Le débat qu’on mérite…

Édito mai 2019

Le débat qu’on mérite…

Le constat est édifiant : Il faudrait 154 ans à un smigard marocain pour espérer gagner ce que reçoit, en un an, l’un des milliardaires de notre pays. Les chiffres sont d’Oxfam Maroc et viennent rappeler de manière didactique ce que les Marocains vivent chaque jour de manière empirique. Il ne sert plus, en effet, de ressasser le fossé énorme qui ne cesse de se creuser entre les plus nantis de ce pays et les laissés-pour-compte. Il se trouvera toujours une phrase choc d’un rapport ou le discours d’un politique en manque d’inspiration qui le martèlera. Ce qui doit être fait cependant pour y remédier, personne ne l’évoque ou alors à demi-mot.

Le plus important est de récolter plus, toujours plus, sans indiquer les affectations spécifiques de cette manne. Élargissons l’assiette, augmentons les recettes, on saura bien quoi en faire. De toute façon, les dépenses sont toujours dictées par les postes de la Loi de Finances. Sauf qu’entre-temps, la courroie casse et le système fiscal perd son efficacité dans la lutte pour une meilleure redistribution des richesses. Car c’est bien du rôle redistributif de notre système qu’il est question et de son importance pour une meilleure justice sociale. Étiquetée comme l’apanage de l’institution monarchique, personne n’ose aborder cette question.

Avec les Assises de la fiscalité, une autre occasion a été ratée pour la remettre au centre du débat. Alors certes, les différentes institutions concernées n’ont pas manqué d’envoyer leur copie de «propositions et recommandations» au quartier des ministères à Rabat à l’approche du rendez-vous, mais elles n’ont fait qu’effleurer la question quand elles ne l’ont pas éludée, tout simplement. A quoi cela sert en effet de mettre l’accent sur le rôle que doit jouer la fiscalité dans la politique sociale si l’on ne décrit pas les prestations sociales et les mécanismes de mise en œuvre des ressources collectées spécifiquement pour cette raison ? Comment concevoir d’ailleurs un nouveau système fiscal quand la question même du choix du modèle de développement n’a pas été tranchée ? Ne serait-il pas plus logique d’avoir une feuille de route à laquelle adapter la fiscalité ?

Pas vraiment, à en croire ces acteurs. L’Ordre des experts-comptables prêche un cadre fiscal «moderne» qui conviendrait à tous les modèles de développement tandis que la Confédération patronale a proposé une nouvelle «liste d’épicier», fiscale cette fois-ci, avec pas moins de 25 principes. Comme si l’on avait besoin d’autant de littérature pour cerner ce que peut signifier : «Justice, Efficacité et Équité». Comme lors du débat accompagnant la réforme de la Constitution en 2011, ces Assises risquent d’aboutir à une profusion de nouveaux alinéas consensuels sans régler le fond du problème.

Le système fiscal basé sur la justice, l’équité, la transparence et la simplicité peut être un outil très puissant de développement alliant efficacité économique et justice sociale. Encore faut-il en avoir la volonté…