«L’IPL a montré ses limites»

Dossier janvier 2019

«L’IPL a montré ses limites»

Mohammed Yousfi, directeur général de l’Agence marocaine de développement logistique, revient pour EE sur les réalisations et les défis de l’agence.

Quels sont les chantiers sur lesquels travaille l’AMDL?
La première raison d’être de l’AMDL est le déploiement de la Stratégie logistique nationale. Celle-ci, comme vous le savez, est articulée sur 5 axes, avec notamment la gouvernance du secteur assurée par l’AMDL et l’OMCL, le développement de zones de massification logistique (épine dorsale de la stratégie), le développement d’acteurs logistiques performants, le développement et l’optimisation des flux de marchandises et enfin la formation, sans quoi aucun des objectifs ne pourrait être atteint.

Où en êtes-vous dans les réalisations?
L’axe de la gouvernance est atteint à 100%. S’agissant du second, en lien avec les zones de massification logistique, le chantier a pris un peu de retard en raison de sa complexité. Nous sommes avancés sur deux régions: notamment celle de Souss-Massa où la région prévoit 2 zones, à Agadir et à Ait Melloul, et celle de Fès-Meknès où il est prévu de réaliser 7 zones.

Qu’en est-il des autres axes?
Pour ce qui est de l’axe opérateurs logistiques performants, il y a un ensemble d’actions qui sont menées par l’Agence avec à leur tête un programme dédié à la PME, principale composante de notre tissu économique. Nous avons ainsi développé un plan d’action baptisé PME Logis, fruit de la collaboration entre l’AMDL, la CGEM et le GIAC Transport, et déployé depuis octobre 2017. Il vise à rehausser le niveau logistique de l’ensemble de cette communauté moyennant une assistance technique et financière. Le programme comprend 9 produits, dont 2 conçus pour les transporteurs, 2 pour les chargeurs et 5 autres qui sont transverses. Dans le même axe, il est aussi question de mettre en place des normes logistiques ainsi qu’un label qui sera déployé à partir de 2019, une fois la convention signée avec la CGEM.
S’agissant de l’optimisation des flux, à ce jour 3 contrats d’application sont arrêtés. Ils sont relatifs aux flux import-export, aux flux distribution et aux flux matériaux de construction qui sont en cours de déploiement. Les 2 restants, les flux agricoles et les flux énergétiques, devront voir leurs contrats d’application bientôt signés. Nous tenons les réunions qu’il faut pour les sortir incessamment et commencer leur déploiement à partir de 2019.

Qu’est-ce qui bloquait?
Rien ne bloque. Il faut juste dire qu’un premier travail a été fait. L’agence avait souffert de la vacance du poste de directeur général pendant environ une année. Maintenant, les chantiers reprennent de l’entrain.

Qu’en est-il de l’axe formation?
Concernant cet axe, nous venons de faire aboutir une étude qui définit tous les métiers possibles de la logistique au niveau du territoire, soit 21 métiers. Toutes les fonctions-travail sont ainsi établies avec notamment le répertoire des emplois-métiers et le référentiel emplois-compétences ainsi que le plan de formation, qui concerne aussi bien l’enseignement supérieur que la formation professionnelle. Ce plan s’étale sur le quinquennat 2020-2024. Un board regroupant toutes les parties prenantes a été constitué et aura la charge d’assurer la coordination de ce plan de formation.

Où en sommes-nous en termes de compétitivité?
Si vous faites allusion à l’Indice de performance logistique, pour nous c’est un indicateur qu’il faut considérer avec beaucoup de précautions. L’IPL a montré ses limites, son élaboration est basée sur une enquête de perception des opérateurs comportant un aspect subjectif et les résultats souvent sont influencés par des évènements conjoncturels s’ils coïncident avec la période de l’enquête. Par ailleurs, certains critères de l’IPL sont mesurables et ne demandent guère une enquête d’opinion auprès des opérateurs.

Et par rapport à nos objectifs et notre réalité économique?
Je crois qu’on a vraiment évolué dans ce sens. Si on ne prend que l’exemple de la logistique à l’international, il suffit de voir comment les ports ont évolué, notamment ceux de Tanger-Med ou encore de Casablanca. La durée de passage a été sensiblement réduite. Nous avons maintenant un «portnet», guichet unique qui est applaudi par toute la communauté du commerce extérieur. C’est clair que nous avons fait un pas de géant. Certes, il reste des choses à faire, mais il faut dire qu’on a réalisé vraiment un saut qui est très positif.