Ces termites qui rongent le tronc du régime

Point de vue mai 2019

Ces termites qui rongent le tronc du régime

L’une des grandes tares de cette ère est sans doute l’institutionnalisation de la corruption au Maroc, qui gâche l’image de notre pays. Malgré tous les discours, malgré toutes les réformes et malgré tous les organes de lutte contre ce mal endémique, la corruption s’est tellement développée qu’elle décrédibilise nos institutions. Plus les politiques en parlent dans leurs discours plus ils donnent l’impression qu’ils sont partie prenante d’un grand dessein fait pour noyer le poisson. L’absence de tout signal de fermeté face à ce fléau donne raison à ceux qui portent cette théorie.
Si dans les années 80 et 90, la corruption était déjà omniprésente, il faut souligner qu’elle était caractérisée par sa dimension modique. Il se disait même que la petite corruption était une manière de partager la richesse et permettait aux fonctionnaires, maigrement rémunérés, d’arrondir leurs fins de mois. Quand un policier verbalisant vous interpellait il demandait «un café». C’était une autre époque et un autre dogme politique. A son intronisation en 1999, le Roi Mohammed VI avait personnellement veillé à revoir les salaires des fonctionnaires à la hausse, et pourtant la courbe de la corruption n’a cessé de croître.
Il y a quelques semaines, un quotidien arabophone bien renseigné rapportait qu’une enquête était ouverte au Maroc et à l’étranger sur des hauts commis de l’Etat qui se sont tellement enrichis qu’ils ont commencé à placer leurs avoirs auprès de leurs maîtresses! Des dames de compagnie marocaines installées à l’étranger qui n’ont aucun revenu mais qui possèdent des biens et des comptes bancaires bien garnis.
Ces puissants commis de l’Etat et hauts fonctionnaires ont amassé tellement de richesses qu’ils achètent des biens en cash à des prix sans commune mesure avec la réalité du marché, juste pour placer leur argent. Avec les barons de la drogue, ces fonctionnaires seraient même à l’origine de l’inflation des prix de l’immobilier sur les grandes villes.
Et pourtant, les occasions de sévir contre la corruption ne manquent pas. Ce mois de mars, le scandale de l’ancien Consul marocain à New York était une autre opportunité manquée. Abdeslam Jaidi employait dans sa résidence personnelle aux Etats-Unis des émigrés philippins qui étaient des fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères et payés mensuellement 2.000 dollars par le Consulat. Sauf que pendant des années, ces pauvres bougres étaient obligés de restituer à l’épouse du Consul 1.500 dollars mensuellement en espèce. Cet acte de traite humaine et de corruption a fait l’objet d’une enquête des services de la Sécurité diplomatique du Département d’Etat américain. Là encore, au lieu d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur les affirmations du rapport américain, le Ministère marocain des Affaires Étrangères a préféré louer les valeurs de son diplomate.
En 2012 l’ancien ministre des Finances, dans un jeu de «donnant donnant» avec le Trésorier Général du Royaume se sont octroyé mutuellement des primes mirobolantes. La presse en avait fait ses choux gras, mais là encore, l’Etat a cherché à protéger ses hauts commis en poussant devant la justice celui qui a fait fuiter le document en question.
J’espère que je me trompe mais j’ai comme l’impression que chaque fois qu’un haut fonctionnaire est pris en infraction, il est automatiquement renforcé dans ses fonctions et même promu (…)
Le Maroc n’a pas besoin de récolter des mauvais points pour protéger ceux qui se cachent derrière un discours royaliste pour tout se permettre.
Pour comprendre l’ampleur de mes propos il faudrait énumérer le nombre d’enquêtes qui ont été ouvertes sur des cas de corruption sans qu’aucune suite ne soit donnée.
La Monarchie a une carte à jouer et doit agir vite. Taper fort en donnant en exemple ces gens qui se disent loyalistes au Trône, mais qui en réalité sont de véritables termites qui rongent le tronc du régime.