Qui sont vraiment les touristes chinois ?

Enquête janvier 2019

Qui sont vraiment les touristes chinois ?

Leur nombre a explosé au Maroc en quelques années. Profil d’un voyageur pas comme les autres.

«Boutique de luxe au Morocco Mall cherche vendeur confirmé». L’annonce est très anodine et ressemble à des centaines d’autres publiées chaque jour sur un site d’emploi marocain… à un détail près: le recruteur exige la maîtrise du mandarin. Car la tendance s’est imposée, le secteur du luxe reprend des couleurs grâce au shoping chinois et le Maroc ne fait pas l’exception.

Bons vivants et flambeurs
«Les touristes chinois sont aisés et sont de bons consommateurs. Ils dépensent d’ailleurs beaucoup d’argent en alcool», nous confie Driss Faceh, président du Conseil régional de tourisme (CRT) de la région Fès-Boulemane. Une situation confirmée par une étude de Nielsen publiée en 2017 sur les tendances de consommation des touristes chinois. Les résultats de cette publication font état d’une augmentation constante des dépenses annuelles de ces voyageurs. Ainsi, Nielsen avance une dépense moyenne de 5.565 dollars par personne en 2017. Une somme qui devrait augmenter en 2018 pour atteindre 5.715 dollars selon les projections du cabinet américain, soit une croissance de 3%.

«Ces clients prestigieux arrivent souvent en groupe de 10 ou 15 personnes et descendent dans les hôtels 5 étoiles. Ils viennent avec leur propre programme et leur propre guide et louent les véhicules avec le maximum de confort pour se déplacer», indique Fouzi Zemrani, PDG de Z Tours, agences de conseil en voyages et ancien vice-président de la Confédération nationale de tourisme (CNT). C’est justement cette clientèle qui fait le bonheur des rares casinos du royaume car, disons-le clairement, ces touristes sont connus pour être des flambeurs. «Loin de tout stéréotype, notre expérience nous a révélé que les voyageurs chinois sont très curieux et très parieurs», ajoute l’opérateur touristique.

Il faudrait cependant comprendre que les moyens de consommation de cette frange sont différents des autres touristes. «Pour mieux attirer les touristes chinois à forte valeur ajoutée, le Maroc doit se mettre au m-tourisme car ils utilisent quasi exclusivement des supports mobiles (smartphones principalement) pour se renseigner sur les destinations, réserver des prestations et surtout payer», observe Samir Kheldouni Sahraoui, président de Chorus consulting, opérateur dans le secteur du tourisme. Ainsi, selon Nielson, près des deux tiers des touristes chinois utilisent le mobile pour payer.

Civilisation millénaire à la recherche de culture
Mais l’image du touriste aux poches bourrées de billets ne colle pas tout à fait à la réalité. En parallèle à cette catégorie très dépensières, existe une autre typologie de voyageurs qui viennent de Chine au Maroc à la recherche de produits bon marché. «Ce sont des touristes de masse qui recherchent les produits les moins chers. Ils descendent habituellement dans les hôtels 4 étoiles», nuance l’ancien vice-président de la CNT. Selon les chiffres de l’Observatoire du tourisme du Maroc (OTM), ces établissements ont d’ailleurs capté plus de 52% des nuitées chinoises et la moyenne de leurs dépenses a baissé de 2.000 à 800 dollars.
Mais que vient chercher ce touriste au Maroc ? Pas le balnéaire en tout cas, car contrairement aux autres touristes occidentaux, le Chinois visite en premier lieu les villes impériales. Les chiffres de l’OTM sont d’ailleurs éloquent à ce sujet. Lors de leur séjour au Maroc, plus de la moitié des Chinois optent pour la visite d’un monument historique ou d’un musée. Il ne sont par contre que 4% à choisir la plage comme loisir. «Pour une civilisation vieille de plusieurs millénaires, la question de la culture et de la tradition est très importante», nous confie un guide touristique de Marrakech qui travaille essentiellement avec les Chinois. C’est sans surprise alors qu’on retrouve des villes comme Casablanca qui capte près de 34% des nuitées chinoises comme principale destination suivie de Marrakech (15%), Ouarzazate (13%), Fès (9%), Chefchaouen (9%), Tanger (8%) ou encore Rabat (6%).

Jamais sans ma bouilloire !
Bien que friand de découvrir le Maroc et sa culture, le touriste chinois a toutefois besoin de ne pas trop s’écarter de son propre univers et repères culturels. Il a besoin qu’on lui parle sa langue, mais surtout qu’on lui prépare sa cuisine. «Le touriste chinois aimera toujours découvrir la cuisine marocaine en se laissant tenté par un tajine ou du couscous mais cela reste exceptionnel. Le reste du temps, il préfère manger chinois», affirme Fouzi Zemrani.
Plus facile à dire qu’à faire quand on sait que l’offre de restauration hôtelière marocaine ne maitrise pas les rudiments de cette cuisine. En l’absence d’une réelle alternative, les Chinois ont pris le relais et investissent dans des restaurants un peu partout dans le Maroc. «C’est le cas à Fès et à Chefchaouen où des Chinois ont ouverts plusieurs établissements de restauration», confirme Driss Faceh. Cette implantation a même atteint de petites localités à l’instar de Midelt ou Aït Ben Haddou. En plus de la cuisine, d’autres petits détails font que le Chinois peut se sentir à l’aise. «L’une des choses très importante à laquelle un client chinois fait attention est la présence d’une bouilloire avec de l’eau chaude pour préparer des nouilles ou du thé. Il est également habitué à trouver des pantoufles à l’entrée afin de se déchausser. C’est sacré pour lui», souligne Fouzi Zemrani.
Cette spécificité culturelle propre au touriste chinois renseigne davantage sur la mentalité de cette population à laquelle le Maroc n’était pas habitué et qui nécessite forcément des adaptations sous peine de rater les opportunités qu’elle présente. Déjà, les opérateurs se plaignent déjà d’une baisse des recettes qui sont captées par un circuit parallèle composé de… Chinois. «Le voyageur chinois est toujours souriant et très discret. Il est aussi très curieux, prend beaucoup de photos et s’intéresse à la culture locale», fait remarquer l’ancien vice-président de la CNT. «Mais il ne faut pas se leurrer, il est également à la quête d’opportunités» ajoute notre source. Ce n’est pas pour rien que la capitale économique est la destination préférée de ces touristes qui en profitent pour réaliser des affaires, notamment à Derb Omar. Une autre aubaine dont il faudra tirer profit.