Santé : Peut-on monétiser la vie ?

Débat juin 2019

Santé : Peut-on monétiser la vie ?

Le souhait légitime de tout citoyen de bénéficier d’un accès aux soins et d’un bon traitement médical, indépendamment de ses moyens, s’évanouit face à la réalité de rentabilité des structures privées de santé. Jusqu’où peut-on accepter de monétiser la santé ? 

Jaafar Heikel (JH) est professeur de médecine, spécialiste en maladies infectieuses. Il fut doyen et vice-président à l’Université Internationale de Casablanca et a évolué pendant 15 ans au ministère de la santé dans des postes de responsabilité. Il est président, entre autres, du Centre Africain de Recherche et d’Etude en Santé (CARES). 

Aziz Rhali (AR) exerce en tant que pharmacien d’officine à Kénitra. Il est vice-président de la Fédération nationale des Syndicats des Pharmaciens du Maroc. Il est membre du Conseil international du Forum social mondial. Il a à son actif plusieurs publications dont un ouvrage sur le droit à la santé avec la participation de la Fondation Friedrich Ebert. 

La polémique autour de la prise en charge de l’accouchement par césarienne a pris fin. Quel regard portez-vous sur cette question et sur son dénouement ?

Jaafar Heikel : La césarienne est prescrite par le médecin dans des cas précis. Il s’agit souvent d’éviter des complications de santé à la mère et au nouveau-né. Dans certaines situations, elle s’impose pour éviter des risques de mortalité maternelle ou infantile. Parfois, il s’agit tout simplement d’un choix personnel de la patiente.

Aziz Rhali : Plutôt que de s’attaquer au privé, il faut s’interroger sur le secteur public et dans quelle mesure il remplit sa mission. Savez-vous que seuls 230 gynécologues travaillent dans le secteur public au Maroc. Sans parler du déficit d’anesthésistes dans les services gynécologiques du public qui sont remplacés par des infirmiers anesthésistes. Résultat : un taux de mortalité maternelle des plus élevés : 78/1000 sachant que ce chiffre est loin de refléter la réalité puisque seul le nombre de femmes qui décèdent en accouchant est pris en compte. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le calcul de cet indicateur devrait se baser sur un suivi des 9 mois de grossesse puis 40 jours après l’accouchement. Ceci dit, en bloquant les conventions, le privé savait que le public ne pourrait pas suivre puisque les instances gestionnaires ne disposent pas d’un fonds public solide. 
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