SNTL, le revers de la démesure

Enquête mars 2019

SNTL, le revers de la démesure

Créée pour accompagner l’émergence industrielle du Maroc, SNTL s’est lancée dans une diversification tous azimuts s’éloignant de son coeur de métier. Or, l’élan escompté n’a pas suivi.

Mise en place dans la vague des «champions nationaux» pour servir de locomotive pour la logistique nationale et dans son sillage toute l’industrie marocaine, la SNTL s’est éloignée de son métier de base. L’entreprise publique a étendu ses activités au point qu’elles sont devenues difficiles à gérer. Des dysfonctionnements et des anomalies à la pelle lui ont valu d’être un des hôtes les plus habituels des inspecteurs de la Cour des comptes ces dernières années. Ces problèmes ne datent pas d’aujourd’hui. En effet, transformée en société anonyme depuis 2004, la Société nationale des transports et de la logistique (SNTL) a hérité de la folie des grandeurs de ses ancêtres. D’abord, le Bureau central du transport (BCT), mis en place sous le protectorat en 1937, qui «avait d’énormes pouvoirs puisqu’il monopolisait la régulation de tout ce qui touchait au transport partant des rails jusqu’aux routes», se remémore un ancien opérateur de la place. Et puis, l’Office national des transports (ONT) qui a pris la place du BCT en 1963 héritant d’une bonne partie des prérogatives du bureau avec comme principale activité l’affrètement. Il était d’ailleurs l’unique affréteur du royaume. La transformation de ce dernier en SNTL a été opérée sous le gouvernement Jettou. C’est ce dernier qui ratifie la loi n°25-02 qui acte la création de la SNTL et la dissolution de l’ONT, publiée au Bulletin officiel en décembre 2005. Cette loi vient ainsi entériner un long processus de libéralisation du transport routier dont les grandes lignes ont été tracées en 1963 avec la loi n°16-99 et dont l’application n’est intervenue qu’en 2003. La SNTL est née avec pour mission, après la suppression du monopole d’affrètement accordé à l’ONT, de devenir logisticien du transport national et international, d’encadrer et d’assister la profession et de gérer le parc automobile de l’État. En somme, un acteur au service de la logistique et de la compétitivité des enreprises.

Genèse de la SNTL

Cette transition a été menée par Mohamed Lahbib El Gueddari, directeur de l’ONT depuis 2001. Selon une source digne de foi, l’arrivée de Gueddari à la tête de l’Office a permis à ce dernier de se restructurer. Sa mission de départ était un assainissement des ressources humaines. Il aurait sorti les plus compétents du placard et viré les bras cassés. Au total, 152 employés ont quitté l’Office, soutient la même source. Il faut dire aussi que pour se préparer au nouveau contexte imposé par la loi, le plan d’action mis en œuvre par l’Office comportait entre autres des départs volontaires, la réorganisation des services, l’assainissement des comptes, la réduction du taux des commissions ainsi que l’externalisation de la caisse médicale et de la gestion de l’assurance des marchandises. La restructuration de l’ONT passe aussi par sa transformation en SA dénommée Société nationale des transports et de la logistique (SNTL). Celle-ci doit se consacrer à son métier de base: l’affrètement et le développement des activités de logisticien. La transformation est effective dès le 1er janvier 2007.



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