Carton plein pour HPS

Entreprises mai 2019

Carton plein pour HPS

Des fondamentaux solides, une croissance soutenue et une ascension fulgurante à la Bourse font de HPS une véritable success story. Retour sur l’émergence d’une startup marocaine devenue en 20 ans une multinationale de la monétique.

«Faire de HPS une entreprise de classe mondiale, offrant des produits et des services innovants dans l’industrie du paiement», telle est l’ambition d’un des pionniers du paiement électronique au Maroc. HPS, qui a vu le jour en 1995 sous l’impulsion d’un groupe de consultants et d’experts marocains en monétique, n’a cessé de s’agrandir pour devenir aujourd’hui une vraie multinationale.

En 2008, soit deux années après son introduction en Bourse et la levée de 165,75 millions de dirhams qu’avaient empochés les actionnaires fondateurs et les fonds d’investissement, HPS produit l’équivalent de 153 millions de dirhams générés de 60 pays, élargit sa présence à Dubaï, en plus de son site à Casablanca et compte 160 collaborateurs. En 2013, la production grimpe à 280 millions de dirhams issus de 70 pays. L’entreprise ouvre des bureaux également à Paris et à Aix-en-Provence et les effectifs passent à 285. Cinq ans plus tard, la société dirigée par Mohamed Horani génère 662 millions de dirhams (de 90 pays), élargit sa présence physique à Singapour, Lausanne, Lille, Johannesburg et Sophia et compte 498 collaborateurs. Animés par sa stratégie de croissance durable pour faire de HPS un groupe pérenne, les dirigeants de l’entreprise n’ont cessé d’être inventifs dans leur business model sans pour autant laisser tomber ce qui a fait leur succès à leur démarrage : la cession de licence de leur plateforme PowerCard.

Un business model évolutif…

Pour assurer une progression pérenne de leurs revenus, le management de HPS n’a cessé de faire évoluer son business model. Jusqu’à 2008, les revenus étaient essentiellement générés de la cession des licences PowerCard à hauteur de 42%, de l’up-selling (montée en gamme ou mise à jour dans le langage des logiciels) à hauteur de 37% et la maintenance à hauteur de 21%. En 2013, le management introduit le modèle transactionnel ainsi que les services. Le premier est un modèle selon lequel la firme se fait payer non pas pour la cession de licences mais au nombre de transactions réalisées par la plateforme. Le second englobe plusieurs prestations de consulting, d’accompagnement et d’ingénierie IT. Les deux modèles nouvellement introduits génèrent respectivement 1% et 19% des revenus de la même année de leur introduction. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le management opte en 2018 pour l’introduction d’une nouvelle source de revenu suite à l’achat de l’activité switching du CMI, qu’est le processing. Par ce terme, il est désigné, en plus du switching, les activités de  paiement et de microfinance. Le business model de l’entreprise technologique s’appuie ainsi à présent sur 6 activités, mais où les anciennes cèdent petit à petit la place aux nouvelles. L’activité processing génère dès sa première année 9% des revenus, les services 20%, le transactionnel 5% tandis que les projets PowerCard passent à 28%, suivis par la maintenance à 19% et l’upselling à 18%. Un tournant plébiscité par l’analyste d’Alpha Mena, Myriam Chaabouni, qui salue «le choix judicieux de HPS de se tourner vers le nouveau business de Switching qui s’est déjà montré extrêmement influent et qui connaîtrait encore plus de succès avec le développement du paiement mobile au Maroc. L’activité «Processing Microfinance», récemment développée, devrait également booster les revenus de ce segment».

…Et des acquisitions

Pour s’agrandir et s’assurer une croissance continue, HPS a également opté pour une croissance externe. En 2010, la société achète ACPQualife, entreprise française opérant dans les conseils et services IT, via une partie en numéraire (40%, à 2,2 millions d’euros) et l’autre en échange d’actions HPS (à travers une augmentation de capital par émission de 53.599 actions réservée aux anciens actionnaires d’ACPQualife) contre les 60% restants. En 2016, HPS acquiert le Switch national marocain auprès du CMI. L’exploitation de cette activité a nécessité un investissement global de près de 120 millions de dirhams, incluant le coût d’acquisition du fonds de commerce du CMI et les coûts de mise en œuvre de la plateforme matérielle et logicielle. De même, pour consolider sa présence dans certaines régions, HPS ne s’est pas contenté de la création de filiales. En 2004, elle crée une joint-venture avec un acteur local à Bahreïn baptisé GPS Bahreïn pour desservir la région du Moyen Orient et en 2007, une autre joint-venture à Maurice, dite ICPS Maurice, pour desservir la région de l’océan Indien. Depuis lors, aucune opération similaire n’a été enregistrée. Selon le management, «HPS n’axe pas aujourd’hui sa croissance sur la taille mais plutôt sur des opérations stratégiques sur des technologies sur lesquelles on veut évoluer rapidement». Ainsi en 2018, HPS a acquis une petite entreprise d’expertise marocaine opérant dans les guichets automatiques et mobiles, ce qui a permis au leader de la monétique de développer rapidement une offre wallet. D’ailleurs, depuis, il a réussi à décrocher 5 contrats.

