Richbond joue la carte de la diversification

Entreprises juin 2019

Richbond joue la carte de la diversification

A la recherche de nouveaux relais de croissance, le groupe Tazi fait le pari de la diversification tous azimuts. Après son expansion en Afrique, le leader du matelas se lance, cette fois-ci, loin du secteur industriel, en mettant un pied dans les services financiers. 

Le leader marocain de la literie ajoute de nouvelles cordes à son arc. Tout en poursuivant son expansion africaine, l’industriel se lance dans une nouvelle aventure en se diversifiant dans les services financiers avec l’acquisition de 40% de la société Cash Plus. Même si l’on reste, de part et d’autre, discret sur le montant de la transaction.Etablissement de paiement agréé par Bank Al-Maghrib, le spécialiste du transfert d’argent offre, depuis plus de 12 ans, à ses clients une panoplie de services financiers et para-financiers. Mais, qu’est-ce qui justifie une telle diversification métier pour le groupe Tazi, un des plus anciens groupes industriels marocains, connu par la marque phare de son pôle industriel Richbond ? «Nous sommes parmi les rares industries traditionnelles, qui malgré toutes les contraintes, ont continué à investir», indique Karim Tazi dont le groupe réalise 1,5 milliard de dirhams de chiffre d’affaires annuel. Mais, poursuit-il, «nous ne pouvions plus nous cantonner à l’industrie. Les choses ont changé. Il y a plus de 50 ans, le marché était plus favorable et la croissance était au rendez-vous. Ce n’est plus le cas aujourd’hui avec la prolifération de l’informel et les importations en contrebande», déplore Karim Tazi, administrateur du groupe en charge du développement international de Richbond. D’autant que «l’industrie traditionnelle, contrairement à des activités comme l’automobile et l’aéronautique, n’a pas bénéficié d’une grande attention de la part des pouvoirs publics», déplore Tazi. Il fallait donc chercher de nouveaux relais de croissance. Parallèlement donc à l’expansion géographique en Afrique de ses activités historiques, avec notamment le lancement d’unités industrielles en Côte d’Ivoire et au Kenya, entamée depuis quelques années, le groupe Richbond mise aujourd’hui sur la diversification dans de nouvelles activités. C’est, en tout cas, la recette du groupe pour faire face à la perturbation du marché local secoué depuis quelque temps par la déferlante des importations chinoises et turques en contrebande ainsi que la concurrence locale de l’informel. En se lançant dans le transfert d’argent, l’industriel sort de sa zone de confort et se lance dans de nouveaux challenges. Mais, il faut dire qu’en jetant son dévolu sur le numéro deux du métier du transfert d’argent au Maroc, qui réalise près de 204 millions de dirhams de chiffre d’affaires, l’industriel met toutes les chances de son côté. Cash Plus représente, en effet, un actif financier attrayant avec sa large palette de services et ses partenariats avec des acteurs de premier rang du transfert international dont Western Union et MoneyGram. Sans oublier son vaste réseau de points de vente comptant plus de 1.300 distributeurs. Ce qui ouvre grande la porte à des synergies avec le réseau du groupe Tazi qui gère, pour sa part, un réseau de distribution atteignant près de 2.000 points de vente.

Des synergies pour augmenter la force de frappe

Ainsi, pour commencer, le groupe entend augmenter sa force de frappe puisque, d’une part, les revendeurs de Richbond deviendront également des franchises Cash Plus. Et d’autre part, bénéficier du réseau Richbond pour l’extension du réseau de Cash Plus et son expansion hors du Maroc en bénéficiant de la présence de Richbond en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire. Pour rappel, le 30 mai 2014, le groupe avait finalisé le rachat de 67% du capital du fabricant de matelas Silent Night Kenya, qui possède une usine de 80 employés à Nairobi. Le groupe Tazi déboursera 110 millions de dirhams pour sa prise de participation et la mise à niveau de l’entreprise. En Côte d’Ivoire, le groupe a misé 120 millions de DH pour la construction d’une usine de matelas dans la zone industrielle Youpougon. Opérationnelle depuis mai 2018, l’usine, étalée sur 18.000 m² dont 15.000 couverts, a démarré avec une capacité de production journalière de 2.500 matelas. L’usine de Côte d’Ivoire servira, selon le groupe, de plateforme de négoce pour ses produits en plastique. Le groupe Richbond, fondé en 1965, est, en effet, aussi présent dans le plastique. Son unité, SIMEC, la plus ancienne société du groupe, constitue avec l’activité textile et l’agroalimentaire le pôle industriel orienté vers les biens de consommation des ménages au Maroc et en Afrique. Le Groupe Richbond dispose, à côté, d’un pôle immobilier comprenant des activités de promotion immobilière, d’agencement hôtelier, de logistique, et plus récemment d’hôtellerie. En 2013, Richbond a commencé à investir dans l’immobilier. Sa filiale Edifoncia commercialise aujourd’hui son premier projet immobilier, sis à proximité du port de Casablanca. Dans l’hôtellerie, Edifoncia vient de signer un accord avec la chaîne Adagio, filiale commune des groupes Accor et Pierre et Vacances, pour développer au Maroc une chaîne d’appart hôtels de luxe pour la clientèle d’affaires.

Dans le secteur agroalimentaire, avec sa filiale Baltimar, leader dans les produits oléagineux de spécialité orientés vers la clientèle B to B, le groupe avait lancé une pâte à tartiner et s’apprête à décliner toute une gamme de produits destinés aux enfants. Avec autant de cordes à son arc, le groupe, qui emploie plus de 3.000 personnes et opère sur 12 sites industriels, entend ainsi mieux résister aux aléas économiques.