La révolte des français contre l’impôt

Point de vue mars 2019

La révolte des français contre l’impôt

Depuis le 17 novembre 2018, la France vit une véritable crise sociale devenue au fil des mois une crise identitaire qui remet en question les fondements de la République. A en croire certains sociologues, les gilets jaunes représentent cette part de rêve de la révolution française qui reste inachevée. C’est donc tout le modèle de la cinquième République qui est sur la table, et peut-être que les gilets jaunes réussiront à transformer le système politique français, un régime où le Président a un pouvoir exécutif surpuissant.
Cette crise est une véritable révolution qui ne dit pas son nom. Au cœur des revendications, une partie de la France qui en a marre de perdre sa vie à la gagner. Car en France, avec un SMIC à 1.184 euros on ne peut pas faire vivre une famille. Cette réalité est difficile à concevoir dans le pays des Champs Elysées où 14% de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Quand bien même il y a une amélioration des indicateurs macroéconomiques ces derniers mois, les petites gens en France restent surtaxées et occupent les petits jobs de la mondialisation.
Mais ce qui a réveillé cet imaginaire révolutionnaire dans l’esprit des Français, ce sont les velléités royalistes du jeune Président Macron, un «Roi» hautain au service de l’hyper classe mondialiste et qui sème les graines d’un Etat jacobin et distant. Ce sentiment de surpuissance du Président qui existe depuis l’époque de Nicolas Sarkozy a favorisé l’éclosion d’un insupportable refrain : «trop d’Etat».
Pour se racheter, la réaction de Macron a été de dire aux gilets jaunes, «Je vous ai compris» (…). Il a opté pour une approche consensuelle afin de calmer les foules, et engagé un «Grand Débat National». Pendant plusieurs semaines il a sillonné la France pour se rapprocher des régions afin de recueillir les attentes des forces vives de la nation à même de réformer le modèle français.
Dans ce bourbier social, n’oublions pas que la France est un pays hyper endetté, et que les Français ne font que payer pour les décisions prises par l’Etat il y a 10, 15 et 20 ans. Depuis les années 1980, la France a énormément investit pour prendre le lead sur l’Europe et préserver sa position de 5e puissance économique mondiale. Cet endettement a atteint aujourd’hui 2.322 milliards d’euros se rapprochant dangereusement de 100% du PIB. Plus qu’un seuil psychologique, c’est aujourd’hui un motif de préoccupation. Il faut savoir que la dette publique qui se situait autour de 20% du PIB dans les années 1980, a explosé au lendemain de la crise financière de 2008 en raison des aides de l’Etat pour sauver les banques.
Face à l’explosion de la dette, les Présidents qui se sont succédé ces 20 dernières années n’ont trouvé d’autres alternatives que d’agir sur la fiscalité de la classe populaire, alors que la pression fiscale des entreprises a baissé de manière continue.
Revenons chez nous, et à quelques semaines des assises fiscales nationales, il est plus qu’important de comprendre ce qui se passe en France. Mais le Maroc n’est pas la France, et le Maroc ne fait pas partie d’une zone monétaire forte. Si notre taux d’endettement public se rapproche de la barre des 80%, il est plus qu’urgent de trouver d’autres solutions.
Face au surendettement, la tentation d’agir sur la fiscalité pour équilibrer le budget de l’Etat est forte. Accroître la pression fiscale sur les entreprises ne fera qu’accélérer le ralentissement de l’économie et accentuer la fuite des capitaux. Placer cette pression sur les classes moyennes et populaires aura des conséquences sociales néfastes.
La fiscalité n’est point un sujet de peur ou de pression, mais plutôt un contrat qui lie le citoyen à l’Etat. Aujourd’hui le contribuable national est réticent à adhérer pleinement à ce contrat, car il remarque que l’Etat n’assume pas sa part de responsabilité, c’est-à-dire ce filet social pour lequel il est rémunéré. L’impôt n’est pas là pour payer le train de vie de l’Etat, ni pour équilibrer son budget, mais doit être un levier financer pour atteindre une équité entre les différentes couches de la société.