Mohamed Karim Mounir

Interview juin 2019

Mohamed Karim Mounir

Nommé le 1er novembre 2018 à la tête du Groupe Banque Populaire, Mohamed Karim Mounir s’est fait discret dans les médias. Et pour cause, le banquier-ingénieur préfère parler de résultats plutôt que de projections. Pour sa première grande sortie, Karim Mounir a accepté de rencontrer Economie Entreprises pour un long entretien à bâtons rompus.

Cela va bientôt faire 7 mois que vous avez été nommé à la tête de la Banque Populaire. Pourquoi avoir attendu tout ce temps avant votre première sortie médiatique ?

C’est vrai qu’il y a eu plusieurs sollicitations mais je ne voulais pas faire de sortie juste pour le faire, ce n’était pas le moment adéquat. Je considère qu’il faut surtout parler de réalisations plutôt que de projections.

Aussi inattendue que celle de votre prédécesseur à la tête du ministère des Finances, votre nomination a pris de court l’ensemble des observateurs. Avec du recul, qu’est-ce qui a, selon vous, contribué au choix de Mohamed Karim Mounir ?

La BCP fait partie des entreprises stratégiques dont le processus de nomination relève de la plus haute autorité du pays. Le fait qu’un haut cadre de la Banque soit retenu pour en occuper la présidence est en soi un message extrêmement positif à l’adresse de l’ensemble du personnel de l’institution et une reconnaissance quant à la capacité de cette dernière à générer en son sein des compétences qui peuvent assumer ce niveau de responsabilité.

Ce mois-ci, tous les regards étaient braqués sur Skhirat et les Assises de la fiscalité. Quelles sont vos impressions suite à ces deux jours de débats aux premières loges ?

C’était un moment de partage et de vérité : les échanges sur les différents sujets étaient pertinents, sans langue de bois et avec des propositions concrètes émanant de tous les participants. L’autre particularité – à saluer – de ce rendez-vous est que l’ensemble des recommandations ont été retenues, que ce soit celles issues des différents ateliers et comités techniques qui ont travaillé sur la préparation, ou celles émises par les différents acteurs économiques à la veille de ces Assises. Il reste maintenant à voir comment tout cela va être mis en pratique… Certes le processus de la loi-cadre qui va reprendre les principes généraux et qui va programmer globalement la mise en œuvre de ces recommandations, mais il faudra également prendre en considération les autres contraintes de l’État et les ajustements à opérer éventuellement sur le Code Général des Impôts.

Si vous ne deviez retenir qu’une mesure phare de ces Assises, laquelle serait-elle ?

J’en retiendrais plutôt plusieurs. L’équité fiscale, par exemple, est un principe qu’il faudra absolument appliquer, notamment à travers l’élargissement de l’assiette fiscale. Je pense personnellement qu’il faut réajuster les impôts locaux. D’aucuns pourraient ne pas être d’accord, mais ce réajustement me paraît prioritaire dans la mesure où ces impôts participent et conditionnent fortement l’acte d’investissement. Il faut les simplifier et ajuster la base sur laquelle ils sont calculés.

L’élargissement de l’assiette fiscale ne serait pas plutôt une décision d’un État en manque de ressources afin de récolter plus d’argent ?

Ayant été aux côtés des différents acteurs, que ce soit les membres du Comité scientifique ou ceux des différentes commissions, je peux vous assurer que non, ce n’était absolument pas l’état d’esprit. Au contraire, le principe d’équité était un réel leitmotiv à travers la simplification et la vulgarisation afin d’éveiller la citoyenneté fiscale. Le but étant que chaque contribuable soit conscient de ses devoirs, de ses obligations et s’acquitte des impôts auxquels il est assujetti de manière claire et transparente. D’ailleurs, cet état d’esprit a été entériné par un engagement fort du Ministre des Finances qui a promis que tout dirham provenant de l’élargissement de l’assiette fiscale ira soit aux dépenses sociales, soit contribuera à la baisse de la pression fiscale.

Mais est-ce qu’on peut faire l’économie de cette manne financière quand on voit les besoins en investissement et les chantiers qui attendent le pays ?

