MHE, l’enfant terrible

Point de vue janvier 2019

MHE, l’enfant terrible

La manière dont Moulay Hafid Elalamy a été sévèrement tancé par le Roi lors d’une réunion à huis clos a jeté un coup de froid sur le monde des affaires. Comment comprendre qu’un Ministre, chouchou de la Monarchie il y a à peine quelques mois, tombe de si haut ? Cette situation remet sur la table plusieurs vieux débats que nous pensions révolus avec la maturité du pouvoir. Inutile de revenir sur MHE, son style, sa manière de faire, ses valeurs, son côté «tueur» qui n’inspire pas confiance, son «athéisme» politique (…) Tout cela on le savait, et ceux qui l’ont fait entrer dans le premier cercle du pouvoir le savaient aussi. Sauf que le «système d’exploitation» de MHE n’est pas compatible avec celui du Makhzen, et cela a fini par transpirer.
Quand il se met quelque chose en tête, rien ne peut l’arrêter. En 2015, à un moment de crise économique et sociale, il annoncera la création de 500.000 emplois dans l’industrie. Un chiffre irréalisable, mais qui a pourtant plu en haut lieu. Ceux qui oseront contre-argumenter à ce propos seront qualifiés de «gens qui ne comprennent pas». Comme un rouleau compresseur, MHE défendra aussi le projet Tanger Tech, même s’il savait pertinemment que des questions légitimes se posaient sur la crédibilité du groupe Haite. Il s’empressera de décrocher une audience royale pour le Président du groupe BYD qui avait émis une idée, celle d’investir dans une usine de véhicules électriques à Tanger. L’audience a eu lieu, alors que l’Ambassadeur de Chine a diplomatiquement annoncé son absence du Royaume.
La colère royale à l’égard de MHE est un énième rappel que business et politique ne font pas bon ménage. On l’a dit et redit sur ces mêmes colonnes, et pourtant la Monarchie a une fascination pour les hommes d’affaires. Sauf qu’aujourd’hui, il semblerait que les rôles se soient inversés et que ce soient les patrons qui préfèrent rester loin du soleil (…)
Moulay Hafid, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais personne ne lui enlèvera cette fibre affairiste qui a fait sa notoriété et sa richesse au Maroc et à l’étranger. Et c’est peut-être cette réussite et le fait qu’il s’agisse de la fortune la plus liquide du Maroc qui attise tellement de controverses.
Mais ce qui inquiète le plus, ce n’est pas tant les propos que lui a adressé le Chef de l’Etat. A la rigueur, je serais tenté de dire que c’est chose normale qu’un patron remonte les bretelles à un de ses collaborateurs. Mais de là à ce que les détails fuitent volontairement dans la presse, cela s’apparente à une vendetta en bonne et due forme dont on ne comprend pas les objectifs (…) N’oublions pas qu’un média électronique a reçu un appel téléphonique d’une personne présente à cette réunion, qui lui a communiqué les différentes salves de reproches que le Roi a infligées à MHE.
Dans les hautes sphères de l’Etat, il est de coutume que ce qui se passe entre quatre murs, et qui implique de surcroît l’image d’un Roi, reste de l’ordre de la confidence. Or, le média était tellement sûr de l’authenticité des propos rapportés qu’il a fait le choix de publier ces dires en utilisant des guillemets (…)
En rapportant ces propos aussi crûment, ce messager a oublié qu’il vient de couper la dernière fibre de confiance du moral des patrons. Ces patrons, devenus extrêmement préoccupés et sensibles à la situation que traverse le pays, n’avaient pas besoin de savoir en ce moment que l’Etat peut être si peu reconnaissant envers ses serviteurs. Eux qui ont décrypté le message à leur manière se demandent si aujourd’hui, au Maroc, on peut faire des affaires et réussir au-delà d’un certain niveau?