Une stratégie régionale

Dossier janvier 2019

Une stratégie régionale

L’objectif de la stratégie de compétitivité logistique est de créer un réseau de plateformes interconnectées à l’échelle nationale, autour desquelles s’organisent et se massifient les flux des marchandises. Le nouveau découpage régional ramenant le nombre de régions à 12 au lieu de 16 dicte de nouvelles règles.

Le nouveau découpage régional, acté par décret en février 2015, implique aujourd’hui de nouvelles réalités pour nombre de décideurs. Ceux en charge de la Stratégie nationale de la compétitivité logistique n’y échappent pas. Le passage de 16 régions à seulement 12a induit une révision à la baisse du nombre de zones logistiques de massification des flux. Selon Rachid Tahri, président de l’Observatoire marocain de la compétitivité logistique (OMCL), «nous devons construire 50 zones au lieu de 70 prévues au préalable». La raison de cette purge est tout simplement la concentration de quelques régions suite au nouveau découpage territorial, rendant ainsi obsolète et inutile un bon nombre de zones.

Deux régions pour commencer
L’Agence marocaine de développement logistique (AMDL) se penche actuellement sur la révision des schémas régionaux pour les adapter à la nouvelle réalité économique et administrative, en commençant par celui de Marrakech. Ceux de Souss-Massa et de Fès-Meknès ont été déjà finalisés et présentés aux parties prenantes locales. «Nous avons eu une adhésion des opérateurs, des autorités locales et même de la société civile et des universitaires de la région», se félicitait Mohammed Yousfi, directeur général de l’AMDL. Dans le détail, au niveau de la région de Souss-Massa, l’agence est dans une démarche préparatoire pour lancer le projet de la première tranche de la zone logistique d’Ait Melloul. «Ladite zone s’étend sur 172 ha et nous allons commencer par une phase de 45 ha. Le terrain est déjà identifié et les formalités nécessaires avec les autorités locales sont en cours de finalisation. Dans la continuité de ces démarches préparatoires, une réunion ministérielle sera incessamment programmée avec les départements concernés pour arrêter le montage institutionnel et financier», précise Yousfi. Quant à la région de Fès-Meknès, le schéma est déjà révisé pour embrasser le nouveau découpage administratif. Il est prévu d’y réaliser 7 zones logistiques. «Nous visons à amorcer 3 projets: l’Agropolis de Meknès, de Ras El Ma et de Mejjat. Ce sont des projets qui vont être présentés prochainement au conseil d’administration de l’agence. Le schéma institutionnel préconisé pour ces projets stipule la création d’une SDR (société de développement régional) qui prendrait en charge le développement de tout le réseau des zones logistiques de la région. Son tour de table comprendrait l’Etat, représenté par l’AMDL et la région, et peut-être d’autres bailleurs étatiques. Le modèle sera arrêté après une concertation avec les différentes parties prenantes. Une fois ce montage arrêté, le volet financier suivra automatiquement, après c’est l’implémentation et la réalisation. Pour le reste des régions, nous sommes en train de réviser les schémas logistiques pour les adapter à la nouvelle réalité économique et administrative des régions, à commencer par celle de Marrakech. Il faut dire aussi qu’une révision de schéma avec l’identification des premiers projets prend entre 4 et 6 mois, réunions avec les différentes parties prenantes incluses. Et c’est un travail qui est fait uniquement par les ressources de l’agence», détaille Yousfi.
Ce dernier explique, par ailleurs, que la construction d’une zone logistique de massification des flux de 45 ha prend environ 2 ans. L’aboutissement d’un tel chantier permettrait par la suite la matérialisation des autres axes de la stratégie, précise Abdelilah Hifdi, président de la Fédération du transport. Si on arrive à réaliser les zones de massification logistique, une multitude d’objectifs seront atteints. En effet, on pourra réaliser l’agrégation des opérateurs, développer la sous-traitance logistique ou encore mettre en place les centres de formation. Il est à noter à ce titre que le meilleur moyen de former en logistique est en adoptant le mode alternance, chose qu’on ne peut faire sans zones logistiques intégrées et fonctionnelles. Les zones logistiques sont des préalables incontournables conditionnant tous les autres chantiers de la stratégie logistique nationale», précise Yousfi de son côté.

Le Maroc prévoit de construire 50 zones logistiques de massification des flux, au lieu de 70.

Le foncier, nœud gordien
De son côté, Hifdi précise que «la stratégie est basée sur la partie foncier pour faire émerger des logisticiens performants et compétitifs. Sur le papier, le foncier est bien là mais sur le terrain, il est souvent occupé par des bidonvilles et regorge de problèmes». Et quand bien même il serait assaini, le foncier réservé aux ZI et aux ZF crée invariablement des problèmes de spéculation. Lors de la Caravane des 500 organisée par EE dans plusieurs régions du pays, les opérateurs économiques se sont plaints de la difficulté d’accéder au foncier au prix affiché sur les plans des aménageurs. C’est ce qui justifie le retard pris pour la réalisation de la vision, même si ce retard est en quelque sorte salutaire compte tenu des nouvelles orientations dictées par le nouveau découpage. «A ce jour, sur les 70 zones logistiques de massification des flux prévues, une seule est opérationnelle, celle de Zenata à Mohammedia. Pourtant, il était prévu de construire 7 autres zones dans la région. Faut-il toujours les construire?», se demande le président de la fédération qui tient à souligner qu’elle est exploitée uniquement par des opérateurs publics. En effet, le schéma national des zones logistiques Multi-Flux (ZLMF) prévoyait la mise en place dans cette région, en plus de la zone de Mita de l’ONCF sur 32 ha, 8 autres zones: Zenata, Oulad Hadda, Deroua, Nouaceur, Oulad Saleh, Bouskoura, Lakhyayata et Nouvelle Ville de Sahel Lakhyayta, sur une superficie totale de 978 ha dès 2030, dont 607 ha en 2015, et couvrant l’ensemble des 5 grands types de plateformes logistiques. Hormis celle de Zenata, aucune n’est sortie de terre. Pis encore, les connexions routières prévues pour relier la zone de Zenata au port de Casablanca sont en retard de 3 ans (voir l’article «Casablanca, le grand monstre»). «Dans la recherche du foncier, l’Agence accorde la priorité au foncier public appartenant à l’État, aux Domaines, aux collectivités ethniques (terrains collectifs, ndlr) ou encore aux domaines forestiers. D’ailleurs, celui de la zone d’Ait Melloul appartenait aux Eaux et forêts. L’avantage de recourir à ce type de foncier est double: il permet d’abord de ne pas renchérir les prix, mais également d’acquérir le foncier dans des délais raisonnables. Recourir au foncier privé reviendrait à alourdir la procédure, car il faut en général passer par la voie de l’expropriation qui prend plus de temps et coûte plus cher», explique le directeur général de l’AMDL. Autant dire que le défi reste entier.