Le verrou de la distribution

Enquête avril 2019

Le verrou de la distribution

Avec un monopole dans la distribution, la presse revient à la situation des années 70, et pourrait rendre plus difficile la viabilité des modèles économiques d’une presse indépendante.

La dernière opération de rachat du distributeur Sochepress par le fonds détenant Sapress, Edito Ventures, et le projet de les fusionner, concentre de facto l’ensemble de la distribution aux mains d’une seule entité et fait peser un risque supplémentaire sur les modèles économiques et la diversité de la presse. Ironie de l’histoire, «la création de Sapress en 1977 est venue pour casser le monopole de distribution de Sochepress et de promouvoir de la sorte la presse nationale», raconte Mohammed Berrada, co-fondateur et ancien Directeur Général de Sapress.

Ironie de l’histoire

Fondé par les leaders des partis de l’opposition des années 70 : Istiqlal (Abdelkrim Ghellab), USFP (Mohamed Yazghi) et PPS (Ali Yaata), aussi directeur de publication de leur presse partisane, Sapress visait tout d’abord à contourner la censure que le pouvoir pouvait activer -à travers Sochepress alors société à 50% publique suite à sa marocanisation en 1975- la distribution, mais aussi à promouvoir des contenus de presse marocaine pour contrer l’influence de la presse française exclusivement distribuée à l’époque par Sochepress filiale NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, renommées Presstalis). Elle visait aussi à créer des points de vente dans tout le Maroc. «A l’époque, la presse était distribuée essentiellement dans les centre des grandes villes du Maroc. Notre idée était d’arriver dans les quartiers populaires de toutes les villes et patelins», résume Berrada. Grâce à sa flexibilité, son modèle économique rentable (30% du prix du journal) et son réseau de plus de 8.200 points de vente en 1990, Sapress s’était petit à petit transformé en véritable banque de la «nouvelle presse». Ainsi et selon plusieurs témoignages recoupés, en accordant des facilités et des avances, la société de distribution a permis à plusieurs entreprises de presse indépendante de se créer et de survivre en cas de difficultés financières. «Nous avons effectivement pu aider quelques structures ou journalistes à pratiquer leur métier en leur apportant conseil et assistance.



Retrouver l’intégralité de l’article dans le N° 224 (Avril 2019) #En_Kiosque