Effectivement, à plus long terme, on ne peut pas faire l’économie de cette ressource. Certainement, comme dans tous les pays développés, l’impôt doit participer pleinement à l’effort d’investissement. Actuellement, la volonté de l’État n’est absolument pas d’ordre budgétaire. La priorité est plutôt que le citoyen évolue dans un système d’équité globale, et que l’État puisse disposer de davantage de marge de manœuvre pour financer la demande sociale, qui est légitimement importante. A terme, cet élargissement de l’assiette devra même permettre de baisser la pression fiscale et d’améliorer la compétitivité de nos entreprises.

Le secteur bancaire est décrit comme étant responsable de l’atonie que connaît l’économie marocaine, ou en tout cas n’aide pas à en sortir. Qu’avez-vous à dire pour sa défense ?

Il n’y a pas à défendre le système bancaire. Cette accusation, car vous parlez de défense, n’a pas de fondements. Bien au contraire, les banques accompagnent pleinement l’effort d’investissement même si je concède que face à la montée des risques, le système bancaire, avec plus de 65 milliards de dirhams de créances en souffrance, est devenu plus regardant sur l’octroi des crédits ; et cela me semble tout à fait normal… En outre, en analysant les différents éléments dont nous disposons, on se rend compte que la décélération constatée sur les crédits n’est pas nécessairement liée au rejet de certains dossiers. A mon sens, elle est plutôt due à la diminution des projets d’investissements qui sont notamment portés par la PME.

Ne pensez-vous pas justement que la baisse des dossiers soit une conséquence de l’effet pervers du durcissement des conditions d’octroi de crédits dont vous parlez ?

Je ne crois pas. Une bonne gouvernance du développement économique d’un pays ou du développement d’une entreprise suppose quand même une bonne appréciation des risques, qui va de pair avec un ensemble de facilités qui peuvent être accordées à la PME ou à la TPE pour relancer l’investissement. C’est un vaste chantier qui n’est pas uniquement l’affaire du banquier mais de tout l’écosystème, y compris l’environnement des affaires, le contexte international, la confiance qui doit prévaloir entre les différents acteurs… Il y a plusieurs initiatives d’ailleurs qui ont été à juste titre prises par le gouvernement, Bank Al-Maghrib, la CGEM… pour mettre en place l’ensemble des ingrédients à même de donner un coup de pouce à l’investissement. J’espère que la conjugaison de ces mesures va produire les résultats escomptés à court terme.

Comment appréciez-vous la situation économique marocaine ?

Le constat est là : il y a un ralentissement de la croissance économique. Cela a un lien de cause à effet avec l’attentisme d’un certain nombre d’acteurs économiques par rapport à des projections qui ne se sont pas réalisées ainsi qu’avec la conjoncture internationale. La situation est très complexe et plusieurs éléments s’imbriquent, conduisant à l’essoufflement du modèle actuel de développement économique. Pour revoir ce modèle, plusieurs actions sont à entreprendre, dont certaines dans l’immédiat. La problématique des délais de paiement, par exemple, doit être résolue en toute hâte. Je souligne à ce propos que les retards concernant ces délais ne sont pas imputables uniquement à l’État ou à ses organismes, mais relèvent aussi, et en grande partie, de la responsabilité des acteurs du secteur privé eux-mêmes. Payer le plus tard possible est en effet devenu un élément culturel qui n’a donc, dans la plupart des cas, rien à voir avec la situation de trésorerie de certaines entreprises.

Il faut également relancer les grands projets d’investissement et les grands chantiers d’infrastructures, en particulier à travers les partenariats public-privé. Cette relance doit être accompagnée par la dynamisation de l’entrepreneuriat, à travers notamment le futur Small Business Act annoncé, et l’investissement dans le capital immatériel. C’est un effort à consentir par l’État, et les grandes entreprises publiques et privées sont appelées à devenir des locomotives pour créer leurs propres écosystèmes. C’est l’un des modèles pouvant être adopté au Maroc pour permettre une relance de la croissance en général, un peu à l’image de ce qui se fait en Allemagne ou en Corée du Sud.

