Visibilité nulle

Édito janvier 2019

Visibilité nulle

Une nouvelle année arrive et à l’heure des vœux, le Marocain constate que la liste des siens s’allonge encore. Par quoi commencer? Car même quand il s’agit de souhaiter, au lieu de se lâcher, le Marocain est enfermé, il transpire, il étouffe, il suffoque, il a peur. Il ne comprend pas qu’on veuille attendre 2021 et ses élections pour pouvoir avancer. Que ce soit dans le bon sens ou le mauvais d’ailleurs. En vérité, il n’en a rien à faire. Ce qu’il veut ce sont des solutions, et pas en 2021, pas en 2020, tout de suite.
Sa confiance dans les institutions, il pourrait bien la perdre mais que lui resterait-il alors ? Son entreprise ? Il voit bien que l’informel est un concurrent aussi redoutable que le fisc; que la recherche des clients ne se fera pas toute seule, que la mortalité des entreprises n’est pas près de s’arrêter, qu’il peut y perdre sa chemise et le rêve d’un logement décent pour ses enfants.
Sa confiance dans les hommes politiques, il aura beau faire, il lui en restera toujours un peu. Mais lesquels choisir? Lesquels se démarquent? Lesquels roulent pour sa chapelle? Lesquels ont encore une âme?
Alors, il peut entendre toute la journée parler des politiques sectorielles, de la planification, du chantier de la logistique, des métiers mondiaux du Maroc, des centrales solaires, à part pour nourrir son ego devant des étrangers, il n’en sent pas les effets. Et on peut lui dire pendant 20 ans qu’il a tort, il aura toujours raison de s’écouter et de se faire confiance.
Il voit bien que l’économie est morose. Premièrement, parce que le système avance toujours avec un modèle de développement unanimement désavoué. Ensuite, parce qu’avec des chances aussi minimes de voir de vraies mesures de relance, ce système en est réduit à faire de la gymnastique arithmétique. Le Wali de Bank Al-Maghrib en avait réussi une particulièrement souple lors de sa dernière sortie en rehaussant la base de la campagne agricole pour garder une croissance décente.
Il voit bien que du côté des entreprises, le tableau n’est pas plus rose. Censée apporter sa contribution au débat général, la CGEM semble s’enliser dans un bourbier dont il lui sera très difficile de ressortir indemne. Au sein de l’organisation patronale, des voix dissidentes s’élèvent pour pointer du doigt des dysfonctionnements encore intolérables il y a quelques mois. Ici aussi d’ailleurs, on se permet des familiarités avec le règlement en tordant les statuts au point de ne plus pouvoir légitimer aucune décision émanant du Conseil d’administration.
Le Marocain sait qu’on ne peut pas laisser les patrons faire des calculs politiciens et mettre à mal ce que la Constitution de 2011 et 70 ans d’histoire ont réussi à magnifier.
Malmené de Charybde en Scylla, le Marocain n’a aucune visibilité. Le Maroc avance, le Maroc évolue, mais le Maroc ne progresse pas! Comme en ménage, parcourir un bout de chemin ensemble demande une présence, implique des compromis et de l’indulgence. Parcourir un bout de chemin ensemble exige de l’engagement. Le Maroc vous le demande, le Marocain aussi. Bonne année!