Un Fonds souverain prospecte au Maroc

Entreprises avril 2019

Un Fonds souverain prospecte au Maroc

En marge du Forum Afrique Développement, EE a rencontré Serge Mickoto, directeur général du FGIS, pour discuter des intérêts gabonais et de sa stratégie d’investissement.

Quelle était l’idée derrière la création du FGIS ?

Le FGIS a été créé en 1998 suite à la décision du Chef d’État Omar Bongo de mettre en place un fonds pour les générations futures. L’objectif était de mettre de côté une partie des revenus pétroliers pour les Gabonais. Un plan d’épargne pur et dur puisque le compte était ouvert à la Banque centrale et ne produisait que peu d’intérêts. Ce n’est qu’en 2009 que le Chef d’État a souhaité que ce fonds soit géré de façon dynamique afin qu’il ne se contente pas de recevoir les montants des revenus pétroliers, mais qu’il puisse les utiliser de façon efficiente. Cette vision a été concrétisée avec un mandat de gestion avec un objectif clair en termes de rentabilité.

A combien sont estimés les fonds gérés aujourd’hui par le FGIS ?
Au 31 décembre 2018, nous avions 1,8 milliard de dollars de fonds sous gestion. C’est un montant global qui comprend la valeur des participations que nous détenons, la valeur des actifs financiers dans lesquels nous sommes ainsi que le cash que nous avons encore en disponible. Aujourd’hui, le FGIS a investi dans 82 sociétés au Gabon comme en dehors du Gabon dans 12 secteurs d’activité.

A quelle logique répondent ces investissements ?
Il faut savoir que nous avons une stratégie d’investissement internationale dans la mesure où 40% de nos investissements se font à l’étranger. Nous ciblons trois types de structures dans ce cadre. Premièrement les maisons-mères qui ont des filiales au Gabon. C’est important pour nous d’être dans le centre de décision de ces sociétés afin d’avoir un impact positif sur le devenir des filiales au niveau du Gabon. Ensuite, étant donné que nous souhaitons diversifier notre économie, notre deuxième cible sont les sociétés qui, à l’étranger, disposent d’une technologie ou d’un savoir-faire nécessaire pour la diversification de l’économie gabonaise. Le Maroc à titre d’exemple est reconnu comme étant l’un des pays qui fait la troisième transformation de bois et parfois même la quatrième. Il a un véritable savoir-faire dans ce domaine. On souhaite donc être partenaires de ces sociétés marocaines pour qu’au bout d’un, deux ou même trois ans, on puisse créer la même entreprise au Gabon. Nous avons enfin une troisième cible qui sont les fonds de fonds. Nous investissons dans d’autres fonds qu’ils soient généralistes ou spécialisés. Là nous sommes en train de prendre des participations dans un sous-fonds qui a comme spécialité les investissements dans l’agriculture. Notre but au final est d’intéresser les investisseurs étrangers à venir partager le risque avec nous étant donné que nous sommes un investisseur institutionnel.

Et au Gabon ?
Nous avons déterminé au pays 8 secteurs d’activité qui sont en ligne avec ce que le Gabon appelle le Plan de relance de l’économie (PRE) et qui sont eux-mêmes en ligne avec le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE).

Quelle place accordez-vous au secteur énergétique ?
L’énergie et les ressources hydriques sont les premiers secteurs dans lesquels le Fonds investit. Le Chef de l’État a ainsi fixé des objectifs clairs et précis en termes de satisfaction de la population en nombre d’habitant qui ont accès à l’eau et à l’énergie. En effet, quand l’accès à ces deux ressources se fait à un coût acceptable, même les entreprises deviennent plus compétitives. Au FGIS, nous avons un portefeuille de 500 milliards de francs CFA (861 millions de dollars) dans 5 projets. Un projet «eau» d’une capacité de 140.000 m3 permettant au Gabon de satisfaire ses besoins pour les 7 prochaines années et quatre projets dans l’hydro-électricité.

Qui sont vos partenaires sur ces projets ?
Meridiam est un fonds d’investissement avec lequel nous développons une unité de production d’hydro-électricté au Gabon qui fait partie des 500 milliards. La société Emerging Capital Partners est un autre fonds d’investissement avec lequel nous développons deux projets également hydroélectriques.

