Golfe, la nouvelle donne

Economie mars 2019

Golfe, la nouvelle donne

Le Maroc se trouve embourbé dans une véritable guerre froide avec ses alliés du Golfe. Entre relations interpersonnelles et ambitions des uns et des autres, le pays doit faire ses choix et redéfinir sa stratégie dans une région qui a tout l’air d’une poudrière…

C’est sûrement l’une des crises diplomatiques les plus graves à laquelle se confronte le Maroc depuis quelques mois. Si les prémices d’un raidissement des relations du Maroc avec ses alliés du CCG (Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis), notamment à travers le fameux binôme Mohamed Ben Salmane Al Saoud (MBS) et Mohamed Ben Zayed Al Nahyane (MBZ), se font ressentir depuis quelques années, il n’en demeure pas moins que la détérioration de la situation actuelle a pris tout le monde de court. Il a fallu en effet une dépêche publiée par l’agence américaine Associated Press (AP), principale source d’information de la presse US et de 12.000 autres médias dans le monde, pour que tout s’emballe. Daté du 7 février à partir de Rabat, le papier d’AP annonce que «des responsables gouvernementaux ont déclaré que le Maroc avait cessé de prendre part aux actions militaires de la coalition saoudienne dans la guerre au Yémen et qu’il avait rappelé son ambassadeur en Arabie saoudite».

La crise au grand jour

Une bombe qui va faire le tour du monde en quelques heures et donner des sueurs froides à la diplomatie marocaine. Celle-ci va tenter par tous les moyens de trouver l’origine de la fuite. Le lendemain, à 8h05, le très officiel site d’information Le360 s’engouffre dans la brèche en publiant la confirmation de l’Ambassadeur en question, Mustapha Mansouri, qui affirme avoir été «rappelé pour consultation» pour cause d’une émission diffusée par la chaîne Al Arabiya une semaine plus tôt. Le vieux routard de la politique, plusieurs fois ministre, parlementaire, président de région, président de groupe et même président de parti, rompu aux langages codés, tempère par ailleurs: «Entre les pays, il est normal que des divergences ou des différends éclatent de temps en temps. Je suis sûr qu’il ne s’agit que d’une crise passagère et que les relations entre nos deux pays retrouveront leur cours normal». Une déclaration lourde de conséquences intervenant à un moment où le ministre de tutelle Nasser Bourita avait quasiment disparu de la scène, mais donnant un cachet officiel à la crise. Par la suite, d’autres fuites d’informations dans la presse laissent entendre que Mohamed Ait Ouali, Ambassadeur du Maroc aux Emirats, a aussi suivi le même protocole que son confrère au pays des Al Saoud. Diplomate de métier, Ait Ouali restera muré dans le silence malgré nos nombreuses sollicitations aussi bien par téléphone que par messages. Un silence qui accompagnera le retour des deux ambassadeurs après une douzaine de jours passés au Maroc, officiellement «pour approfondir les discussions», selon Nasser Bourita, invité à s’exprimer sur la situation lors de la conférence de presse commune avec son homologue espagnol Josep Borrell, le 14 février, en marge de la visite du roi d’Espagne au Maroc. Ces déclarations tardives et brouillonnes n’y changeront rien. Tout le monde l’aura compris (c’était peut-être le but?) : il y avait un changement de paradigme dans les relations du Maroc avec cette partie du monde historiquement alliée du royaume.

D’ailleurs, pour l’ancien Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Mohammed Benaissa, «il est aujourd’hui irresponsable pour quiconque de parler des relations entre le Maroc et les pays du Golfe», nous confie celui qui a connu l’âge d’or des relations maroco-saoudiennes, en s’excusant de ne pouvoir donner plus d’éclairages.

Retrouve l’intégralité de l’article dans le N°223 En kiosque