Les PME, ces orphelines du nouveau Maroc

Point de vue juillet 2019

Les PME, ces orphelines du nouveau Maroc

Notre économie s’est trop longtemps focalisée sur la grande entreprise, les grands opérateurs économiques, les grands patrons, les grands projets… je suis tenté de dire que nos dirigeants politiques ont la folie des grandeurs.
Et pourtant la très petite, la petite et la moyenne entreprise sont le coeur battant de notre tissu économique. Chiffres à l’appui, les PME, c’est 95% du tissu économique, plus de 40% de la valeur ajoutée produite et 50% des investissements. C’est indéniablement un réacteur de l’économie, et ce qui fait sa particularité c’est bien sa souplesse et sa capacité à s’adapter aux aléas conjoncturels.
Dans le rude champ des marchés, la PME est un véritable soldat de premier rang qui a beaucoup de mérite. C’est une entreprise confrontée aux lois du marché, proche du terrain et du citoyen. Elle est aussi très sensible aux particularités de son environnement et donc au climat des affaires, ce qui dans le contexte actuel fait sa fragilité.
Le seul gouvernement qui avait pris conscience de l’importance des TPME est celui du socialiste Abderrahman Youssoufi (1998-2002). Son bras droit de l’époque, Ahmed Lahlimi, avait mis en place toute une stratégie économique autour des petites et moyennes entreprises, dont une charte de la PME, la création de l’ANPME, qui a été suivie d’une vision de mise à niveau, tout cela dans le sillage des accords de libre-échange avec l’Union Européenne.
Mais cet élan était bref, et très rapidement l’intérêt des gouvernements suivants se focalisera exclusivement sur la grande entreprise, et c’était le début de la vision des champions nationaux. Le reste de l’histoire on le connaît, et il est inutile de revenir dessus car aujourd’hui il fait grincer des dents (…)
Le Maroc du XXIème siècle est certes un Maroc des grands projets, ce qui a permis de moderniser notre pays, mais, il faut le reconnaître, il a par la même marginalisé les PME, jugées trop petites pour contribuer à ce nouveau Maroc. Conséquence de cette vision, pas un ministre n’a fait de la PME son cheval de bataille. Même au sein du très médiatisé ministère du Commerce et de l’Industrie, censé chapeauter la PME, celle-ci ne figure sur la carte de visite d’aucun haut fonctionnaire. Le ministre et son armée de cadres sont obnubilés par les gros investissements, à qui ils offrent des avantages et des subventions considérables (…)
Imaginez une seconde qu’une orientation royale devait être donnée à Moulay Hafid El Alamy pour placer la PME au cœur de la vision nationale d’investissement, connaissant sa niaque, je suis sûr que celui-ci réaliserait des miracles. Entre-temps, ce qui retient son attention, ce sont les projets bling bling qui feront la Une des quotidiens et l’ouverture des journaux télévisés !
Et pourtant les TPME sont le nerf de la guerre de notre économie. Avec plus de 200.000 structures, imaginez que celles-ci soient encadrées, encouragées par une véritable préférence nationale, financées, justement imposées, elles pourraient à elles seules résorber les problèmes de chômage, d’employabilité et d’investissement. Nous pourrions ainsi naviguer dans une économie qui ne dépendrait pas d’une poignée de grandes entreprises.
Alors que notre pays est en train de plancher sur un nouveau modèle de développement, il est important de rappeler une réalité: notre pays n’est pas une nation de grandes entreprises, mais bel et bien de TPME. Ne nous mentons pas, c’est là que ça se passe, et si l’on continue de voir ailleurs nous risquons de passer à côté d’une réelle opportunité de mettre en œuvre un modèle de développement qui colle aux réalités de notre pays. Le traitement accordé par l’Etat aux TPME est à l’image de l’intérêt qu’il accorde aux petites gens, qui pourtant sont largement majoritaires. Il est temps d’inverser la pyramide de notre modèle afin d’assoir notre pays et son économie sur une base solide et durable.