Wafa Assurance, une valeur sûre

Entreprises avril 2019

Wafa Assurance, une valeur sûre

Leader du marché d’assurance marocain, la filiale d’Al Mada et d’Attijariwafa bank, bien que fortement impactée par la hausse de la sinistralité induite par l’automobile et 3 sinistres de pointe, continue à avoir la confiance des analystes.

En hausse de 20%, les sinistres ont eu raison de la performance de la compagnie d’assurance en 2018. Déjà dès le premier semestre, Wafa Assurance annonçait la couleur en publiant un profit warning où elle s’attendait à une baisse de 25% du résultat net semestriel, impacté par une augmentation de la sinistralité nette pour un montant d’environ 240 millions de dirhams. Au terme de l’exercice, la sinistralité nette impacte le résultat net annuel de 350 millions de dirhams qui ressort au final en baisse d’exactement 25% par rapport à 2017. Selon Ramsès Arroub, président-directeur général de la compagnie d’assurance, le principal de ces sinistres est induit par l’automobile. Une tendance qui n’est pas que marocaine, à en croire les analystes de la société de Bourse tunisienne Alphamena. D’après son analyste Ala Eddine Badr, «la hausse des sinistres Auto est une tendance mondiale. En effet, l’ensemble des assureurs exposés à la branche Auto souffrent d’une sinistralité croissante». Les analystes de la place sont également du même avis quant à l’impact de la hausse de la sinistralité automobile sur Wafa Assurance, à l’image de l’ensemble du secteur. Sauf que dans le cas de Wafa Assurance, trois autres sinistres dits de pointe ont eu une incidence sur ses performances en 2018. A leur tête l’accident de l’ONCF à Bouknadel. L’incident dont l’affaire est toujours devant le tribunal a engendré un remboursement de quelques centaines de millions de dirhams. Se voulant rassurant à l’occasion de la présentation des résultats annuels de la firme qu’il préside, Arroub affirme que l’impact sur la société est plutôt modéré étant donné que ce genre de couverture est mis en réassurance. Le président n’a pas manqué de rappeler la différence entre les catégories des sinistres de pointe. D’un côté, il y a le grand sinistre, entièrement assuré à plusieurs centaines de millions de dirhams et logé chez des réassureurs. De l’autre, il y a les sinistres de moindre envergure avec des montants de sinistre inférieurs à une dizaine de millions de dirhams et dont la mutualité est logée au niveau de la compagnie, ce qui est le cas des deux autres sinistres qu’a dû rembourser Wafa Assurance en 2018 et qui ont trait à des cas d’incendie et risques techniques.

Miser sur la vie

Dans ce contexte, la compagnie d’assurance leader du marché marocain solde l’exercice avec un repli de 25,8%, à 608 millions de DH, malgré un niveau de primes émises de 8,4 milliards de dirhams, en amélioration de 4% par rapport à 2017. Pour les analystes, cette situation n’est pas alarmante mais au contraire ils restent confiants en la capacité de Wafa Assurance de renverser la tendance. «Wafa Assurance devrait retrouver les niveaux de résultats de 2017 à partir de 2019. D’ailleurs, notre modèle table sur une légère croissance moyenne, par rapport au résultat net 2017, de 1,75% pour les années 2019-2020», soutient Badr d’Alphamena tout en précisant que «l’assureur devrait penser à alléger son exposition à la branche Auto et se focaliser sur la branche Vie, notamment l’épargne et le capital, des produits commercialement plus difficiles à développer mais dont l’impact sur la rentabilité est important». Une idée partagée par un analyste de la place sous couvert de l’anonymat qui estime que Wafa Assurance dispose d’un potentiel de croissance conséquent avec la branche vie, d’autant plus qu’elle est adossée à une banque facilitant ainsi le développement de la bancassurance. D’ailleurs, celle-ci affiche un résultat technique en hausse de 11,3%, à 326 millions de dirhams, alors que le résultat technique de la branche non-vie est en fléchissement de 54%, à 608 millions de dirhams. Le président de l’assureur – qui était aux commandes de Wafa Assurance pendant 7 ans de 2007 à 2013 avant de les reprendre en 2018- précise à juste titre que «le niveau affiché en 2017 (de performance, ndlr) et antérieur n’était plus tenable sur le long terme» tout en soutenant qu’après cette baisse de 25%, la compagnie devrait reprendre la trajectoire de la croissance.