Vous avez récemment présenté vos résultats pour 2018, en êtes-vous satisfaits ?

Nous avons atteint nos objectifs, et je peux dire même que nous les avons dépassés à bien des égards, grâce notamment à la dynamique insufflée par la stratégie de développement définie et voulue par notre groupe bancaire à travers le plan «Élan 2020» mis en place fin 2015 et auquel nous sommes restés fidèles.

Nous avons remarqué par contre dans votre communication que vous n’étiez pas très exhaustif par rapport à votre rentabilité économique…

Nous communiquons sur les mêmes indicateurs de rentabilité économique que nos confrères. Nous avons la particularité d’avoir une structure capitalistique unique au Maroc, qui nécessite de bien comprendre notre modèle afin d’apprécier sa performance et sa résilience. Cette particularité est dictée par la nature même du système mutualiste qui nous permet des fonds propres assez confortables. C’est ce qui explique que nous avons un seuil de rendement facialement un peu en deçà de ce qu’on peut trouver chez d’autres banques. Par contre, il est important de noter que cela n’impacte en rien la rémunération de l’actionnaire ou du sociétaire. Nous rémunérons aujourd’hui notre action à 7,5 dirhams et notre part sociale à 5,5 dirhams, ce qui représente des niveaux fort appréciables de rendement.

Au niveau des performances commerciales, la Banque Populaire affiche une croissance de près de 7,4% de sa marge sur commissions au Maroc. Certains voient d’un mauvais œil ce glissement des sources de revenus. La banque n’est-elle pas censée se rémunérer sur les crédits ?

Je voudrais d’abord élucider un point avant de répondre à votre question. L’évolution de cette marge de commission n’est pas liée à une hausse de nos tarifs, mais est plutôt imputable au lancement d’un certain nombre de nouveaux produits à forte valeur ajoutée qui s’adressent notamment à l’entreprise ainsi qu’aux opérations de commerce à l’international. Une bonne partie de ces commissions provient d’ailleurs de l’Afrique subsaharienne où notre groupe intervient beaucoup dans les opérations de structuration. L’évolution que vous avez constatée, qui est tout à fait normale et qui doit même s’accélérer à l’avenir à l’instar des tendances observées au niveau international, ne vient donc pas par le truchement des commissions qui s’adressent au client particulier et professionnel.

Des banques de la place sont également de la partie et ont communiqué sur leurs objectifs en termes d’octroi de crédits (27 milliards de dirhams rien qu’en 2019 pour une seule). Quels sont les vôtres ?

Nous n’avons pas de contraintes sur un plan financier global, mais je tiens à préciser que nous avons signé récemment deux importantes conventions avec des partenaires de premier plan, CDG et Cosumar en l’occurrence. La première nous permet à travers une ligne de crédit de plus d’un milliard de dirhams, octroyée par CDG via sa filiale Finea, de financer les projets d’investissement des PME marocaines avec des conditions avantageuses. Tandis que la seconde convention vise à soutenir la dynamique de croissance des opérateurs de l’écosystème Cosumar à travers un dispositif de financement et de prise en charge dédié.

La Banque Populaire est la première banque en termes de dépôts et la deuxième en termes de crédits. Quel est votre niveau d’exposition, notamment sur les dations en paiements et les ventes à réméré ?

Nous avons fait ce qu’il fallait faire pour soutenir un secteur qui était dans une mauvaise passe et nous l’assumons entièrement. Mais je peux vous assurer que l’exposition n’est pas significative par rapport à notre bilan. D’ailleurs, nous sommes en train de la gérer dans le cadre d’un programme structuré qui vise la cession de ces actifs dans les meilleures conditions.

A travers une structure de défaisance?

Nous ne parlons pas encore de défaisance. Une telle structure suppose que ces actifs-là soient très toxiques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En revanche, nous avons créé une structure dédiée appelée «Pôle valorisation des actifs» au sein de la banque pour leur gestion. Ce pôle travaille en totale synergie avec certaines filiales, dont la BP REM (Banque Populaire Real Estate Management, ndlr), notre bras armé dans les services relatifs à l’immobilier, qui travaille également avec l’appui de cabinets qui nous ont accompagnés dans la stratégie de cession ou de valorisation de ces actifs. Nous avons d’ailleurs arrêté un certain nombre d’axes et de leviers pour cette stratégie que nous sommes en train de dérouler.

