Conduite risquée

Édito août 2019

Conduite risquée

Depuis le 29 juillet, la planète vit à crédit. Cette année, la date fatidique a encore avancé de trois jours et il faudra l’équivalent de deux planètes moins le quart pour satisfaire tous les besoins de l’humanité en ressources naturelles. Véritable marronnier, le sujet du «jour de dépassement» est servi à toutes les sauces, mais coïncide cette fois-ci avec les records de chaleurs enregistrés un peu partout en Europe. Certains pays ont même connu en 2019 l’une des canicules les plus importantes de leur histoire. Et le Vieux Continent n’est pas le seul à en souffrir. De la Sibérie au Canada, des millions d’hectares sont partis en fumée dans le cercle arctique suite à des incendies «sans précédent» qui se sont déclarés depuis plusieurs semaines, en raison des températures élevées combinées aux impacts de foudre. Autant d’indicateurs d’un dérèglement climatique qui ne laisse plus de place au doute.

Pour faire face à ces phénomènes, la communauté internationale a décidé de prendre des mesures, plus ou moins volontaristes, avec plus en ou moins d’entrain, pour tenter de contenir les effets de cette urgence. Les plus emblématiques ont été débattues et portées par l’Accord de Paris, mais d’autres tout aussi importantes ont également été adaptées. C’est le cas de la résolution du Parlement européen de réduire les émissions de CO2 des véhicules légers de 40% d’ici 2030 ou de l’accord de l’Organisation maritime internationale (OMI) afin de réduire la teneur en soufre du fioul marin à 0,5% dès le 1er janvier 2020 au lieu de 3,5% actuellement.

Au-delà des enjeux écologiques, cette pression environnementale présage des répercussions économiques très lourdes au Maroc. La première concerne le pouvoir d’achat avec les prix du carburant qui vont flamber. Ainsi, sous l’effet conjugué de la demande mondiale (50.000 navires en circulation sur les mers du globe auront besoin du nouveau fioul) et des besoins d’investissements des raffineries pour se conformer aux nouvelles exigences de l’OMI, la pression sur le gasoil sera telle que les prix iront indubitablement à la hausse. Pas sûr que nos opérateurs puissent suivre avec leur gestion de l’approvisionnement à flux tendu. Et si les prix à la pompe vous semblent aujourd’hui abusés, attendez de voir ceux qui y seront bientôt affichés.

D’un autre côté, le parti pris de l’Union européenne pour baisser les émissions des gaz à effet de serre chamboule les cartes des constructeurs automobiles, y compris ceux qui viennent de s’installer au Maroc. Pris entre le marteau d’un marché mondial qui s’essouffle et l’enclume des nouveaux géants de la Silicon Valley qui ont pris de l’avance sur la conduite autonome, les fabricants se retrouvent obligés d’augmenter leurs investissements à l’heure où leurs recettes fondent comme neige au soleil. Ce qui les fait entrer de plain-pied dans une crise qui semble bien partie pour durer. C’est d’ailleurs le son de cloche émis par le cabinet AlixPartners qui évoque même des fermetures d’usines. Une mauvaise nouvelle pour l’industrie marocaine qui risque de se réveiller avec la gueule de bois après une euphorie qui n’aura finalement pas duré.