Une vitrine fêlée

Édito juin 2019

Une vitrine fêlée

Améliorer l’image d’un pays n’est pas une mince affaire. Cela se construit laborieusement, réalisation après l’autre, avec le risque, pourtant très présent, de perdre rapidement le terrain conquis. Au Maroc, et pour être tout à fait objectif, des avancées intéressantes ont été réalisées ces dernières années en termes d’attractivité. Elles risquent cependant d’être occultées par le départ de Bombardier. Car il faut bien dire les choses : sous ses airs d’externalisation, il s’agit bien d’un départ. Alors certes, le repreneur hérite d’une fabrique clé en main pour usiner les pièces et composants de l’avionneur canadien, mais rien ne l’empêche de restructurer, réduire ou carrément redéployer ses activités selon la stratégie qui lui paraitra la plus rentable.
Les plus alarmistes devront toutefois tempérer leurs ardeurs. Le cas de Bombardier ne remet pas en question l’attractivité de «l’offre Maroc». Ce n’est en effet pas la première fois que le constructeur réduit sa voilure. Déjà en décembre 2013, le fabricant aéronautique avait supprimé 1.700 postes, puis 1.800 autres à l’été 2014. Une année plus tard, il se séparera de 1.750 de ses employés avant de couper dans le vif en novembre 2018 en annonçant le licenciement de 5.000 personnes. Le groupe avait même failli disparaitre en 2015 sans l’aide du gouvernement québécois ! Tout ceci dans un contexte de flop monumental de son avion C-Series, qu’il a été obligé de revendre à Airbus afin de se concentrer sur ses autres gammes.
Ce genre de revers, fréquents dans les grandes industries, éclaire ici sur une vérité souvent négligée: il ne suffit pas d’être attractif pour attirer les investisseurs. Pire, quand on n’a que des arguments de fiscalité adaptée et de main-d’œuvre bon marché (compétentes peut-être, mais bon marché quand même) à mettre en avant, on reste cantonné au rôle d’éternel sous-traitant. Une position dangereuse quand on connaît la vitesse à laquelle évolue l’industrie mondiale. Sans compter que l’argument fiscal est désormais voué à disparaitre comme l’a laissé entendre le gouvernement lors des dernières Assises afin d’éviter de figurer sur la liste noire européenne des paradis fiscaux. Le moindre rhume «bombardien», le moindre éternuement «ghosnien» se feront alors sentir comme de véritables bourrasques menaçant de tout emporter sur leur passage. Comment se fait-il sinon que le Maroc ait perdu plus de 47% de ses flux IDE en une année, lui qui aux vues de la taille de son économie, pourrait aspirer à beaucoup plus ?
La course aux grands noms à laquelle se livrent les pouvoirs publics pour se démarquer des concurrents essouffle déjà le Maroc. Cet «effet vitrine» si cher à nos dirigeants, doit en plus être lustré en permanence à coup d’optimisme à outrance afin de ne montrer aucune fêlure -sinistrose- qui risquerait de faire fuir les investisseurs potentiels. Le salut est à chercher du côté de la diversification. Le HCP avait évoqué en ce sens une piste intéressante pour réhausser notre offre grâce au développement des «capabilités». Il s’agit en somme de produire, à côté de ce que nous savons faire, ce que nous pouvons faire afin que la demande intérieure puisse prendre le relai comme locomotive de la croissance. Sans cela, on aura beau dérouler le tapis rouge devant les stars de l’industrie, on restera toujours tributaire d’une décision stratégique prises dans un bureau capitonné à plusieurs milliers de kilomètres.