Tout ça n’a pourtant pas empêché certains de tenir un discours alarmiste, notamment des agences de notation qui ont pointé du doigt la vulnérabilité au risque des banques marocaines. Est-ce que vous partagez ce constat ?

Non, je ne le partage pas et je ne suis pas le seul à ne pas partager cet avis. Nous venons en effet de recevoir deux agences de notation qui travaillent avec nous sur l’appréciation de notre activité, de nos résultats et de notre situation globale, et elles non plus ne sont pas de cet avis. Il faut que la banque communique avec transparence, mais surtout communique avec des éléments qualitatifs d’appréciation qui vont effectivement permettre à ces agences d’avoir la meilleure évaluation possible de la situation. Il me semble que cet objectif a été atteint de notre côté. On verra le résultat d’ici le mois de novembre à l’occasion du renouvellement de notre notation.

On évoque également la possibilité d’une deuxième reconsolidation du secteur bancaire avec un trio ou un quatuor d’acteurs solides à même de répondre aux défis de financement qui attendent l’économie marocaine. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Le système bancaire marocain a besoin d’être assez diversifié pour qu’il puisse être capable d’adresser l’ensemble des besoins économiques du pays, mais il a également besoin de banques solides pour faire face à ces défis que vous évoquez. Si cette reconsolidation doit contribuer à ce que le système soit encore plus résilient qu’il ne l’est déjà, alors pourquoi pas. Mais la question ne se pose pas vraiment.

Au niveau régional, les prêts sont assez limités et les décisions pour certains gros montants sont prises à Casablanca. Pourquoi ne pas renforcer l’autonomie des banques régionales ?

C’est uniquement une question d’appréciation. Nous considérons que les Banques Populaires Régionales ont aujourd’hui assez de pouvoir pour accompagner l’essentiel de la demande du tissu économique local. Vous savez, les délégations de pouvoir régionales donnent une grande marge de manœuvre et dépassent de très loin ce que peuvent offrir certaines banques confrères. Cependant, et comme c’est le cas partout dans le monde, une logique d’appréciation transversale du risque, à laquelle participent plusieurs acteurs, se met en place lorsqu’il s’agit de montants importants afin de mieux suivre nos expositions individuelles et sectorielles, tout en capitalisant sur les outils d’analyse développés par la BCP. Les sommes pour lesquelles la décision doit se prendre au niveau central varient en fonction des besoins de chaque région: dans les régions, plus de 95% des dossiers sont traités et décidés localement, sachant que même lorsque des réserves sont émises au niveau central par rapport à certains projets, les Banques Populaires Régionales peuvent revenir à la charge pour appuyer de nouveau leurs dossiers. A noter également que notre Banque privilégie le recours à la syndication des crédits importants, à l’intérieur du groupe, ou avec les banques confrères.

Le groupe Banque Populaire est très présent aux côtés des Marocains du Monde et sa croissance est historiquement liée à celle de leurs dépôts. Comment comptez-vous compenser le manque de devises qui se profile suite à la baisse attendue des transferts des MRE ?

Nous sommes en train de mener une étude afin d’analyser l’évolution de ces transferts. C’est vrai qu’il y a eu un recul l’année dernière, mais nous nous sommes rendu compte que d’autres canaux ont pris la relève. Ce qui est important de souligner en ce qui concerne ce volet, c’est que nous avons développé un véritable savoir-faire dans la gestion de la diaspora et que nous arrivons toujours à mobiliser assez de transferts, ce qui veut dire que nous sommes toujours appréciés par nos clients Marocains du Monde pour qu’ils nous confient leurs économies à gérer. Nous y réussissons assez bien d’ailleurs. J’en veux pour preuve nos parts de marché des ressources MRE qui ont atteint 52% et qui ne cessent de se renforcer. Il ne faut pas oublier par ailleurs que nous avons aujourd’hui affaire à la quatrième génération de Marocains résidant à l’étranger, qui a une autre façon de voir et faire les choses. Si par exemple les transferts alimentaient auparavant beaucoup plus l’épargne dans une logique de constitution d’un patrimoine, notamment immobilier, il est temps de développer aujourd’hui d’autres produits d’investissement spécifiques pour cette cible.

