Addoha à l’épreuve du marché

Entreprises janvier 2019

Addoha à l’épreuve du marché

Le marché n’a pas de merci. L’immobilière, seul étendard du secteur après le retrait de la CGI, en prend pour son grade et se fait chahuter sur la place boursière. Son dernier plan «Priorité au cash» n’a pas su convaincre.

Un an après le lancement du Plan Priorité au Cash, Addoha semble avoir du mal à renouer avec une tangente haussière sur le marché boursier. La valeur avait même frôlé son nominal (10 dirhams) en passant à 12,55 DH lors de la dernière séance d’octobre, avant de rebondir trois séances après et d’osciller entre 13 et 16 DH. Un niveau qui reste en deçà de ce qu’elle affichait au lendemain du lancement de son premier plan baptisé «Génération Cash».

Un «profit warning» à contre-courant
Pour les analystes de la place sondés par Economie Entreprises, ce fléchissement du cours exprime «une nervosité du marché par rapport aux résultats». En effet, le promoteur immobilier – après avoir habitué le marché à de bonnes performances – entame l’exercice 2018 avec un profit warning sur les résultats du premier semestre, dévoilé au début du mois de septembre. Ce dernier annonçait un décalage dans l’exécution de certains projets dans le haut standing, avec comme effet un retrait du chiffre d’affaires consolidé du groupe. «Au 30 juin 2018, cette baisse serait de près de 15% par rapport au 1er semestre 2017, affectant en conséquence le résultat net consolidé et le cash-flow opérationnel», pouvait-on lire dans le communiqué. Un mois plus tard, les résultats révélés confirment les anticipations. De quoi miner davantage le moral des investisseurs. Ainsi, le chiffre d’affaires s’est replié de -15,27%, le résultat d’exploitation de -34,45% et le résultat net s’est délesté de -35,95%. Autre mauvaise nouvelle, le chiffre d’affaires (2,5 milliards de dirhams) représente moins de la moitié des prévisions du promoteur immobilier pour toute l’année 2018. Le cours de la valeur ne s’en est pas sorti indemne. Commentant la trajectoire du titre sur la place boursière, un analyste d’une société de gestion soutient que «le comportement de la valeur reflète l’incertitude du marché. Ce dernier ne lui fait plus confiance et finit par la réajuster».Un point de vue qui n’est pas totalement partagé. Nuançant le propos de son confrère, un analyste d’une grande banque précise qu’«il y a une exagération du marché. Il est en train de traiter la valeur comme si elle est en liquidation. D’ailleurs dans un tel contexte, il est difficile de la recommander à l’achat. En dépit de l’amélioration des multiples de la valeur, la morosité de son secteur fait qu’elle n’est plus attractive pour les investisseurs».

La valeur avait frôlé son nominal au courant du mois de décembre 2018.

Une conjoncture difficile
Néanmoins, Addoha n’est pas la seule à afficher une mauvaise posture sur la place boursière. L’indice immobilier est en repli de plus de 50% depuis le début de l’année dans le sillage d’un fléchissement de plus de 40% pour Résidences Dar Saada et de plus de 60% pour Alliances. Il faut dire aussi que le manque de visibilité sur le renouvellement des dérogations fiscales accompagnant l’offre de logement au-delà de 2019 sème le doute quant à la pérennité des revenus des immobilières, dont l’essentiel si ce n’est la totalité sont issus du segment social. Ce qui fut ainsi l’aubaine du secteur immobilier semble aujourd’hui le plonger. Le marché anticipe un exercice 2018 en berne pour tout le secteur. Au manque de visibilité sur des leviers de croissance s’ajoute aussi la frilosité des banques: «Ces dernières ont décidé de réduire leur exposition sur le segment immobilier», rappelle un analyste d’une société de gestion de la place. «La manière de gérer les dossiers (de financement, ndlr) par les banques a changé. Ils optent pour des financements adossés à des projets et comme nous avons beaucoup de projets, nous n’avons pas de contraintes particulières», explique de son côté à Economie Entreprises Anas Berrada, directeur général du groupe Addoha, en réponse à des rumeurs affirmant que le promoteur aurait des difficultés à se refinancer auprès des banques.

Des relais de croissance jugés insuffisants
Un autre analyste d’une grande banque avance le fait que dans le cas d’Addoha, les investisseurs ne savent plus ce qui est normatif. «Le promoteur, pour qui le social pèse près de 80% dans le chiffre d’affaires, ne peut plus compter sur ce secteur et est toujours à la recherche de relais de croissance pérennes en Afrique et dans le moyen standing», affirme-t-il. Sauf que, selon lui, il est difficile de faire des prévisions sur ces deux segments étant donné que les données disponibles sont plutôt approximatives et constituent une zone d’ombre qui alimente davantage la morosité. Un manque de visibilité exacerbé par le fait que le promoteur semble faire face comme tous les autres promoteurs à un blocage au niveau des autorisations de construire et des dérogations qu’il n’arrive plus à obtenir.
Pour rappel, le plan Priorité au Cash, révélé au terme de 2017 et qui coïncide avec la fin du plan Génération cash, tablait sur une contribution qui allait crescendo. Le moyen standing (porté par Coralia) devait ainsi contribuer au chiffre d’affaires à hauteur de 11% en 2018 au lieu de 9% en 2017. Cette part devait par la suite passer à 12% en 2019 et à 14% en 2020. Pour ce qui est de la participation de l’activité en Afrique subsaharienne au chiffre d’affaires, elle devait s’élever à 5% en 2018, avant de passer à 6% en 2019 et à 7% en 2020, contre une contribution nulle en 2017. L’objectif du nouveau plan, axé sur la génération de davantage de flux de trésorerie et l’épuration des dettes, était de maintenir un gearing en deçà des 30%. Sauf que d’emblée, le promoteur annonçait une contribution comprise entre 200 et 300 millions de dirhams des deux relais de croissance dans le chiffre d’affaires de 2018 qui devait se hisser à 6,2 ou 6,3 milliards de dirhams.

Addoha est confronté (…) à un blocage au niveau des autorisations de construire.

Un mutisme ravageur
Les analystes reprochent par ailleurs à Addoha son mutisme qui alimente davantage l’appréhension actuelle du marché. Ce qu’Anas Berrada réfute en rappelant que «sur les trois dernières années, nous étions ceux qui communiquaient le plus, notamment dans une conjoncture difficile. Nous avions lancé le plan Génération Cash qui a été salutaire par rapport à la conjoncture et ça avait rassuré les investisseurs et en même temps, nos fondamentaux nous ont permis de traverser cette conjoncture». Pourtant, la rupture entre Addoha et ses investisseurs est bien de mise et il faudra un énorme effort pour rétablir la confiance dans la valeur. Face à autant de difficultés, l’une des plus grosses fortunes du pays se retrouve amenée à mettre la main à la poche.