inadéquation ?

Enquête Point de vue février 2019

inadéquation ?

L’inadéquation formation-emploi est devenue une réponse toute faite dès que l’on pose la problématique du chômage ou celle de la formation. Une analyse reprise comme un poncif depuis les années 90 alors même que l’économie marocaine et plus particulièrement l’entreprise n’est pas foncièrement créatrice d’emploi. Les faits et chiffres sont assez éloquents dans ce sens : L’investissement public tient le haut du pavé devant l’investissement privé ; l’économie crée moins de 80.000 emplois nets par an alors que les primo arrivant sur le marché du travail sont de 200.000 ; des cadres formés dans le système marocain sont massivement recrutés par des multinationales que ce soit au Maroc ou à l’extérieur… La question est donc autre qu’exclusivement celle de l’adéquation. En fait, où est la demande de travail pour pouvoir y apporter une offre adéquate? 

Alors qu’aujourd’hui de nombreuses voix s’élèvent contre l’hyper spécialisation des filières et des savoirs, notamment dans les pays les plus développés, au Maroc, la rengaine sur la nécessité d’une spécialisation accrue est adoptée comme ligne directrice de la future réforme du système national de l’éducation et de la formation. Cela implique un risque avéré de perpétuer les erreurs commises depuis la fin des années 90, sans envisager que le chômage est plus le résidu de la faiblesse de la croissance, elle-même due à la chétivité des structures productives nationales, que d’une prétendue inadéquation de la formation. De grâce, commençons d’abord par apprendre à nos enfants à réfléchir, et à articuler les savoirs, plutôt que de chercher à les prédestiner à des spécialités dont on ne sait même pas si elles existeront encore dans 5 ou 10 ans…