La crise de confiance, un fléau national!

Point de vue novembre 2019

La crise de confiance, un fléau national!

C’est une évidence, le Marocain a de moins en moins confiance dans l’avenir de son pays. C’est bien malheureux de commencer ce point de vue en ces termes, mais c’est une triste réalité qu’il faut voir de face pour pouvoir y remédier. Tous les indicateurs socio-économiques l’attestent, à commencer par la baisse de liquidités et des dépôts des banques, l’offshorisation des détenteurs de capital et des grandes fortunes malgré des restrictions de plus en plus draconiennes du gardien des changes, la dégringolade des crédits d’investissement chez les banques, le tout aggravé par un malaise social palpable même dans le regard des gens.

L’élite économique qui détient le pouvoir de l’argent et qui fait tourner la roue de l’économie en créant de l’emploi ne comprend pas cet attentisme qui règne dans les arcanes de l’Etat, et décrypte à sa manière certains actes et discours. Elle reste très sceptique quant à la trajectoire démocratique qu’a empruntée le Royaume et qui n’est pas près de donner ses fruits, et observe avec méfiance la qualité du débat politique qui anime notre quotidien. Elle s’inquiète aussi du niveau de réactivité de nos gouvernants face à certaines urgences, et surtout de voir que malgré les différents indicateurs, aucune sortie de crise ne se profile à l’horizon. Rappelons que le Maroc est empêtré dans une crise depuis près de 10 ans alors que le cycle moyen d’une crise économique de nos jours se situe entre 3 et 6 ans.

Jusque-là, l’on pourrait accuser ce point de vue de colporter les propos des salons casablancais ou rbatis. Il n’en est rien. Cette ambiance hante l’élite marocaine à travers le Royaume, même les régions les plus éloignées du centre névralgique.

Ce mois d’octobre, Economie Entreprises a publié la 18ème édition annuelle du classement des 500 plus grandes entreprises. Un véritable baromètre économique qui analyse sur près de 250 pages l’activité de 23 secteurs à travers leur chiffre d’affaires et leur rentabilité. En marge de la publication de cette édition, notre magazine en partenariat avec Kompass Maroc, avons organisé la caravane des 500, un cycle de conférences qui sillonne cinq grandes métropoles, Tanger, Fès, Agadir, Marrakech et Rabat, pour sonder le climat des affaires en régions.

De cette caravane 2019, je tire une seule conclusion: le manque de confiance des investisseurs nationaux n’est pas un syndrome casablancais ou rbati mais bel et bien un fléau national. C’est inquiétant de voir que même des opérateurs économiques qui sont a priori déconnectés du bad buzz de ces deux capitales, se posent ces mêmes questions: Pourquoi tellement d’incohérences dans les discours? Comment se fait-il que la crise dure depuis si longtemps sans qu’aucune issue ne se profile à l’horizon? Y a-t-il un pilote aux commandes?

Au fait, la crise de confiance qui, il y a à peine quelques années, pouvait trouver des réponses dans des mesures d’accompagnement d’ordre financier ou technique, s’est transformée en une crise de confiance structurelle. La fissure s’est approfondie pour toucher des sujets plus amples et plus complexes (…)

De là je me demande si les mesures du Ministre de l’Economie censées rendre confiance dans le projet de loi de Finances 2020 serviront à quelque chose. Même si Mohamed Benchaaboun reste le premier Ministre de l’économie à avoir compris que la confiance avait besoin d’une contrepartie, ses mesures resteront insuffisantes car la crise de confiance que nous traversons a pris aujourd’hui une autre dimension. Elle ne s’appuie pas forcément à court terme sur la réalité économique, mais plutôt sur ce que j’appellerais une asymétrie d’information entre le citoyen/investisseur et nos gouvernants. Tout comme dans le marché des voitures d’occasions où celui qui achète se demande si le vendeur lui a dit toute la vérité sur l’état réel du véhicule qu’il souhaite acheter.