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Inwi persiste et signe

Entreprises décembre 2019

Inwi persiste et signe

Après l’échec du service de mobile paiement, Mobicash, certains acteurs aujourd’hui reviennent à la charge et espèrent tirer leur épingle du jeu.

Un pari risqué! Il faut croire que l’échec de Maroc Telecom avec le lancement de Mobicash en 2005 a bien été assimilé et dépassé. Aujourd’hui, de nouveaux acteurs ont fait surface sur le terrain du mobile paiement et le ton a été donné par l’opérateur Inwi qui a lancé depuis le mois de septembre son application de paiement mobile bien qu’il ait été le dernier à avoir reçu son autorisation de Bank Al-Maghrib. La Banque centrale avait en effet accordé ces précieux sésames en 3 vagues après avoir mis en place le cadre réglementaire. «Nous sommes convaincus que le mobile money permettra de développer l’inclusion financière avec des produits spécifiques et adaptés au plus grand nombre sans compter qu’il permettra d’économiser les coûts inhérents à l’utilisation du cash», soutient Ghassane El Machrafi, Chairman de Inwi Money. Dans les détails, cette nouvelle solution permettra l’émergence d’une panoplie de services, en l’occurrence la facilitation des politiques publiques, la fidélisation, le financement de crédit… «Il va donc permettre de classifier les foyers marocains via le téléphone et l’Etat va pouvoir orienter les aides vers les bonnes cibles», déclare Khalid Ziani, expert en NTIC. Cependant, il faut quand même souligner que derrière cette volonté de conquête de marché se dissimule un véritable challenge. «Au Maroc on a développé un système bancaire solide mais qui n’a pas pu couvrir l’ensemble de la population. Ce qui soulève la question de l’inclusion financière de l’autre moitié de la population qui n’utilise que le cash comme moyen de paiement», martèle Khalid Ziani.

Une fiscalité spécifique pour booster le secteur
L’enjeu se situe donc au niveau de l’action de faire migrer cette frange de la population vers les services du mobile paiement. D’un autre côté la question de l’augmentation de l’interopérabilité et de l’équipement des commerçants est également un préalable incontournable pour l’émulation de ce secteur. Pour Amine Sebti, senior Manager Strategy à Pwc, la réussite de ce pari passe par la mise en place d’une véritable stratégie de communication et de sensibilisation des potentiels clients ainsi que la mise en place d’ateliers d’initiation (focus sur les jeunes ). De son côté, Khalid Ziani met en évidence la question de la qualité des services et la mutualisation des coûts, ce qui représente des leviers importants de compétitivité. De plus il faut également noter que l’Etat a bien entendu un rôle crucial à jouer. Rappelons que parmi les requêtes transmises au ministère des Finances, il y a l’application d’un taux de TVA spécifique pour les achats réglés grâce au smartphone. Cela pourrait stimuler les usages. En complément, le secteur requiert un taux d’impôt sur les sociétés réduit pour la part du chiffre d’affaires qui transite par le mobile. L’équipement des commerçants pourrait être en partie subventionné. Il existe déjà un vivier de commerçants (ceux équipés d’un TPE) qui sont susceptibles d’adopter la solution de paiement mobile. «Pour ne pas bousculer les habitudes des commerçants, il y a l’idée de promouvoir un terminal multi-usage qui accepte le paiement par carte et par mobile», confirme Ismaïl Bellali, directeur général adjoint du CMI.


Le M-paiement entre rêve et réalité
Mais l’adoption d’un tel terminal, pour séduisante qu’elle puisse paraître sur le papier, n’est pas facile à adopter, ni surtout à généraliser. «La tâche est probablement plus difficile au Maroc qu’ailleurs parce qu’il se trouve que nous avons déjà un système qui marche, plus ou moins, à la place duquel on veut implémenter un nouveau système encore plus performant», nuance Yassine Sekkat, directeur associé chez McKinsey. Pour l’expert en effet, point de solution miracle pour une véritable accélération du m-paiement au Maroc. Il faut impérativement passer par l’innovation, à travers l’apport de nouveaux produits et services (produits de micro assurance, produits de distribution gouvernementale, de micro épargne…). Sans compter la question du prix qui reste déterminante. «Il faut que les acteurs sortent d’une logique de rentabilité immédiate de leur produit et qu’ils s’inscrivent dans une perspective un peu plus moyen terme. C’est-à-dire pouvoir amorcer le produit avec un pricing très attractif, voire gratuit au début», explique Sekkat. Malgré les recommandations de nos intervenants qui laissent prévoir un avenir radieux pour le mobile paiement, le spectre de l’incertitude demeure collé à ce projet. Tous les acteurs ainsi que l’État devront aller à l’unisson et mener des actions d’ensemble afin de voir ce secteur atteindre un niveau de maturité et de réussite à l’image de certains pays du continent africain.