A la recherche de la compétitivité

Dossier janvier 2019

A la recherche de la compétitivité

Pointé du doigt en 2006 par la Banque mondiale, le manque de compétitivité logistique du royaume est encore une fois remis sur la table, cette fois par le dernier classement d’un autre rapport de l’institution internationale, dans un contexte où le chantier de la régionalisation avancée impose une nouvelle réalité économique et administrative.

Qu’en est-il réellement? Et où en est le Maroc dans l’implémentation de sa stratégie de compétitivité logistique?

Huit ans après son lancement, la Stratégie Ghellab semble au point mort. Malgré un nouveau souffle, beaucoup reste à faire dans un contexte de décentralisation et de régionalisation avancée. A commencer par un véritable bilan qui permettrait de savoir à quel niveau se situent aujourd’hui les coûts logistiques au Maroc.

la conjonction des différentes stratégies sectorielles, le secteur de la logistique est le gage de leur compétitivité. D’où l’extrême importance de la sienne. Et c’est «un rapport de la Banque mondiale publié en mai 2006 qui pose le problème pour ainsi initier la stratégie de compétitivité logistique», rappelle Abdelilah Hifdi, président de la Fédération nationale du transport. Sur 141 pages, le rapport de la Banque Mondiale titré «La logistique du commerce et la compétitivité du Maroc» mettait en exergue les coûts logistiques élevés dans le pays, soulignant au passage que «pour conserver les relations privilégiées que le Maroc entretient avec l’Union européenne (dans le cadre de l’Accord de libre-échange mis en application en 2000, ndlr), il est impératif d’améliorer sa logistique extérieure». Mais le plus poignant tient au fait qu’il estime le coût logistique total pour le Maroc à minimum 20% du PIB. En le rapportant au coût du travail, le coût logistique représenterait entre la moitié et les deuxtiers. Pour y remédier, en plus de recommander le développement du secteur comme vecteur d’activité, la Banque mondiale propose au gouvernement marocain un plan d’action. Le chantier est lancé. L’étude confiée au cabinet McKinsey, qui a posé le diagnostic en 2008, a donné lieu à la Stratégie de la compétitivité logistique signée devant le roi en 2010. Toutefois, l’actionner dépendait du lancement de l’Agence marocaine du développement logistique (AMDL) qui n’a vu le jour qu’en 2012 pour démarrer réellement une année plus tard. «9 ans après, nous n’avons pas encore fait d’évaluation», déplore Hifdi pour qui «la photographie prise par le cabinet en 2008 n’est plus valable en 2018». Autrement dit, il faudrait réviser la stratégie mais avant cela, faire un bilan en bonne et due forme. D’où l’importance de «marquer une pause pour apporter les corrections nécessaires», selon Hifdi, qui plaide pour une nouvelle ingénierie à l’image de celle opérée par McKinsey.

Une progression timide
Ce travail permettrait d’apporter une visibilité sur les réelles améliorations, notamment par rapport à l’estimation de la Banque mondiale sur le coût de la logistique mais aussi une refonte de la stratégie pour l’adapter aux nouvelles réalités économiques. L’AMDL, en sa qualité d’agence de gouvernance de la stratégie, s’attarde actuellement sur la révision des schémas régionaux de zones logistiques de massification des flux et travaille sur une révision partielle des différents axes de la stratégie. Ces chantiers lancés, l’Observatoire marocain de la compétitivité logistique (OMCL) présidé par Rachid Tahri, opérateur du secteur privé, apporte une réponse sur le niveau d’amélioration du secteur avec une batterie d’indicateurs couvrant la période 2010-2016 et travaille sur le développement d’un indicateur composite sur la compétitivité du secteur logistique marocain. A fin 2016, la contribution globale de la logistique au PIB est de 5,02% tandis que sa contribution à l’emploi est de 4,18%. La valeur ajoutée s’est donc élevée à 45 milliards de dirhams, suite à un taux de croissance annuel moyen depuis 2010 de 4,5% et des emplois créés s’élevant à 445.000 avec un taux de croissance annuel moyen de 2,8%.

L’Administration à l’œuvre
Des efforts sont aussi fournis par d’autres administrations. C’est le cas notamment de la Douane qui travaille sur la dématérialisation de tout le circuit douanier dans le but de réduire les délais et d’atteindre l’instantanéité au lieu de 24h actuellement. «Dans les zones sous douane, deux délais sont à distinguer: le délai de séjour et le délai de dédouanement. Ce dernier est très court,de 3 à 4 heures», explique-t-on à la Douane. Le délai de séjour implique des représentants de départements ministériels ou encore l’ONSSA pour tout ce qui est contrôle de marchandise à l’import. Un opérateur déplore d’ailleurs la dégradation de ces délais de contrôle qui passent de 6-7 jours à 8,5-9 jours et parfois jusqu’à 15 jours. Des délais à rallonge en raison des contrôles multiples qui se font sur rendez-vous. L’Agence nationale des ports avait de son côté déployé le guichet unique national PortNet pour faciliter les procédures du commerce extérieur. Mis en place en 2012, il ne cesse d’enrichir ses services en intégrant davantage d’intervenants dans le process d’import/export. La plateforme compte aujourd’hui plus de 33.800 clients et offre plusieurs dizaines de services dématérialisés à une communauté de plus de 39.000 usagers sur l’ensemble du territoire national. Pour le ministre de tutelle, qui intervenait lors de la 4e édition de la Conférence annuelle du guichet unique PortNet, «ce projet et ses innovations ont certainement contribué et aidé le Maroc à gagner respectivement 39 places dans le classement Doing Business (réalisé par la Banque mondiale) entre 2017 et 2019, pour atteindre la 62e place au niveau de l’axe commerce transfrontalier». Toujours est-il que la Banque mondiale dans l’édition 2018 de son rapport «Connecting to compete» classe le Maroc à la 109e place pour la compétitivité logistique. Certes, sa méthodologie est à revoir mais il n’empêche que beaucoup reste à faire.

Pour Hifdi, une révision de toute la stratégie est nécessaire.

L’IPL, un indice à revoir?
Le rapport «Connecting to compete» de la Banque mondiale, qui classe les pays les plus performants en termes de compétitivité logistique, s’appuie sur l’indice de la performance de la logistique. Ce dernier est établi sur la base de sondages auprès des professionnels. Dans le cas du Maroc, le questionnaire n’est adressé qu’aux opérateurs basés au port de Casablanca. Une approche que les autorités marocainesdécrient en raison de la grande subjectivité qui l’entache. Le dernier classement a fait perdre au Maroc 23 positions par rapport au classement 2016, où il occupait le 86e rang.