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Santé, le ver est dans le fruit

Édito décembre 2019

Santé, le ver est dans le fruit

Le cri vient du cœur. Et le sien est brisé. Tenant sa fille dans ses bras à l’entrée d’une clinique casablancaise, un ressortissant arabe résidant au Maroc crie son désarroi dans un live publié sur les réseaux sociaux. Se déclarant lui-même médecin, il énumère une liste de manquements de l’établissement dans la prise en charge de sa fille. Loin d’être un cas isolé, les mésaventures de ce père sont vécues au quotidien par des centaines, sinon des milliers de personnes. D’ailleurs, le débat public sur le système de santé marocain est dominé par les cris d’alarme et les alertes. Et derrière les inégalités sociales pointées du doigt, rapport après rapport, discours royal après discours royal, perdure au Maroc le sentiment que rien ne change véritablement et qu’il est de plus en plus difficile (et coûteux) de se faire soigner. Le diagnostic est d’autant plus inquiétant qu’il concerne plusieurs piliers de ce secteur pourtant vital.

L’un des plus importants est sans doute celui de la pharmacologie et du médicament, miné par la corruption et les connivences au mépris de la santé du citoyen. Jugez-en par vous-même. Janvier 2019, une note confidentielle adressée par la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies alerte le désormais ex-ministre Anas Doukkali sur les risques de toxicité liés à un traitement contre la tuberculose. Tellement toxique qu’il aurait coûté la vie à 5 personnes en l’espace de trois mois. Rien ne sera pourtant fait durant toute une année ou presque pour y remédier. Aucune opération de communication ni d’explications auprès de l’opinion publique tandis que le traitement controversé est toujours proposé aux patients.

Un scandale qui fait suite à un autre, cette fois-ci concernant le traitement de l’hépatite C et qui aurait accéléré dans sa chute Jamal Taoufik, ex-directeur du médicament et de la pharmacie. Nos confrères du Desk.ma étaient les premiers à lever le lièvre, dévoilant une «mafia» de la santé qui favoriserait l’installation de «laboratoires fictifs» autorisés à exercer en violation manifeste de la loi et à importer des médicaments douteux sans avantage aucun. Comment expliquer, à notre époque de surveillance sanitaire supposée étroite et efficace, que de tels manquements puissent avoir lieu? Quel écheveau de relations et de passe-droits a permis à ces structures et dirigeants d’échapper au radar des autorités?

Entre-temps, des milliers de patients démunis atteints du virus mortel risquaient leur vie, victimes des jeux de pouvoirs occultes. Ne parlons pas de ceux victimes de la guerre de l’insuline, ni de ceux, atteint de troubles de la thyroïde, livrés à leur sort.

La situation est intenable.

Elle doit cesser!