Mais pour le coup, vous entrez en concurrence directe avec les banques américaines ou européennes qui sont déjà sur place. Qu’est-ce qui pourrait pousser des jeunes de quatrième génération à vouloir investir au Maroc à travers la Banque Populaire plutôt que d’investir dans d’autres produits qui sont peut-être plus rentables ou plus proches en tout cas ?

Le Maroc est un pays en développement, ce qui suppose beaucoup d’opportunités…

Sauf si on pense au climat des affaires, avec un indice de corruption par exemple qui peut saper toute envie d’investir…

Oui, mais chaque fois qu’on donnera un petit peu plus de confiance dans ce climat, cela permettra de drainer encore plus d’investissements au Maroc. C’est d’ailleurs pour cela que je module à chaque fois mon discours pour faire comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de banquier. C’est l’affaire de l’ensemble des acteurs économiques et de la société. Il nous faut donc être plus imaginatifs dans nos approches respectives pour réussir davantage nos projets et nos ambitions.

Pour un ingénieur informatique et fondateur de l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc (AUSIM), comment évaluez-vous la situation du digital amorcé par la BCP ?

Il faut savoir que nous avons lancé une refonte totale de nos process, que ce soit à l’intérieur de la banque ou dans la relation de la banque avec le client pour que le digital prenne pleinement sa place. Nous avons également créé une entité dédiée à l’innovation, pris des participations dans des start-up et récemment lancé un «Fintech challenge». Les résultats sont d’ailleurs au rendez-vous. J’en veux pour exemple l’engouement suscité par la dématérialisation des demandes de crédit immobilier que nous avons initiée sur un périmètre restreint de 500 agences. Les derniers mois, plus de 50% des demandes de crédits de logement traitées ont transité par le canal digital.

Qu’est-ce que cela vous rapporte en termes de coûts d’exploitation ?

Pour les systèmes d’information, nous sommes dans un investissement annuel global de l’ordre de 350 millions de dirhams. C’est obligatoire si nous voulons rester tout le temps à jour. Nous nous appuyons en cela sur nos partenaires technologiques et sur nos structures internes, dont nos équipes IT et notre filiale PCA (Payment Center for Africa). Cette dernière s’est d’ailleurs fait rapidement un nom sur le marché. Elle avait pour vocation au début de consolider et de gérer notre offre monétique. Aujourd’hui, elle accompagne l’ensemble des activités du groupe y compris à l’international, et offre des services à des partenaires qui ne font pas nécessairement partie du groupe Banque Populaire grâce notamment à la création d’une « Digital factory » adossée à cette structure.

Le digital fait partie des secteurs porteurs, mais d’autres le sont moins. Je pense notamment à la banque-assurance. Est-ce que vous cherchez toujours à faire des acquisitions dans ce domaine ?

Effectivement, nous avons toujours l’ambition d’intégrer et de développer un certain nombre de services para-bancaires, dont l’assurance. Nous avons déjà concrétisé cette ambition en 2015, notamment avec la création de la mutuelle « Attamine Chaabi » qui intervient sur le segment de la «vie». Aujourd’hui nous avons pu, en l’espace de quatre ans, devenir un acteur de référence pour cette activité. Nous souhaitons maintenant nous développer à terme sur le créneau de la non-vie pour compléter notre offre.

En interne ou en externe ?

Nous agissons en fonction des opportunités qui se présentent. Nous avons des cibles en vue mais nous avons également la possibilité de créer la structure from scratch. Je précise toutefois qu’il s’agit uniquement de nos activités au Maroc. En Afrique subsaharienne, nous sommes déjà sur les deux volets vie et non vie avec Atlantic Assurances (Côte d’Ivoire et Togo). Nous sommes donc en train de voir l’ensemble des possibilités qui s’offrent à nous, que ce soit à travers des partenariats, des prises de participations ou des créations green field. Il nous semble important en effet, quel que soit le modèle choisi, que l’assurance puisse accompagner la banque, notamment sur la partie vie qui va de pair avec la couverture de l’offre d’épargne. Nous considérons que nous sommes une banque universelle et un groupe bancaire qui se doit d’apporter toutes les réponses à sa clientèle, et créer des synergies à l’intérieur de ses structures.

