Kénitra, la nouvelle Tanger ?

Dossier décembre 2018

Kénitra, la nouvelle Tanger ?

Au centre des pôles économiques les plus importants du pays, la ville de Kénitra dispose de tous les atouts pour devenir un pôle industriel aussi performant que Tanger, malgré les quelques lacunes que connaît la région.

Comme toutes les régions au Maroc, Rabat-Salé-Kénitra souffre de son lot de contradictions. Tout en contribuant pour 16% à la croissance du PIB national, la région souffre encore d’un taux de pauvreté des plus élevés avec 13,3%, loin devant la moyenne nationale établie à 8,9% selon le HCP. Pour s’en rendre compte, pas besoin d’aller très loin: il suffit de sortir à la périphérie de la ville de Rabat pour se retrouver dans des zones où les indicateurs de développement humain sont parmi les plus bas.
«Il ne faut pas oublier que Rabat-Salé-Kénitra est une grande région qui comprend 7 provinces, c’est tout à fait normal que de telles disparités puissent exister au sein d’un aussi vaste territoire. Surtout qu’historiquement, la transition d’une société rurale à une société urbaine s’est faite de manière très rapide», précise Abdessamad Sekkal, président de la région.
D’ailleurs, ce dernier insiste pour mettre en avant les qualités de sa localité. Ainsi, la région est l’une des plus productives au niveau agricole et dispute même la première place à Casablanca-Settat. Une performance essentiellement due à l’excédent exceptionnel de ressources hydriques dans les plaines du Gharb.
Côté industrie, la région fait valoir des avantages compétitifs forts. «Tanger est arrivée à saturation avec une contrainte de main d’œuvre qualifiée et de topographie qui n’aide pas à l’expansion. Casablanca, quant à elle, est une ville congestionnée avec la cherté et la rareté du foncier alors qu’à Rabat, le foncier est disponible», fait remarquer Sekkal.
Des atouts qui malheureusement vont de pair avec certains travers. La région souffre en effet de grandes insuffisances en matière de transport, que ce soit au niveau interne avec des flottes de bus qui ont besoin d’être renforcées et modernisées ou au niveau de liaisons régionales qui souffrent d’un manque de maillage. Sans compter la mauvaise gestion des déchets solides qui a été pointée du doigt par la Cour des comptes.
Pour remédier à ces manquements, la région a prévu un budget de 47 milliards de dirhams, dont 20 milliards qui ne sont pas encore mobilisés. Une partie de cette somme sera autofinancée grâce à la coopération internationale, tandis que l’autre (moins d’un milliard de dirhams) le sera grâce au recours à un crédit bancaire. «On a évité de recourir à l’endettement lors des deux premières années car la capacité d’utilisation du budget était limitée, mais à partir de 2019, on aura besoin de lever des fonds», annonce le président de région.
A noter qu’avec la mise en ligne du TGV, la ville de Kénitra est au centre des principaux pôles économiques marocains que sont Casablanca, Fès et Tanger. En plus de ses capacités d’expansion, la ville pourra bénéficier de la complémentarité avec les deux autres pôles à proximité.