861 millions de dollars représentent quand même une grosse part de la somme gérée par le FGIS…
Pas vraiment car si nous entrons encore plus dans les détails de la structure de financement, les 861 millions de dollars ne sont pas l’investissement du Fonds. 30% de ce montant est représenté par de l’equity tandis que les 70% sont financés par de la dette. Une dette levée sur le marché national comme sur le marché international. Maintenant sur les 30% d’equity, nous, partenaire gabonais, avons 40% en laissant la majorité absolue au partenaire étranger qui a du coup 60% du deal. Donc en fait, sur les 861 millions de dollars, on n’a que 12% qui reviennent au FGIS. C’est ça l’effet de levier que nous souhaitons avoir parce que notre impulsion, après avoir sécurisé les deals bien sûr, va permettre de faire une levée de fonds plus importante.

Vous venez assez souvent au Maroc. Qu’est-ce qui intéresse le FGIS ici ?
Nous avons identifié quelques secteurs d’activité au Maroc qui rentrent dans le cadre de la deuxième cible, c’est-à-dire des sociétés ayant une maîtrise et un savoir-faire. On a essayé de regarder des actifs dans la minoterie mais malheureusement ce n’est pas allé jusqu’à son terme. Aujourd’hui, ce qui nous intéresse, ce sont des sociétés qui ont une expertise particulière dans la 3e et la 4e transformation de bois pour que l’on puisse entrer en partenariat et les intéresser au marché gabonais. On s’intéresse également à des sociétés qui sont dans le domaine de l’agriculture ou de l’agro-industrie et qui veulent ajouter à leur catalogue des produits tropicaux (bananes, mangues, ananas…). Nous avons les terres arables nécessaires, la volonté et un dispositif juridique et fiscal qui permet des investissements dans ce domaine. Nous avons juste besoin de gens qui ont une technicité agricole que nous n’avons pas. Les ressources halieutiques sont également un segment qui nous intéresse. Je vais être très clair, nous importons des boîtes de sardines faites au Maroc, mais nous avons la sardine dans nos eaux gabonaises. On peut peut-être envisager de créer une unité de transformation de sardines au niveau du Gabon. Pareil pour le thon. Entre le mois de mai et le mois de septembre, le bassin du Congo et principalement les eaux gabonaises recèlent une ressource thon qui est pêchée principalement dans le cadre des accords que nous avons avec l’Union européenne. Pourquoi est-ce qu’on n’encouragerait pas une flotte gabono-marocaine pour pouvoir pêcher ce thon et le transformer au Gabon ?

Quid des nouvelles technologies ?
C’est également un secteur qui nous intéresse au Maroc, notamment tout ce qui concerne la monétique et le M-banking. L’Afrique a en effet un problème de cash qui reste le moyen le plus utilisé pour le paiement avec tout ce que cela suppose comme coûts. Ces derniers reviennent même plus cher que d’investir dans des technologies qui permettent les transactions. Nous souhaitons donc encourager des partenariats avec des sociétés leaders dans le domaine pour offrir au Gabon des services que l’on trouve dans d’autres pays, notamment de l’Afrique de l’Est et qu’on ne trouve pas encore au pays.

Vous avez parlé tout à l’heure de risques à partager. Quels sont ceux que vous avez pu identifier ?
Quand on pose la question à un investisseur étatique pour connaître les risques dans son pays, la réponse est qu’il n’y en a aucun. Ce n’est pas une réponse de Normand ni une langue de bois. Mais étant donné que nous sommes l’État, quel risque peut-il y avoir vis-à-vis de nous ? Il ne peut y avoir de risque en dehors de ceux extrêmement extraordinaires. Parce que nous sommes une émanation de l’État et que nous avons été créés par cet État pour atteindre des objectifs, un certain nombre de facilités sont mises en place pour nous. De plus, cet instrument qui a été créé fonctionne comme le privé avec le raisonnement du privé. C’est donc un instrument qui est calibré pour discuter d’égal à égal avec ceux qui n’ont qu’une perception privée. Nous savons donc d’un côté ce que désire un acteur privé qui souhaite investir et nous maîtrisons de l’autre la problématique gabonaise puisque nous sommes impliqués dans la mise en place du Plan stratégique Gabon émergent. Il ne faut oublier que nous investissons en tant que FGIS dans d’autres pays africains. Certains sont économiquement plus risqués que d’autres, d’autres le sont politiquement.