Fraternité

Édito juillet 2019

Fraternité

La leçon du jour nous vient des fonds des gradins égyptiens. Scandée en rythme, l’hymne soulève, fait vibrer et appelle les tréfonds de soi. «Khawa Khawa». Le verbe est simple, l’émotion efficace. C’est à se demander pourquoi on ne l’a pas ressentie avant. On savait tous que le football (le sport) avait ce pouvoir d’unisson, mais ce qui se passe entre les supporter marocains et algériens durant cette CAN 2019 l’atteste encore plus. Les deux se déplacent ensemble pour aller soutenir leur équipe, tous ensemble, quel que soit le match.

Ceci démontre, s’il faut encore le démontrer, que les ruptures des canaux sont à plusieurs niveaux au-dessus de ces supporters. Que si cela ne tenait qu’à lui, le peuple aurait ouvert les frontières depuis bien longtemps, profitant de la manne des multiples opportunités. Et en termes d’opportunités, de très intéressantes ont été gâchées. Un marché maghrébin de plus de 80 millions de consommateurs a tout bonnement été zappé sans parler des différentes possibilités d’investissements. Le tout ponctué par une sanction de 2,5 points de PIB selon les données de la Banque mondiale, qui ne permet ni au Maroc ni à l’Algérie de gagner le club des pays émergents. Sans parler des proportions très modestes du commerce intermaghrébin avec un total exportations intra-Afrique du Nord qui ne représente que 40% de la moyenne du continent.

Qu’est-ce qui bloque ? Pas une question d’infrastructure en tout cas. Les rails sont bien présents et relient déjà la Tunisie au Maroc en passant par Alger. Il faudra peut-être les renforcer pour qu’un projet comme celui qui a été relancé en février dernier par le secrétariat général de l’UMA puisse voir le jour. Même chose pour le réseau routier. L’autoroute lézarde d’est en ouest l’Algérie pour se connecter au Maroc (si ce n’est une quinzaine de kilomètres de part et d’autre de la frontière) à la voie reliant le triangle Oujda-Tanger-Agadir.

Reste alors les rigidités politiques sclérosées qui ressassent à la lie le même discours dépassé. Beaucoup ont d’ailleurs appris à l’ignorer. De bonnes intentions de part et d’autre ont été à la base de coopération réussie notamment dans le domaine de l’énergie que ça soit à travers l’interconnexion électrique entre les deux pays ou le gaz acheté au voisin de l’Est. Ces intentions louables ont même émané des plus hautes autorités marocaines dans une main tendue au voisin frère.

Des lueurs d’une normalisation entre les deux pays se sont toujours manifestées sous l’effet conjugué de dynamiques de rapprochement sectoriel mais il s’avère au final que seule la dynamique humaine est à même de faire bouger les choses.

«Les gouvernements s’entendent lorsque les peuples les obligent à s’entendre.»

La maxime est sans doute plus vraie lorsqu’il s’agit de frères.

zlahrach@sp.ma