Ancrer l’héritage

Enquête Point de vue mai 2019

Ancrer l’héritage

L’antique Banque Marocaine pour le Commerce Extérieur a été fondée sous le gouvernement Abdallah Ibrahim, parmi d’autres institutions censées garantir l’indépendance économique du Maroc comme la CDG, la BNDE, la Samir, etc. Elle avait une mission bien particulière: financer les transactions en devise du Maroc et surtout ses achats de blé et d’armes. A sa privatisation en 1995, après une bataille épique, une des premières actions du nouveau management était de rajouter «Bank» à «BMCE». Grâce au mot banque dans la langue de Shakespeare, la nouvelle raison sociale devait ainsi signifier la sortie de la spécialisation initiale et donner ce caractère de banque de détail universelle ouverte sur l’international. Avec la prise de contrôle à hauteur de 75% de Bank of Africa (BOA) en 2015, la banque deviendra BMCE Bank of Africa, confirmant la «vocation africaine» voulue par son président. L’annonce du rebranding, pour la deuxième fois en moins de 5 ans, de BMCE BOA en Bank of Africa a de quoi surprendre. Une opération qui devrait coûter selon plusieurs consultations et benchmarks réalisés par Economie Entreprises au minimum dans les 500 millions de dirhams, pour une banque en difficulté financière. Un souhait du Président qui, comme les empereurs au faîte de leur puissance cherchent à ancrer leur héritage en renommant ou carrément en construisant des capitales ou des monuments. Ils effacent symboliquement le legs de leurs prédécesseurs et marquent de ce fait les esprits de leurs contemporains et des générations à venir. La modeste BMCE publique deviendra ainsi, 25 ans plus tard, Bank of Africa, la banque de l’Afrique de Sir Othman Benjelloun… Tout un symbole de l’évolution du Maroc.