Un maillage africain en construction

Une croissance qui devrait être également portée par la présence africaine. Au terme de 2018, les 6 filiales de l’assureur ont généré un cumul de 678 millions de dirhams de chiffre d’affaires. Pourtant elles ne sont pas toutes bénéficiaires, au contraire. En effet, seule la filiale tunisienne, en activité depuis 2012, est bénéficiaire. Le reste des filiales, basées en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun, est encore déficitaire. A priori, il faudrait au moins trois exercices, depuis l’ouverture, pour être rentable. Il faudrait dire aussi que les filiales sénégalaises, Wafa Assurance Vie et Wafa, n’ont vu le jour qu’en 2014, la filiale camerounaise, Wafa Assurance Vie Cameroun, qu’en 2015 et les filiales ivoiriennes, Wafa Assurance Vie Côte d’Ivoire et Wafa Assurance Côte d’Ivoire, qu’en 2016. Pour insuffler une nouvelle dynamique à cette croissance sur le continent, la SNI (désormais Al Mada) s’est alliée en 2017 à Attijariwafa bank pour co-investir dans le capital de Wafa Assurance. Les deux entités détiennent depuis des parts égales dans le capital d’OGM, actionnaire majoritaire de la compagnie d’assurance. L’objectif affiché à l’époque est de «procurer à Wafa Assurance des moyens financiers supplémentaires pour poursuivre et accélérer son développement, tout en s’appuyant sur le groupe Attijariwafa bank pour développer les synergies dans la bancassurance au Maroc et à l’international». Un objectif double puisque la SNI de son côté assoyait «sa vocation de fonds d’investissement panafricain à long terme, (et) élargit sa présence dans le secteur des assurances qui dispose de perspectives importantes de croissance au Maroc et dans les autres pays africains». Sauf que depuis ce changement d’actionnariat aucun investissement sur le continent n’a été effectué. L’assureur surveillerait des marchés comme celui de l’Egypte, notamment avec l’achat de Barclays avec laquelle il est possible de développer des produits dans la branche vie. Néanmoins, le marché compte une trentaine d’acteurs avec un acteur étatique qui détient 50% de parts de marché. Wafa Assurance temporise donc avant d’investir et prend en considération le niveau de concentration du marché, la taille, le potentiel de croissance et l’environnement réglementaire. D’ailleurs, la firme aurait abandonné un projet d’implantation au Togo suite au resserrement des exigences réglementaires, avec le haussement du niveau du capital requis de 1 milliard de FCFA à 5 milliards de FCFA (de près de 16,6 millions de dirhams à 83,6 millions de dirhams). «Le potentiel sur le continent est énorme, notamment au niveau de la branche vie qui est moins sinistrée», affirme l’analyste de la place.

Un cours multiplié par 8,5

Créée en 1972 sous le nom de Société Nouvelle d’Assurances (SNA), elle reprend les portefeuilles des délégations de deux compagnies d’assurances anglo-saxonnes, Saint-Paul Fire et Norwich Union. Depuis et jusqu’en 1980, le portefeuille s’est développé pour être étendu aux risques industriels puis, de 1981 à 1988, à l’assurance vie, accidents corporels, maladie et invalidité. En 1989, la société change de nom et devient Wafa Assurance. La décennie suivante, et précisément en 1998 la société est introduite en Bourse en ouvrant non seulement son capital au marché mais aussi à son personnel et partenaires. A l’époque de son introduction, l’objectif était en plus d’ouvrir l’actionnariat, de contribuer à l’animation du marché boursier marocain, d’ouvrir la voie à l’introduction en Bourse du secteur des assureurs mais surtout de diversifier ses sources de financement pour son développement futur et d’accroître sa notoriété. Depuis lors, l’entreprise est devenue leader du secteur de l’assurance au Maroc depuis 2008 et dans le monde arabe depuis 2014. Introduit à 450 DH, l’assureur a su faire son petit bonhomme de chemin, boosté par son dynamisme, pour coter à 3.789 DH le 21 mars 2019, soit quasiment 8 fois et demie son niveau d’il y a 20 ans. Les analystes ne lésinent d’ailleurs pas à recommander de l’accumuler.