Du concret pour cette jeunesse errante

Point de vue février 2019

Du concret pour cette jeunesse errante

Un des plus importants défis de notre époque est sans aucun doute cette pression urbaine qui fait que nos villes sont devenues la principale source de problèmes pour nos gouvernants à l’échelle locale et nationale. A l’origine, un problème de surpeuplement dû à l’exode rural dans sa forme primaire, mais aussi au fait que nos jeunes soient à la recherche d’opportunités là où ils pensent les trouver.

La fuite vers les grandes villes s’est accélérée ces deux dernières décennies sous l’effet du réchauffement climatique mais aussi sous l’attrait magnétique de nos métropoles qui se sont développées et modernisées. Comme des aimants, nos jeunes ont été happés par la lumière et le modernisme des villes, et n’ont pas hésité à quitter la campagne où il n’y avait aucun avenir…

Mais grosse déception. Le bling bling de nos agglomérations urbaines s’est avéré un leurre. En plus d’un modèle de développement qui n’a pas profité aux différentes couches de la société, la transformation de notre économie fait que l’emploi est devenu une denrée rare et la qualification une exigence. Résultat, la création d’emploi au niveau de l’économie qui dépassait une moyenne annuelle de 180.000 postes entre 2001-2008 a baissé à seulement 70.000 postes entre 2008 et 2017, et cela pour un besoin annuel de 350.000 emplois !

Ce qui devait être une ruée vers l’or pour la jeunesse rurale s’est transformé en un cauchemar. Dans les villes elle est devenue une véritable poudrière sociale instrumentalisée par les partis politiques et l’extrémisme religieux. On la retrouve errante au cœur de chaque manifestation, et commence même à porter des messages réactionnaires.

Ces dernières années, l’Etat a pris conscience du surpeuplement de nos villes et l’ampleur de ce fléau. Pour ne prendre que le cas de Casablanca où la surpopulation est à son paroxysme, et selon les données des Nations Unies, ce sont 14.200 personnes qui y vivent par kilomètre carré. Selon le Forum Economique Mondial, la capitale économique est la 5e ville la plus densément peuplée du monde.

C’est ainsi qu’en lisant entre les lignes de deux récentes discours royaux, l’on peut trouver en filigrane que le peuplement des villes et cette jeunesse errante sont au centre des préoccupations de la Monarchie.

Annoncée lors du discours royal du 20 août 2018, la décision d’instaurer le service militaire obligatoire est une manière d’encadrer cette jeunesse. Si cette annonce a fait l’objet de plusieurs débats contradictoires- car ne reflétant pas les réalités de notre époque (Enquête EE d’octobre 2018)- elle permettra certainement de recycler une partie de cette jeunesse aux principes élémentaires de civisme et de discipline.

Deux mois plus tard, le discours d’ouverture du parlement devant les élus de la nation annonçait une seconde initiative en direction de cette jeunesse.

Le potentiel agricole national est considérable on le sait, mais fait face à deux handicaps majeurs. Il manque cruellement de cette notion de lien et d’appartenance du citoyen à la terre, du fait que les petits agriculteurs ne sont pas propriétaires. Il manque aussi d’une jeunesse prête à travailler à la sueur de son front.

C’est ainsi que le Roi a soufflé une idée de génie. Il a annoncé la régularisation de 1 million d’hectares de terres, un processus appelé melkisation et qui vise à céder aux petits agriculteurs un titre de propriété. Cela encouragera les jeunes dans les villes à retourner à la campagne, et donc à leur source, et aspirer concrètement à un avenir meilleur.

Le rétablissement de la conscription et la mobilisation d’un million d’hectares en milieu rural en faveur des agriculteurs sont des approches qui rompent avec les grands discours visionnaires, mais impossibles à mettre en œuvre. Ces deux mesures concrètes qui découlent d’un raisonnement «outside the box» apporteront une réponse concrète à une partie de cette jeunesse qui jusqu’à aujourd’hui n’a eu droit qu’à des promesses.