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Un appel de cœur pour la PME

Entreprises juillet 2019

Un appel de cœur pour la PME

Victime de sa taille et de ses contributions fiscales modestes, la petite et moyenne entreprise est souvent reléguée au second plan par les pouvoirs publics. Malgré les annonces et discours, rien ne pourra se substituer à un véritable projet de restructuration basé sur l’écoute afin d’insuffler une nouvelle vie à ces structures

Il ne se passe pas un événement officiel sur la question de la relance économique marocaine sans que l’on évoque la PME et la TPE. Socle principal du tissu entrepreneurial, quantitativement en tout cas, les moyennes, petites et très petites entreprises font l’objet d’une attention toute particulière afin d’améliorer et redynamiser leur environnement des affaires. Pourtant, au-delà des discours bienveillants, ces structures restent délaissées sur le terrain au point de pousser à se poser la question sur l’importance réelle que leur accorde l’État. Pour y répondre, Economie Entreprises en partenariat avec Inforisk a réuni plus de 150 dirigeants d’entreprises, financiers et acteurs de l’administration publique le temps d’une conférence-débat en marge de la publication de l’édition 2019 du classement annuel Inforiskessor1000.

«Quand on traite la PME au niveau macroéconomique on a l’impression qu’on réalise beaucoup de choses, mais quand on descend sur le terrain, on ne les voit plus. Les gens continuent de nous interpeller et il va donc falloir qu’on les écoute réellement», lance d’emblée Zakaria Fahim, président de la Commission TPE-PME à la CGEM. Car il faut dire les choses telles qu’elles sont, un fossé sépare encore la sphère des décideurs du quotidien que vivent les patrons de ces petites structures. Cette dissonance se cristallise dans des problématiques très concrètes à l’instar de la difficulté d’accès au financement et l’épineuse question des délais de paiement.


La malédiction de la taille

Dans les faits, la PME et la TPE marocaines se financent à 99% sur le marché bancaire en l’absence de la possibilité de lever des fonds sur celui des capitaux. Une situation qui implique le besoin d’un partenariat fort entre les banques et ces entreprises. Pourtant, de l’avis de plusieurs observateurs et acteurs, on est encore loin d’avoir atteint cette maturité dans la relation. Premièrement, les PME supportent des frais bancaires plus chers que les grands groupes. Une situation normale à en croire Soumia Alama Ouali, DGA de la banque de la PME au Groupe Banque Populaire. «Aujourd’hui, la réglementation fait que la banque est tenue de pratiquer une tarification en rapport avec le niveau de risques que présente une entreprise. Ce risque, et donc le coût, peut être élevé que ce soit pour une grande entreprise ou pour une TPE», tient à préciser la directrice. Il n’empêche que suite au faible niveau de volumes engagés et de par le risque élevé qu’elles présentent, ce sont surtout les petites structures qui trinquent.

Mais ce n’est pas uniquement dans la tarification que les PME-TPE sont désavantagées par leur taille, «même les ressources humaines mises à notre disposition ne sont pas à la hauteur puisque la plupart des profils qui s’occupent de nous sont des débutants qui veulent acquérir de l’expérience avant de passer aux grands comptes, plus juteux», se plaint un patron de TPE. Une doléance confirmée par la CGEM. «Je dis toujours qu’une PME ce n’est pas une grande entreprise en miniature, elle a sa propre spécificité et je pense que là il va falloir trouver avec nos amis banquiers des solutions et monter des programmes pour leurs collaborateurs», indique Zakaria Fahim.

Le privé ne s’autorégule pas

Quant à la question des délais de paiement, c’est au sein même du secteur privé qu’il faut trouver des solutions, surtout après les dernières promesses de Benchaâboun de faire preuve d’exemplarité publique en la matière. Comment alors pousser les entreprises à s’acquitter de leur dû? «C’est un sujet qui est compliqué car il dépend d’une relation commerciale. Je pense qu’il est illusoire de croire que le privé s’autorégule naturellement, il faut des actions ou des sanctions qui pousseront les gens à régler plus rapidement», analyse Khalid Ayouch, PDG d’Inforisk Dun & Bradstreet et président de la Commission de l’intelligence économique au sein de la CGEM. Plusieurs pistes ont ainsi été proposées en ce sens, notamment celle de réintégrer fiscalement par l’entreprise des factures non honorées par ses clients afin qu’elles ne soient plus considérées comme des charges ou encore de remonter les informations afin d’identifier les mauvais payeurs (Name and shame). Il n’empêche que le problème doit être résolu en urgence puisque la PME est amenée dans un avenir très proche à accéder aux marchés publics et qu’elle devra être rassurée sur sa capacité à être payée en temps et en heure.

Ce chantier de la commande publique a d’ailleurs été pensé par l’État comme un coup de pouce pour les PME. Selon les chiffres présentés par Inforisk, on parle d’un investissement annuel public de l’ordre de 195 milliards de dirhams rien que pour 2019 avec un taux d’exécution de l’ordre de 80%. Une belle part de gâteau offerte dans le cadre du «small business act» en faveur de ces entreprises si ce n’est les conditions d’accès. En effet, le ministère de l’Intérieur a imposé une réglementation stricte dans le cadre de la classification qui restreint drastiquement le nombre d’entreprises éligibles à la commande publique. «Dans le secteur du BTP par exemple, une entreprise doit réaliser un chiffre d’affaires minimum et disposer d’une masse salariale qui représente 15% de son chiffre d’affaires pour pouvoir concourir à un appel d’offres», indique Amine Diouri, directeur des études à Inforisk. On finit par se retrouver dans ce cas précis avec à peine 36% des TPE éligibles. Un accompagnement plus personnalisé et des règles plus souples sont demandés à l’État.

Ce dernier devra d’ailleurs se montrer plus proche des demandes des PME qui «attendent autre chose que des discours». La piste de la création d’un ministère dédié n’est d’ailleurs pas exclue. «Comme nous avons un secrétaire d’État chargé de la Coopération africaine parce que l’on considère que c’est stratégique, la PME-TPE devra également avoir son département car c’est tout aussi stratégique», insiste Zakaria Fahim. Une telle option permettra d’avoir un politique à la tête du chantier, avec ce que cela suppose de responsabilité, nécessaire à l’exécution des projets. C’est cette dernière qui manque aujourd’hui.