Presse, histoire d’un gâchis

Enquête avril 2019

Presse, histoire d’un gâchis

Après 30 ans de l’ouverture du champ des médias, deux réformes du Code de la presse, et près de 700 millions de dirhams d’aides publiques au Print, les Marocains sont-ils pour autant mieux informés?

Mal aimée, invendue, sous-capitalisée… la presse papier passe par une crise inédite depuis près d’une dizaine d’années au Maroc. Qualifiée de «quatrième pouvoir» en opposition aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, le contre-pouvoir d’informer serait-il devenu non grata dans le quotidien des Marocains? «On est passé de 300.000 copies diffusées par jour au début des années 2000 à 100.000 aujourd’hui», constate Jamal Eddine Naji, chercheur en médias et ancien directeur général de la Haute Autorité de la Communication et de l’Audiovisuel (Haca). Pour lui, au-delà de la crise mondiale qui touche la presse papier depuis les mutations du digital, ce qui va mal dans la presse marocaine est encore plus profond et touche à la perception de l’utilité du travail journalistique et sa capacité à apporter la vérité aux gens. D’ailleurs, pour Naji, lui-même ancien journaliste et enseignant-chercheur à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (Isic), la baisse des lecteurs de journaux n’est qu’une conséquence de la lente évolution qu’a connue le secteur de la presse depuis son embellie dans les années 90 à 2000.

Crise démocratique

«C’est une crise qui ne concerne pas seulement les modèles économiques ou éditoriaux, c’est aussi une crise dans les perceptions du rôle que doit jouer la presse et les journalistes dans la société. Tant que les journalistes sont perçus comme apportant une information de qualité, crédible, impartiale et utile au citoyen (c’est-à-dire la vérité), ils seront suivis et sollicités, sinon ils ne seront ni lus ni respectés». Les succès éditoriaux de certains journaux lancés dans les années 2010 et le déclin de certains autres sont là pour attester de cette règle. Une crise de crédibilité qui est le résultat d’une longue accumulation où la presse a de plus en plus perdu de l’essence même de sa mission: informer le citoyen afin de l’accompagner dans sa maturité politique. «Nous sommes en train de vivre une faillite générale. On ne peut pas parler de crise de la presse sans parler de crise du système partisan. Les deux ne jouent plus aucun rôle dans le présent du Maroc. C’est un vide maladif qui a des conséquence catastrophiques», analyse Mustapha Alaoui, doyen des journalistes marocain et fondateur du plus ancien et plus lu hebdomadaire arabophone. Et d’ajouter: «La presse et les partis politiques souffrent d’une contradiction fondamentale entre un discours de démocratisation et le maintien des structures autoritaires du makhzen, qui est, qu’on le veuille ou non, anti démocratique». Comment en est-on arrivé là ?


Retrouver l’intégralité de l’enquête dans le N° 224 (Avril 2019) #EN_Kiosque