Victime de son succès, Tanger sature

Dossier décembre 2018

Victime de son succès, Tanger sature

Il est loin le temps où la ville du détroit souffrait de léthargie économique. Avec le port de Tanger Med et l’instauration d’un écosystème industriel automobile autour du constructeur français Renault, Tanger renaît de ses cendres, et avec elle toute la région. Attention toutefois, la saturation guette au tournant.

La transformation est spectaculaire. En moins de 10 ans, la ville de Tanger a opéré une véritable mue. Le paysage décrépit et les aménagement vétustes ont laissé place à de nouvelles infrastructures: de spacieux boulevards desservent désormais la métropole, agrémentés d’espaces verts. La gare, anciennement enclavée, s’est offert un lifting avec la mise en place de la ligne à grande vitesse (LGV) et la corniche est désormais une aire agréable de villégiature.
Il faut dire que c’est une première, aucune autre ville marocaine n’a connu un tel modèle de développement urbain. «Il était normal de mettre à niveau les infrastructures de la ville afin d’accompagner la dynamique impulsée par le port de Tanger Med et par l’écosystème industriel automobile autour du groupe Renault», explique Mohamed Amahjour, premier adjoint du président du conseil de la ville. Une mise à niveau qui a coûté la bagatelle de 7,5 milliards de dirhams dans le cadre du programme «Tanger métropole».
Et les résultats ne se sont pas fait attendre. La ville du détroit s’est rapidement hissée à la 2e place des pôles économiques en termes de création de richesse et a connu un taux de croissance moyen de 5,4% entre 2013 et 2016, alors que la moyenne nationale se situait autour de 3%. Avec cette progression fulgurante, personne ne s’attendait au retour de bâton qui allait suivre.
En effet, victime de son succès, la ville du détroit est confrontée à un problème de taille: «Tanger n’arrive plus à suivre le rythme des opérateurs. Nous sommes arrivés à saturation», reconnaît Amahjour. Les nouvelles familles qui s’installent dans la ville du détroit, attirées par les opportunités d’emploi, se retrouvent face à des problématiques sociales: logement, mobilité, scolarité des enfants, services de santé… que les autorités ont du mal à gérer. Rien que le ramassage de déchets coûte à la collectivité plus de 200 millions de dirhams par an!
Confrontée à la nécessité d’améliorer les retombées socio-économiques pour la population déjà installée et bloquée à la fois par une géographie contraignante et par un manque de foncier, la ville ne peut plus accueillir de nouveaux entrants. Même la zone franche de Tanger (TFZ) sature après une 3e puis une 4e extension. «Nous sommes en train de réfléchir à une solution mais je pense qu’il est temps que d’autres régions, à l’instar de Kénitra, prennent le relais», précise l’adjoint au maire.