes pénalisés par de grandes opérations négatives comme la problématique de la Samir ou encore Addoha. Aujourd’hui, toutes les PME qui étaient des TPE souffrent. Mon évolution a été faite pas à pas, j’étais une TPE, j’ai utilisé les aides et les financements de l’Etat, les administrations m’ont vu grandir, me structurer, obtenir des certifications, elles me connaissent toutes. C’est un bon exemple de réussite, mais c’est aussi un bon élève. Alors lorsque je vais en banque et qu’on me demande une garantie démesurée, ce n’est pas normal. Il faut sélectionner les bons élèves et revoir les taux. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même tas.

Le discours royal au Parlement a mis l’accent sur le rôle des banques pour rebooster l’activité économique. Comment à votre avis peut-on régler une bonne fois pour toutes cette question de difficultés d’accès au financement, surtout pour les TPE/PME?

De mon point de vue, c’est l’évaluation du risque. Sa Majesté dans son discours a bien parlé de l’autoentrepreneur et des TPE. Pour moi, plus une entreprise est grande, plus elle se débrouille. On représente un poids vis-à-vis de la banque, on connaît des gens, on ne parle plus au Middle Management mais au Top Management. Plus vous êtes grand, plus c’est facile. Donc pour ces très petites structures, c’est à ce niveau qu’il faut penser CCG. Qui a fait, à juste titre, énormément de choses mais qui demeurent insuffisantes. Je ne connais pas, la vérité, tous les détails pour les TPE mais à mon avis il y a encore du travail à faire. Car les TPE doivent être garanties par un fonds de garantie national. D’après Monsieur El Kettani d’Attijariwafa bank, à la suite de la réunion que nous avons eue à la CGEM, il aurait créé un fonds de 3 milliards de dirhams qui est un levier pour 3 autres milliards. Il y aurait un fonds de 6 milliards qu’ils vont créer pour les OPPM, je n’ai pas tous les détails. Mais il y a, paraît-il, une action qui a été faite suite au discours de Sa Majesté, par le GPBM et Monsieur El Kettani. A mon avis, le fonds est là, maintenant il faudrait attendre de voir comment se fera l’applicabilité de tout cela. Je ne dispose pas d’informations particulières sur cela.

Les élections à la CGEM auront lieu le mois prochain. Y a-t-il une candidature qui se démarque du lot selon vous?

Moi je pense que c’est une question sans réponse. Un article de presse remettait en question la candidature d’un binôme qui s’était présenté à cause du fait que ce dernier était issu d’un grand groupe. Moi je dis, il faut un pilote pour piloter un avion, vous n’allez pas au nom de la diversité remettre l’avion entre les mains d’une hôtesse de l’air ou d’un stewart. Il faut donc un patron pour piloter un patronat, il faut vraiment prendre les choses au sérieux. Ce n’est pas parce qu’on parle du social qu’il faut taper sur le patronat. C’est lui qui crée de l’emploi et de la recette fiscale. Il faut un patronat fort, qui participe à la loi de Finances, à l’environnement des affaires. Il prend des risques, il propose des réformes pour améliorer l’environnement des affaires, il doit défendre les crédits pour les TPE, il doit défendre l’environnement des affaires des PME, il doit défendre la réglementation du travail. Vous avez quelqu’un qui vole, si vous êtes licencié vous êtes automatiquement en licenciement abusif. Les gens ne veulent plus embaucher en CDI, c’est un véritable problème. Tout le monde use d’astuces de plus en plus sophistiquées avec des avocats pour ne pas avoir d’employés en CDI. Vous avez l’ANAPEC, mais on ne va pas continuer avec des employés de l’ANAPEC qui sont incompétents. On a créé des dérives, on a dévié des choses de leur sens réel. Quelqu’un qui a fait l’ANAPEC et qui a perdu son emploi, la plupart des entreprises ne veulent plus le prendre car il doit être en contrat CDI. C’est ridicule, il faut changer la réglementation pénale concernant l’emploi, pour qu’il y ait plus de facilité pour les employeurs d’embaucher des gens, s’ils ne sont pas compétents ou malhonnêtes, qu’ils puissent se défaire de leurs contrats sans pour autant payer injustement, pour cause de respect de la procédure. A ce ci titre, le CESE a effectué une étude sur le sujet, en recommandant une relecture approfondie du code du travail. C’est le travail de la CGEM. Une CGEM forte qui décortique une par une les problématiques liées aux entreprises.

Elle est forte actuellement?