Des performances en amélioration

Grâce à ce mixte d’activité, l’entreprise arrive à maintenir un cap de croissance soutenu. Les revenus récurrents sont ainsi renforcés passant de 90 millions de dirhams en 2008 à 150 millions de dirhams en 2013 et à 320 millions de dirhams en 2018. La marge opérationnelle s’en trouve améliorée année après année et passe de 9,6% en 2013 à 16,7% en 2018. Au finale, HPS dégage un résultat net part du groupe (RNPG) de 92,23 millions de dirhams en 2018 contre 18,8 millions de dirhams au moment de son introduction. Il a été quasiment multiplié par 5. Néanmoins, cette évolution ne s’est pas faite sans accrocs. La capacité bénéficiaire a enregistré à plusieurs reprises des reculs importants, comme ce fut le cas en 2009 où celle-ci s’est repliée de presque 40% en raison du dénouement d’un contrôle fiscal entamé en 2006. Pire encore, suite à l’acquisition d’ACPQualife, HPS affiche pour la première fois un déficit. Celui enregistré en 2011 s’élève à -47,5 millions de dirhams. Résiliente, HPS l’éponge plus tard et affiche même une performance honorable avec un RNPG de 18,2 millions de dirhams, remettant en quelque sorte les pendules à l’heure, c’est-à-dire à leur même niveau d’avant-introduction. La société affiche depuis 10 ans une croissance annuelle moyenne de 16% et qui ne cesse de s’accélérer. Les analystes sont, d’ailleurs, optimistes quant à l’avenir de la firme. Ceux de  BMCE Capital Research estiment le chiffre d’affaires, de l’année en cours, à 647,6 millions de dirhams permettant de dégager une marge opérationnelle de 18,1% et une marge nette de 15,7%. De leur côté, les analystes de CFG s’attendent à ce que les revenus de HPS se hissent à 691 millions de dirhams en 2019, à 782 millions de dirhams en 2020 et à 889 millions de dirhams en 2021. Le résultat net part du groupe ressortirait à 102 millions de dirhams en 2019, à 119 millions de dirhams en 2020 et à 141 millions de dirhams en 2021. La marge nette ressortirait à 14,7%, 15,2% et 15,9% respectivement.

Un titre propulsé

L’amélioration des performances opérationnelles de HPS n’a pas manqué de retentir sur le cours de la valeur. Introduite à un prix de 850 DH, en décembre 2006. Elle cote aujourd’hui à 3.340 dirhams, soit quasiment 4 fois le prix d’introduction. Propulsée par les performances de l’entreprise, la valeur cumulait de fortes croissances année après année et devient ainsi une valeur «fétiche» chez les analystes. Elle marque en effet un avancement de 31,4% en 2015, une hausse de 58,5% en 2016, une ascension de 116,6% en 2017, et une progression de 53,9% en 2018, «faisant de la société la plus belle success story de la place casablancaise entre 2014 et 2018», commentent les analystes de CFG dans une note sur la valeur. Mieux encore, ces derniers pensent que «le potentiel de croissance de la valeur demeure encore conséquent». Ils l’estiment pour cette année 2019 à 20% pour un cours cible à 3.064 DH par action. Les analystes de CFG ne sont pas les seuls à avoir une opinion positive sur la valeur. Ceux de BMCE Capital Research le sont aussi. La valeur figure encore une fois dans leur portefeuille, avec une amélioration de sa pondération. Elle passe de 2% en 2018 à 4% en cette année pour un cours cible de 2.401 dirhams, soit une décote par rapport au cours actuel. Les analystes avancent plusieurs arguments en faveur du titre mais ne manquent pas d’attirer l’attention des investisseurs sur le niveau de charges élevé (notamment des charges du personnel) ainsi que sur le fait qu’elle puisse faire l’objet d’une OPA (offre publique d’achat) compte tenu de son flottant élevé de 52%. Elle peut être d’ailleurs une cible potentielle pour les opérateurs internationaux, estiment les analystes de BMCE Capital Research. Pour les analystes d’Alpha Mena, «HPS fait, une fois de plus, preuve de solidité et affiche une excellente performance au terme de l’année 2018, témoignant de la nette amélioration de la croissance et de la rentabilité du groupe». Ils relèvent par ailleurs l’ascension boursière continue du titre avec une performance depuis le début de l’année de 21,1% dans un marché baissier (-2,79%) souffrant de l’absence de catalyseurs et qui reste cher d’un point de vue fondamental. «Cette forte résistance boursière s’explique par les bonnes réalisations ainsi que les perspectives prometteuses du groupe», estime Chaabouni.

Une valeur généreuse mais chère

Concomitamment à ses exploits en Bourse, au fil des années, HPS n’a pas manqué une échéance de paiement de dividende, à l’exception de celle de 2011 où elle affichait un déficit. Elle offrait à ses actionnaires des rendements assez satisfaisants, gravitant autour de 2%. En 2017, le rendement était de 2,4% et il est attendu par les analystes de BMCE Capital Research à 2% pour 2018, à 2,2% pour 2019 et à 2,5% pour 2020. Néanmoins, son PER demeure assez important. Il est estimé par les analystes de BMCE Capital Research à 20,7 fois les bénéfices en 2018 contre 16,6 fois les bénéfices en 2017 mais qui devrait descendre à 17,9 fois les bénéfices en 2019. Les analystes d’Alpha Mena estiment le PER de 2019 à un niveau encore plus élevé. Selon leurs calculs il ressort à 22,7 fois les bénéfices. Un niveau très élevé, induit par «la poursuite du rallye haussier de l’action en Bourse, (suite auquel) le titre a épuisé son potentiel fondamental». Pour la société de recherche tunisienne, si la révision de son modèle se fera à la hausse au vu des perspectives prometteuses du groupe, cette croissance est néanmoins payée cher compte tenu du niveau de PER. Selon Chaâbouni, «le potentiel, même avec la révision à la hausse, ne sera pas aussi important pour justifier un point d’entrée à ces niveaux de cours. Il serait plutôt judicieux pour ceux qui ne détiennent pas le titre de ne pas se positionner dessus. Pour ceux qui le détiennent, on recommande de le conserver». HPS semble devenir otage de son succès !