450 milliards une barre franchie par les OPCVM

Economie octobre 2019

450 milliards une barre franchie par les OPCVM

Les encours d’actifs sous gestion sont en nette progression. Les résultats sont mitigés. Le silence paie-t-il? Retour sur ces performances.

Interrogez un proche ou un collaborateur sur le nom du gestionnaire en charge de l’épargne de votre entreprise ou si les fonds offerts sont les plus performants, il est fort probable que la réponse se résume à un long silence. C’est le même mutisme qui règne lorsque l’on interroge les professionnels du marché.

Les actifs sous gestion répartis entre 458 véhicules d’Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) recensés ont franchi le cap des 454 milliards de dirhams, à fin août 2019, soit une progression de près de 5% du volume transactionnel, en glissement annuel. Par ailleurs, la progression enregistrée depuis le début de l’année est loin d’avoir profité à l’ensemble des sociétés de gestion d’actifs agréés. Nous pouvons relever une nette amélioration de la situation de liquidité et des perspectives sur les marchés des taux et actions sans omettre l’accroissement des collectes. Parmi les 17 sociétés de gestion, les gestionnaires indépendants se sont démarqués, enregistrant plus de 48% de la collecte nette réalisée par toute la profession depuis le début de l’année, soit près de 10 milliards de dirhams. Cette évolution mitigée s’est même accompagnée d’une «performance» inédite de nombreux gestionnaires indépendants, dont Capital Trust Gestion (+73,04%) et IRG Asset Management (+17,02%).

Economie Entreprises a essayé de contacter de nombreuses fois Omar Alami, président de l’Association des Sociétés de Gestion et Fonds d’Investissement Marocains (ASFIM) et acteur sur le marché des OPCVM, afin de nous apporter quelques éclairages sur ces variations et sur l’état des lieux de la profession, mais hormis la consultation des données disponibles sur leur site, l’association s’enfonce dans un mutisme. Il faut rappeler que ces taux de croissance ne sont pas exclusivement le fruit d’une gestion rigoureuse des fonds mais dépendent de plusieurs facteurs. Il est vrai que «les groupes bancaires et d’assurances ont atteint une certaine maturité, alors que les autres sociétés de gestionnaires indépendants de par leurs petites tailles et fournissant l’effort commercial nécessaire ont la possibilité de faire de la croissance», confie à Economie Entreprises un professionnel du marché. De plus, il existe un effet de base permettant d’expliquer les très forts taux de croissance des gestionnaires indépendants, en comparaison avec les filiales de banque, en fonction de leur poids sur le marché.

Des OPCVM en hausse

S’agissant de la concentration d’activité, le podium des 3 premières sociétés de gestion de la place reste inchangé : Wafa Gestion, CDG Capital Gestion et Upline Capital Management. Néanmoins, un léger recul des parts de marchés agrégés peut être observé passant de 56,07% à la fin de l’année 2018, contre 54,57% à fin août 2019, représentant un encours sous gestion total de près de 228,8 milliards de dirhams.

Le simple fait d’avoir une décollecte au niveau d’un OPCVM donné diminue le taux de variation annuelle de l’encours, cela n’est pas synonyme de sous-performance. Pour exemple, nous pouvons avoir des gestionnaires ayant acquis une expérience solide sur le marché et disposant d’un réseau de clientèle fidèle (institutionnels, corporate, indépendants…) pouvant passer d’une société de gestion à une autre et ainsi augmenter les encours de la société d’accueil.

Un point très peu discuté, qui peut éventuellement amputer le rendement final de l’investisseur et partant sa performance est celui des frais de gestion constituant un pourcentage des encours, exprimé sous forme annuelle et prélevé quotidiennement sur le portefeuille de façon transparente. Il arrive que dans certaines situations, lorsque la performance des fonds dépasse un seuil prédéterminé, la société de gestion touche des commissions de surperformance.

Aussi, à travers une analyse par fonds, le lien de causalité entre la performance et le poids des actifs n’est pas clairement observable. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’un fonds est plus performant qu’il aura le plus d’actifs, divers éléments, notamment les réseaux de distribution, la clientèle différenciée, la variété des politiques de risque, le reporting & marketing, peuvent influencer cette relation… Du coup, les produits offerts sont pour leur majorité comparables mais ne sont pas «commoditisés», l’on ne saurait se baser sur le seul indicateur de la hausse des encours pour juger de l’efficacité d’une société de gestion par rapport à une autre.