Je pense qu’elle est passée par une phase de turbulences.

On parle de la malédiction de la deuxième chambre…

Oh écoutez! C’est une décision qui a été prise. Moi je pense que l’on doit prendre les moyens que nous avons et savoir les utiliser. Il faut arrêter de se plaindre de tout. Arrêter de voir du mal partout. Nous avons eu grâce à la nouvelle Constitution des représentants de la CGEM au Parlement. Utilisons-les pour défendre les problématiques sur le climat des affaires dans les commissions. J’ai été députée, je sais que c’est efficace. Je sais que cela peut marcher. Pourquoi voir toujours des malédictions par-ci, par-là. Ce n’est pas parce que nous avons eu des députés de la CGEM, qu’on a pris un ancien politique pour le mettre à la tête de la CGEM. C’est un concours de circonstances.

Bensalah était l’unique femme à la tête du patronat marocain. Personne n’a vraiment su reprendre les commandes après son mandat. N’y-a-t-il pas d’autres femmes susceptibles de reprendre le flambeau ?

Je ne suis pas bloquée sur cette idée d’avoir un homme ou une femme, ou de l’alternance. Miriem Bensalah était une cheffe d’entreprise avec des compétences, avec une volonté, avec une ambition. Les trois réunies, elle a pu être réélue assurant ainsi deux mandats consécutifs. Elle a effectué un excellent passage, marqué par des réalisations. Un travail à saluer, car il ne faut pas oublier que c’est un travail de bénévolat. J’estime qu’on soit homme ou femme, peu m’importe.

Vous avez également été à la tête de l’AFEM qui a été secouée dernièrement par des tensions en interne. Un mot sur ce qui se passe…

Comme toute organisation, c’est une association qui a eu de belles années, une belle période. Et puis, il y a eu une succession d’incidents qui ont fait qu’aujourd’hui, il y a eu une erreur de casting. C’est une dame qui a été élue, nous n’y pouvons rien. Pour la validation de sa candidature on ne pouvait pas y échapper, mais elle n’a pas pu gérer, elle n’a pas su respecter la gouvernance, elle a dérogé aux règles de transparence. L’argent que nous gérons à l’AFEM, ces fonds ne sont pas à nous.

Ils ont été dilapidés?

Non ! Pas attribués là où il fallait. Il n’y a pas eu les activités qui devaient avoir lieu, des contestations de nos partenaires. Et puis, elle n’était pas fédératrice donc nous avons trouvé des problèmes, de nombreuses personnes ont démissionné, en 8 mois elle n’a pas pu constituer un bureau. Donc, aucune règle de gouvernance n’a été respectée et puis à la demande de plusieurs personnes, nous, Conseil des sages, sommes d’anciennes présidentes, nous l’avons convoquée, nous avons essayé de l’aider, mais elle voulait finir son mandat, mais elle était partie à la dérive.

L’un des objectifs principaux prônés par le PLF 2020 est la région de confiance. Les mesures qu’il contient sont-elles suffisantes à votre avis pour redonner confiance? Que pensez-vous des dispositions concernant l’amnistie fiscale et les contributions libératoires des avoirs à l’étranger?

Non, je pense que l’Etat fait de son mieux, je connais Monsieur Benchaaboun, c’est un homme très compétent et je me dis pourtant il a posé cette amnistie et là je regrette une chose, encore une fois on n’est pas suffisamment de bons élèves parce que nous par exemple depuis 10 ans ou 15 ans on se structure, on s’organise, et puis ces deux dernières années on a vu que les exigences fiscales étaient devenues très élevées parce que, heureusement d’ailleurs, ils ont appris à utiliser les data. Les recoupements de data en différentes institutions ont fait qu’ils ont décelé des choses qui étaient beaucoup plus subtiles et ils ont démultiplié les vérifications et puis ils ont même combattu l’utilisation des espèces (du cash). L’année dernière ils ont poussé le bouchon un peu plus loin en exigeant du client certaines informations. On a ensuite fait les assises de la fiscalité pour calmer les ardeurs et les commerçants affiliés à la chambre de commerce et qui ne travaillent qu’avec du cash se sont soulevés pour protester. Puis Moulay Hfid a fait son grand exposé à Marrakech, on a invité la CGEM et on a calmé tout le monde puis on a fait marche arrière. Il y a eu les assises de la fiscalité, on a dit oui à la loi-cadre puisqu’on devait mettre en place des dispositions sur 5 ans mais il y a des choses sur lesquelles on sera intransigeants, notamment les cliniques.