Presse non grata ?

Enquête Point de vue avril 2019

Presse non grata ?

Le mois de mars a été marqué par trois événements majeurs pour la presse. D’abord, l’entrée en vigueur de la loi sur l’accès à l’information. Un texte dans les tiroirs depuis 20 ans et qui d’après les diverses lectures qui en ont été faites est complètement dépassé, en pleine révolution de l’information. Ensuite, l’annonce du rachat du distributeur de journaux Sochepress par Edito Ventures, fonds d’investissement ayant acquis, il y a 10 ans, son concurrent Sapress. Un monopole dans la distribution qui renvoie aux vieux démons de la censure à travers la diffusion que la presse partisane a dépassée en 1977 en créant… Sapress. La concentration pourrait aussi ouvrir sur la possibilité de revoir les règles économiques de la distribution, comme cela s’est fait pour les règles d’exercer le métier, contraignant encore ses modèles économiques brinquebalants. Le troisième événement phare est la condamnation de quatre journalistes pour avoir fait leur travail. Une condamnation pour un délit de presse, par le truchement d’une loi autre que le code de la presse, ayant connu pourtant deux toilettages depuis 2002. Une pratique de plus en plus courante d’ailleurs… Au moment où plusieurs confrères sont en prison, et que le métier est en train de dépérir lentement, pour des raisons économiques ou par perte de sens, il s’agit de savoir aujourd’hui s’il y a encore une place au Maroc pour une presse d’information forte et indépendante ou seulement pour des officines de communication institutionnelle. Se poser la question est déjà grave en soi…