Une baisse en cache une autre

Economie juin 2019

Une baisse en cache une autre

La baisse du déficit commercial du premier trimestre 2019 peut-elle être considérée comme un signe de bonne santé économique ? A priori oui, mais quand on regarde de plus près, cette affirmation tombe rapidement à l’eau.

En ce début d’année 2019, les statistiques de l’Office des changes montrent une petite amélioration du déficit de la balance commerciale contrairement à la tendance de l’année dernière. En effet, en 2018 le déficit de la balance commerciale a affiché un net regain à hauteur de 8%, soit une hausse de 15,2 milliards de dirhams culminant à 204,4 milliards. Cette hausse est due à une augmentation des importations plus soutenue que celle des exportations bien que ces dernières se sont très bien tenues avec une hausse de 5,6%. Cette embellie était due à l’augmentation des ventes de phosphates et dérivés de 7,5 milliards de dirhams, d’automobile de 6,3 milliards et des produits de l’agriculture et agroalimentaire de 3,7 milliards. Cette tendance s’est poursuivie au premier trimestre 2019. Les exportations ont maintenu leur augmentation avec une performance de 4,1%. Ainsi les phosphates et dérivés ont cru de 20% en glissement annuel, l’agro à progressé de 3% et l’automobile de seulement 1%. C’est donc du côté de la baisse des importations qu’il faudra aller chercher l’amélioration du taux de couverture. Celui-ci s’est établi à 59,7% contre 61,3% pour la même période en 2018. 

Conjoncturelle

Ainsi, on peut remarquer que la facture énergétique atteint 18,22 milliards de dirhams contre 18,40 milliards un an plus tôt. En baisse de 1%. Sa part dans le total des importations se situe à 15% (dont 7,6% des achats de gas-oils et fuel-oils) contre 15,4% un an auparavant. Toujours selon les statistiques de l’Office des changes, cette évolution est due à la baisse à la fois des quantités de 5,9% et des prix de 2,43% par rapport à la même période de l’année dernière. Bien que la stabilité des prix du pétrole ait été bénéfique, la baisse de la consommation d’énergie est en général une mauvaise nouvelle pour une économie.

L’autre mauvaise nouvelle est la stagnation des importations des biens d’équipement, c’est-à-dire les biens d’investissement (+0,1%). La tendance à la stagnation se retrouve aussi au niveau des crédits bancaires. Selon les chiffres de la banque centrale, les crédits à l’équipement ont cru de 3% à fin mars soit à peine un seuil de renouvellement de lignes de crédit comme nous l’explique un banquier de la place. Le taux de l’inflation pour le premier trimestre s’est lui établit à -0,1% pour le mois de mars en amélioration par rapport au mois de janvier (-0,5%). C’est-à-dire que techniquement, le Maroc est bien entré en déflation ce qui n’est pas franchement pas de bon augure.

Gare au change

Par ailleurs, lorsque nous analysons de plus près le chiffre des exportations, la croissance modérée de l’industrie automobile résulte de l’atteinte de vitesse de croisières des capacités installées. L’annonce de Renault de l’augmentation des capacités de la Somaca à Casablanca va dans ce sens. Il va falloir donc attendre l’entrée en production de l’usine de Peugeot Kenitra en juillet prochain pour assister à une reprise des exportations de voitures marocaines, mais aussi de l’importation des biens intermédiaires. Pareil pour l’agriculture, l’année agricole très moyenne que connait le Maroc restreint ses capacités exportatrices tout en poussant vers une reprise importante des produits alimentaires notamment les céréales.

In fine, si l’amélioration du solde de la balance commercial est une bonne chose, force est de reconnaitre que la situation est conjoncturelle et non pas structurelle. De même, la stagnation voire la baisse des IDE (-47,2% au premier trimestre 2019), cumulés à la stagnation des recettes touristiques (-3,5%) suite à l’augmentation des sorties de devises (+12,2%) observée après l’augmentation des dotations touristiques tout comme les tensions sur les transferts des MRE (-5,7%) font craindre un resserrement des réserves de change (-1.2%) suite à une détérioration de la balance des paiements.