Vous étiez les premiers à être présents sur l’Afrique vers le début des années 1990, mais vous n’avez commencé à vous impliquer que récemment. N’êtes-vous pas arrivés en retard ?

On ne le sait pas forcément, mais la présence de notre groupe en Afrique subsaharienne date du tout début des années 90 dans le cadre d’opérations d’accompagnement de la politique économique publique, en particulier en Centrafrique et en Guinée. A cette époque, l’idée était de créer des banques avec l’aide des États concernés pour soutenir les échanges économiques avec ces pays. Je rappelle que ces Etats sont restés dans le tour de table de ces banques même si nous avons pris progressivement plus de place dans la structure capitalistique. Il a fallu attendre 2012 pour que nous élargissions significativement notre présence sur le continent. Mais le fait d’avoir pris ce temps pour développer notre maillage continental ne veut pas dire que nous n’étions pas intéressés, mais que nous avions pris le temps d’asseoir des fondamentaux solides pour notre présence au Maroc et que nous étions à la recherche de la bonne opportunité.

Vous êtes toujours à la recherche de cette opportunité, en dehors de votre holding Atlantic Business International (ABI) ?

Oui et cela a déjà été annoncé puisque nous complétons le réseau de ABI par les acquisitions des participations de la BPCE en Afrique dans 5 pays : Ile Maurice, Tunisie, Madagascar, Cameroun et Congo. Ce sont des opérations qui devront être progressivement finalisées vers la fin de l’année.

A combien se chiffrent ces acquisitions ?

Le montant n’est pas important pour notre groupe, ce qui l’est par contre c’est la création de valeur que nous escomptons faire. D’où l’intérêt d’avoir des partenaires stratégiques dans nos tours de table. Cette cession se fait désormais dans le cadre d’une négociation exclusive avec BPCE.

On dit que c’est l’équivalent de prix de cessions de vos parts dans l’OCP…

Moins, beaucoup moins. J’en profite ici pour souligner un point très important par rapport à l’OCP. Nous avons été aux côtés de l’OCP quand il avait besoin d’un partenaire financier pour accélérer son développement. Nous avons agi malgré quelques interrogations qui circulaient sur le marché à l’époque. Mais il s’est avéré que c’était une opération autant créatrice de valeur pour l’OCP que pour le groupe Banque Populaire.

Il n’y avait pas eu de mauvaises surprises à ABI, notamment en lien avec des prêts publics ?

Sincèrement non. Nous continuons de diversifier le portefeuille de nos clients pour accompagner efficacement les acteurs économiques locaux. Certes, nous avons, comme dans la vie de toute banque, autant de bonnes surprises que de mauvaises qu’il nous arrive de rencontrer de temps en temps, mais nous avons pu dépasser à notre profit toutes les situations difficiles que nous avons pu constater. Par exemple, nous avions au Mali un dossier assez délicat qu’on a provisionné et qui a été dénoué favorablement l’année dernière. C’était une provision assez importante qui a été souscrite totalement avant d’être reprise. Cette année, elle a participé positivement à l’évolution des résultats de ABI. L’Afrique est un ensemble de pays avec des particularités qui ne forment pas un tout homogène. Il peut y avoir parfois des difficultés de développement économique ou des transitions politiques, mais ça se passe globalement bien.

Pensez-vous qu’il va y avoir une baisse du taux directeur en juin ? Est-ce que c’est souhaitable pour l’économie ?

Elle peut contribuer à la relance de certaines composantes de l’économie, mais elle n’est pas le seul élément. Je pense qu’il faut faire attention car à trop jouer sur le taux directeur, l’inflation n’est jamais bien loin. Il est important de souligner que nous ne pouvons pas agir indéfiniment sur le même levier sans pour autant actionner les autres.