La Startup Nation en construction

Débat avril 2019

La Startup Nation en construction

Le Maroc se dirige vers la mise en place d’une Startup Nation. Plusieurs entités se dévouent au développement des porteurs de projets innovants. Entre banques, fonds d’investissement, incubateurs et associations, une base solide pour la simulation de l’écosystème des startups est en train de se construire. Mais quelle est la véritable place des startups dans le tissu économique ?

Les débatteurs

Mehdi Alaoui : Serial Tech-Entrepreneur, expert en digital et innovation, investisseur, évangéliste et militant pour les startups. Diplômé de la Sorbonne à Paris, il a travaillé dans plus de 30 pays et a remporté une dizaine de prix (MIT, Harvard…) pour son esprit novateur et réalisations entrepreneuriales.
Taoufik Lahrach : Secrétaire général de la CCG, se considère plus intrapreneur en faveur de l’écosystème de la TPME et des startups innovantes. Diplômé de l’Université de Lorraine, il a rejoint la CCG en 1992 après un début de carrière dans l’enseignement en France.
Yassine Arif : Fondateur d’AltPlay Studio, il est passionné par le monde du gaming et a représenté le Maroc dans plusieurs manifestations internationales. Il est également le Directeur du Maghreb Game Conference, le premier sommet des développeurs de jeu en Afrique du Nord.

Est-ce qu’il fait bon d’être startup au Maroc ?
Yassine:
D’après mon expérience, et vu que j’en suis à ma troisième boîte actuellement, être une startup au Maroc est très difficile. En 2014 par exemple nous ne disposions pas de sources de financement et les entreprises n’étaient pas dans une optique d’Open Innovation ou disposées à travailler avec de nouveaux acteurs qui disposent de solutions inexistantes au Maroc ou même dans la région. Mais, comme disait un investisseur que j’ai rencontré en Chine, «si tu disposes d’une base déjà faite pour ton projet c’est que les standards attendus sont très élevés et la concurrence est rude». Le but derrière est d’avoir le mindset pour se dire que si on commence sur un marché vierge, on pourra espérer dans peut-être 10 ans avoir 40% de part de marché.
Mehdi Alaoui: Quand j’ai démarré il y a 18 ans, on ne disposait que d’une seule possibilité: louer un espace pas cher au Technopark. Aujourd’hui ce que le marché offre s’apparente à «Alice au Pays des Merveilles». J’ai eu l’occasion de lancer plusieurs startups, certaines au Maroc, d’autres à l’étranger, et être un entrepreneur c’est un mindset ; tout le monde ne peut pas l’être. La majorité échoue parce que ceux qui vont faire l’entrepreneuriat parce que c’est une roue de secours ils ne vont pas y arriver parce que c’est beaucoup plus difficile que de trouver un emploi. Et ceux qui le font par conviction, leur parcours fera en sorte que quand ils se réveilleront le matin ils le feront pour résoudre des problèmes, et ne pas se cacher sous la couette pour les fuir. On ne peut monter aucune startup s’il n y a pas de défis à relever. Oui aujourd’hui c’est mieux qu’il y a 10 ans et c’est moins bien que ce qu’il en adviendra.

Qu’est-ce qui a changé entre-temps ?
Mehdi Alaoui: Les startups d’aujourd’hui bénéficient du soutien du fonds Innov Invest ; c’est du pain bénit pour eux. Nous avons vu les différences entre les avant et après. Dans notre premier batch le 2/3 des participants avait des idées et le 1/3 avait un prototype alors qu’une seule startup avait un produit opérationnel. Durant le deuxième batch nous n’avions aucune idée, il s’agissait de personnes qui ont déjà démarré et qui veulent faire accélérer leur projet, il y en a, d’ailleurs, une qui fait plusieurs millions de dirhams de chiffre d’affaires. Le fait que le fonds Innov Invest soit créé a permis de motiver des gens à davantage s’impliquer dans l’entrepreneuriat et avoir ce financement pour pouvoir s’améliorer et réussir. Maintenant Innov Idea offre 200 000 DH pour deux entrepreneurs. Quand j’ai démarré j’ai rêvé d’avoir accès à ce financement. De nos jours, les porteurs de projet peuvent grâce à LaFactory bénéficier de ce financement au bout de 2 à 3 semaines si leur dossier est bien ficelé. Il s’agit de l’équivalent d’un bon de commande de chez un client qui, en temps normal, prendrait presque 6 mois à être recouvré. En plus de cela, il y a le prêt d’honneur de 500 000 DH qui représente une facilité de caisse incroyable. La banque actuellement refuserait de prêter 1000 DH. Elle est intransigeante par rapport aux remboursements. Les quatre fonds qui ont été accompagnés par Innov Invest peuvent investir de 500 000 DH jusqu’à 20 millions de dirhams. Nous rêvions d’avoir ces possibilités qui représentent aujourd’hui un outil très puissant. La preuve que le Maroc se transforme en Startup Nation: nous disposons de 16 incubateurs labellisés qui ont la possibilité d’accompagner jusqu’à 300 startups chaque année. Nous espérons pouvoir atteindre 1000 startups annuellement. Dans 3 ans nous pouvons arriver à 1000, la France par exemple dispose de 13 000 startups. Au Maroc nous manquons d’études par rapport au nombre de startups. Quand nous sommes sollicités par des organismes internationaux, nous n’avons pas de data à leur communiquer par rapport au marché. La charte d’investissement qui va sortir va intégrer 80% des startups à optimiser. Il s’agit d’améliorer le doing business de ces entités, ce qui est une bonne nouvelle.
Yassine Arif: il y a 18 ans, pour créer une entreprise il fallait avoir un capital de départ de 100 000 DH, chose qui n’était pas à la portée de tout le monde. Maintenant on a l’option du statut «auto-entrepreneur». Il s’agit d’une bonne opportunité pour les startuppers, pour la simple raison que d’un côté, au lieu d’ouvrir une SARL et se perdre dans les procédures et les détails juridiques et fiscaux, le statut auto-entrepreneur offre beaucoup plus de flexibilité. Moi maintenant en tant que startupper je ne peux pas me permettre de recruter 10 personnes à temps plein, je tends à recruter des auto-entrepreneurs. Une relation win-win qui me permet de maîtriser mes charges et à eux de bénéficier de tous les avantages d’un employé sans pour autant être salariés. Le statut auto-entrepreneur t’offre la possibilité de tester ton idée avant de te lancer: une fois que tu arrives à dépasser le seuil des 200 000 DH annuellement, tu peux te transformer en société.
Mehdi Alaoui: Effectivement, nous en tant que LaFactory qu’on peut considérer comme une startup, la possibilité de recruter des auto-entrepreneurs nous permet de limiter les risques. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous engager avec n’importe qui. Nous pouvons recruter, si besoin est, des talents sur le marché via un contrat qui en cas de baisse d’activité ne cause de dommages à aucune des parties.

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