«Nous pouvons même trouver des clients qui disposent d’importants placements au sein de certaines filiales de banque et, dans un souci de diversification de leurs placements et afin de challenger les sociétés de gestion, placent leur argent un peu partout afin de mettre en concurrence les gestionnaires», ajoute un expert. L’exemple de CDG prévoyance en charge de la gestion du Régime Collectif d’Allocation de Retraite (RCAR) peut éventuellement illustrer cette assertion. Loin d’externaliser sa gestion des fonds de retraite, la CDG agissant pour les «meilleurs intérêts de ses fonds gérés» a lancé en juillet un appel d’offres public en vue de sélectionner des sociétés de gestion pour la création et la gestion de fonds diversifiés. Une manière pour l’institution de challenger les autres sociétés de gestion.

A en juger par les orientations des placements, la tendance est clairement affichée. En termes de rendement, les fonds obligataires moyen et long termes ont progressé durant ces dernières années et sont très prisés par les investisseurs au détriment du monétaire, conséquence de la baisse des taux d’intérêt entraînant une érosion des rémunérations des placements en OPCVM monétaires.

Performances à relativiser

Selon la nature des actifs et à partir des données publiées à fin août 2019 par l’ASFIM, les OPCVM actions ont enregistré la meilleure performance annuelle (+7,57%), suivis des OPCVM diversifiés (+4,50%), des Obligations moyen et long termes (3,20%) et des OPCVM monétaires ont affiché la plus faible performance (+1,03%). Une tendance à l’aversion au risque a été constatée de la part des souscripteurs en OPCVM qui se sont orientés vers les catégories «obligataires». De ce fait, le client intéressé par les OPC obligataires court terme accepte de prendre un risque additionnel de taux d’intérêt moyennant une rémunération potentielle plus importante que celle d’un placement monétaire.

L’on pourrait se concentrer sur les OPCVM ayant enregistré le meilleur rendement en termes d’encours et par société de gestion, toutefois cet exercice ne saurait nous apporter une réponse claire sur le degré de performance. En théorie, il n’y a pas de raison objective pour qu’un gestionnaire soit plus ou moins performant qu’un autre, surtout si leur gestion est assez proche. La simple lecture des tableaux de performances publiés par l’ASFIM ne reflète en rien la performance effective des sociétés de gestion.

Si l’on se hasarde à vouloir sélectionner les fonds ayant les variations les plus élevées par horizon temporel varié, l’analyse de la rentabilité serait incorrecte car elle ne prendra pas en considération la performance, la régularité dans le temps mais également le ratio risque/rentabilité, déterminant dans le choix même de la classe d’OPCVM. Lancés en 2005 et dont la dernière édition s’est achevée en 2010, les «Asset Management Trophies» créés à l’initiative de La Vie éco, en partenariat avec Finaccess et Europerformance, avaient pour but de mettre en valeur la profession de la gestion collective, d’éclairer sur les pratiques de marché et de répondre à un besoin réel de la part des épargnants et investisseurs quant à la diffusion de l’information sur les performances financières réelles de leurs gestionnaires de fonds. L’un des objectifs était de déceler les fonds OPCVM ayant réalisé la meilleure performance durant une période déterminée. Une initiative comparable est faite au niveau de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord les «Lipper MENA Markets 2019 Fund Awards», dans laquelle Wafa Gestion détient le leadership de la gestion d’actifs, BMCE capital Gestion ainsi que Valoris Management ont remporté plusieurs distinctions lors de sa dernière édition organisée en mai dernier à Dubaï par Thomson Reuters. Pour Wafa Gestion, quatre de ses fonds ont été primés pour la régularité de leurs performances ajustées du risque, dans les catégories taux et diversifié. Pour BMCE capital Gestion, deux fonds ont été récompensés dans les catégories «Bond MAD» et «Mixed Asset MAD Balanced». Pour Valoris Management, son fonds «FCP Emergence Performance» est désormais élu meilleur fonds action de la place marocaine sur une période de 10 ans. Il faut également remarquer que nombreuses sont les sociétés qui ne peuvent prétendre à ces distinctions car ne disposant pas d’une série de données suffisamment importantes pour permettre un benchmark par fonds géré.

De nombreuses méthodologies d’évaluation de la performance des fonds d’OPCVM sont utilisées par les agences de notation, notamment Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch Ratings, Morningstar… Il est vrai que les résultats calculés sur des périodes passées ne donnent aucune information sur la performance future des OPCVM, il ne s’agit que d’un raisonnement valide sur la période d’étude et ne constitue qu’un outil de comparaison a posteriori. De ce fait, ils ne renseignent aucunement sur la pertinence des méthodes de gestion appliquées, encore moins des impacts sur les performances.